Cinéma

Dave Robicheaux hallucine!



Dans la brume électrique
(In the electric mist)


De Bertrand Tavernier

France, Etats-Unis,
2009

Avec Tommy Lee Jones, John Goodman, Peter Sarsgaard…



 

Synopsis

Le shérif Dave Robicheaux enquête sur une sale affaire. Dans les marécages de la Louisiane, près de New
Iberia, le corps mutilé, éviscéré d’une jeune prostituée a été retrouvée. Peu après cette macabre et troublante découverte, Robicheaux va à la fois interpeller et rencontrer Miss Drummond et
Elrod Sykes, deux stars hollywoodiennes – imbibées d’alcool – en tournage dans les parages. Le couple va entrer dans la vie de Dave, plus que ce dernier ne l’aurait voulu… En effet, pendant le
tournage d’une scène, Elrod Sykes a mis au jour un cadavre…dont il ne reste plus que les os brisés et une chaîne d’esclave. Une deuxième enquête se superpose ainsi à la première qui piétine, qui
s’englue…

C’est alors que le passé remonte à la surface, que les angoisses et les cauchemars se réveillent, que la
brume électrique voile les esprits, parfois jusqu’à la folie…

 

Avis

Tous les ingrédients d’un bon polar sont réunis. Tout d’abord, adapté du roman éponyme de James Lee Burke, le
scénario est finement et solidement construit. Le spectateur est en attente, il est pris dans les filets de l’intrigue desquels il ne peut se soustraire jusqu’à la dernière seconde du film.
Ensuite, le décor – magnifique Louisiane – contribue lui aussi au suspense : les marécages, la brume, le rideau de pluie et les orages, la forêt sont des lieux et des conditions
météorologiques qui « respirent » le danger… Mais alors qu’on s’y attend presque à chaque seconde, le danger surgit là où, précisément, on ne l’attend pas ! Le spectateur est une
nouvelle fois piégé… De même, la musique entraîne le spectateur, sur les chemins de la tranquillité ou du mystère, sur les chemins du passé… La musique est alors jouée, voire incarnée, par un
vieux bluesman, rescapé de l’Histoire, vestige vivant du passé obscur de la Louisiane. Enfin, les personnages correspondent tous à des archétypes du polar qui seraient aussi témoins d’un monde
binaire où se côtoient la misère et le luxe – et la luxure ? – affiché. Les prostituées, belles et braves filles victimes de leurs espoirs ; le mafieux local, obscène et violent ;
l’homme de mains du caïd, sur le chemin de la rédemption ; sans oublier les flics, viles crapules ou hommes de cœur… Dave Robicheaux fait partie de la seconde catégorie. Comme tout héros de
polar, il traîne ses chaînes et ses boulets. C’est sans doute cela qui lui donne cet air fatigué, abîmé, un brin bouleversé – à l’image de sa voix rauque, cassée… Comme tout bon héros de polar,
il ne lâche pas l’affaire, même si elle piétine, même si elle s’envenime. Il s’accroche, cherche, interroge, donne des coups et en reçoit. Il prend du recul, laisse les gens parler, pour mieux
« comprendre ».
Néanmoins, ce polar n’est pas « classique » car il nous entraîne loin, au-delà des frontières du réel. Si les ravages causés par l’ouragan Katrina nous rappellent notre monde, le
surnaturel guette… Le passé qui ressurgit, les soldats confédérés qui habitent les rives du bayou… Sont-ce des hallucinations, des manifestations de la folie ou une nouvelle réalité qui
dépasserait l’entendement ? Le doute plane… On pourrait croire que si le passé refait surface, c’est pour rappeler aux hommes les leçons de l’Histoire : le combat contre le mal, incarné
aujourd’hui par des hommes vénaux, cupides et malsains, n’est jamais, jamais fini…

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