Cinéma

Que nous reste-t-il quand on a tout perdu?



Boy A

De John Crowley (Royaume Uni, 2009)

Avec
Andrew Garfield, Peter Mullan, Katie Lyons

D’après Jeux d’enfants de Jonathan
Trigell

 



 ♥ Coup de coeur!
 


De nos jours, en Angleterre, dans une ville dont on ne connaît pas le nom…

Une grande salle, austère, peu lumineuse, impersonnelle. Seules quelques tables et chaises habillent cette pièce et expriment ainsi
« sa raison d’être » : c’est un parloir. Près d’une fenêtre – grillagée – deux hommes se font face. Une table les sépare, une génération aussi : l’un, grisonnant, pourrait
être le père de l’autre.

Des regards, des silences…

Puis, le premier demande à l’autre, d’une voix à la fois douce et rauque, s’il a choisi un nouveau prénom, un nouveau nom. Sa sortie est
imminente. A cet effet, le mentor offre une paire de baskets, modèle « Free »…Jack ! Jack Burridge. Ce sera sa nouvelle identité, son point de départ pour une nouvelle
vie.

 

Vous l’aurez compris, au fil des plans rapprochés, des gros plans, on plonge dans l’intimité d’un homme. Boy A, c’est l’histoire d’une
réinsertion, ou plutôt d’une renaissance.

Jack a en effet passé toute son adolescence et ses premières années d’adulte derrière les barreaux, prisonnier de son crime, de ses angoisses,
de ses regrets, fardeaux d’autant plus lourds pour un enfant. Aussi, à 24 ans, lorsqu’il sort de prison, Jack a certes grandi, mûri, tenté d’accepter son passé – ce qu’il croit –, mais il reste
un enfant. Ses regards, empreints tantôt de joie tantôt de tristesse, rayonnent et bouleversent. Jack saute à pieds joints dans sa nouvelle vie : il découvre l’amitié et même l’amour. Il
goûte aux bonheurs simples. Avec gaucherie, candeur, sincérité. La scène du parc d’attractions l’illustre bien : les manèges, les tourbillons, la vitesse emportent Jack, l’enivrent…Et plus
dure sera la chute.

Car, si Jack vit intensément son bonheur nouveau-né, il souffre tout autant. Son passé le hante, telle une épée de Damoclès…Plus il vit, plus
les flashbacks se font nombreux, longs, douloureux…On découvre alors le passé du Boy A, on comprend alors la tragédie qui s’installe, inexorablement.

Andrew Garfield interprète à la perfection son personnage « extrême ».

 

Par ailleurs, Terry, le mentor de Jack, sera aux côtés de ce dernier tout au long de ce (ré)apprentissage, parfois au détriment de sa propre
vie, de sa propre famille. En aimant Jack comme un fils, Terry – l’impeccable, le juste Peter Mullan – sera le battement d’ailes du papillon…

 

Finalement, les personnages – Jack, Terry, le fils, l’ami, la femme aimée… – interpellent et soulèvent de nombreuses questions : la
confiance, le pardon, le regard…Qui est en face de nous ? Un homme ou un monstre ? Tout le monde a droit à une seconde chance. Facile à dire…Pourtant, on veut y croire.

Le film se révèle pessimiste. D’emblée, Jack doit bâtir sa nouvelle vie sur un mensonge…La fissure est alors inévitable. Les réactions
humaines, malheureuses. En filigranes, se dessine également la critique des médias qui n’hésitent pas à faire leurs choux gras du malheur d’autrui…C’est à se demander qui est le plus
monstrueux ! Toutefois, le film évite les écueils : pas de mélodrame, pas de militantisme à outrance, mais le tragique destin d’un garçon qui interroge notre humanité.

Même la bête est humaine, Belle l’avait compris…

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