Cinéma

Un Indien dans la ville

Bien entendu, pour lire cet article en musique…: écoutez la formidable bande originale – oscarisée – du film, signée A.R. Rahman et M.I.A. Disponible sur Deezer, ici.
J’ai vu le film après avoir lu le roman de Vikas Swarup qui a inspiré Danny Boyle.


Slumdog Millionaire

De Danny Boyle

Avec Dev Patel, Mia Drake, Freida Pinto

Etats-Unis, Royaume Uni, 2009


Synopsis

Jamal Malik, chaiwalla de Mumbai, participe au jeu télévisé « Qui veut devenir millionnaire ? ». Il gagne. Soupçonné de tricherie, il est arrêté, conduit au commissariat puis torturé. Mais Jamal n’a rien à avouer. Face à tant d’endurance, de mutisme, l’inspecteur prend peu à peu conscience de la sincérité de Jamal et va « l’inviter » à s’expliquer. Le « slumdog » (chien des bidonvilles) va alors remonter le temps et raconter son (mal)chanceux destin.


Mon avis

L’adaptation cinématographique d’une œuvre littéraire devrait être considérée comme une œuvre à part entière, indépendante de sa source d’inspiration. Mais souvent, il est très difficile – pour qui a lu (et aimé) l’œuvre initiale – de ne pas faire de comparaison.

D’un point de vue technique, Slumdog Millionaire est une incontestable réussite. Ainsi, la photo – plans, compositions, lumières – est impeccable et vaudrait presque n’importe quelle œuvre d’art. Chaque image du film est porteuse de sens (songez à la course-poursuite entre les gamins des rues et les policiers). De même, le montage confère un rythme très dynamique, enlevé, au film. La musique (sensationnelle) concordant au rythme, on croirait presque les images dansent…Enfin, les acteurs – amateurs – sont indéniablement géniaux et touchent par leur sincérité, leur simplicité.

Mais d’un point de vue narratif, je n’ai pas aimé les choix des scénaristes. Evidemment, deux heures de film ne suffisent pas pour rendre fidèlement compte d’un roman aussi dense que celui de Swarup. Il faut retenir, changer ou occulter des chapitres, des personnages, en bref ce qui fait le roman. Ainsi, alors qu’il est un ami généreux, un brin naïf et plein de rêves, Salim devient un frère, une espèce de condensé de crapule, violeur, et tueur sans scrupules, qui ne trouve de salut qu’en jouant les repentis qui se condamnent à mort. C’est mauvais. Parce qu’en plus de dénaturer et d’altérer la force du livre, le scénario cède au cliché des frères amis/ennemis, qui par-delà le mal fait, par-delà la haine, s’aiment toujours.

Les exemples sont nombreux encore ! Citons simplement le nom du personnage principal qui en passant de Ram Mohammed Thomas à Jamal Malik perd toute sa force symbolique.

En bref, je n’ai pas aimé l’adaptation car elle n’a pas su conserver toute la force, toutes les émotions du livre, beaucoup plus riche, beaucoup plus complexe et surtout…beaucoup plus sordide. (J’aurais presque envie de dire que Slumdog Millionaire est « soft » par rapport au roman ! C’est dire…)

Néanmoins, si on s’ôte le roman de la tête, Slumdog Millionaire reste un bon film, techniquement très beau, qui émeut (malgré des clichés bien trempés).

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3 réflexions au sujet de « Un Indien dans la ville »

  1. Je retrouve dans ce que tu écris ce que j’ai ressenti en voyant le film : « techniquement beau ». Il faudrait que je lise le roman un jour pour pouvoir comparer.

  2. j’avais pas lu le livre, alors je n’ai pas pu faire la comparaison… je file de ce pas lire ton article sur le livre;)

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