Poésie

Réhabilitons la poésie!

Tout est dans le titre…
La poésie remporte peu de suffrages auprès des lecteurs… On entend souvent dire que la poésie est réservée à une élite, aux « intellos » en somme, aux snobs, etc… A tort!
Ce matin, j’ai découvert sur le blog d’Edelwe (Lectures et Farfafouilles) « Le Dimanche
Poétique »
, une initiative de Celsmoon. En bref, chaque dimanche, on publie un poème qu’on aime et qu’on a envie
de faire découvrir. Je trouve l’idée géniale, c’est une façon de (re)faire vivre et voyager la poésie.
Et de la réhabiliter.
Aussi, chaque dimanche, à compter d’aujourd’hui, je partagerai avec vous les poèmes qui me tiennent à coeur et je vous donnerai également de bonnes raisons de lire la poésie.

Une première raison.
Peut-être connaissez-vous l’écrivain voyageur Sylvain Tesson (j’aime beaucoup, beaucoup ce qu’il écrit et admire ce qu’il fait). Ce dernier, lors de ses premiers périples en solitaire,
emportait dans son sac des romans. Seulement, un roman, c’est souvent lourd à porter. Et Tesson, une fois la lecture achevée, était bien ennuyé: il portait un ou plusieurs roman(s), les lisait
vite, et n’avait finalement plus rien à lire. Il tentait de les relire une seconde fois mais quel ennui! Il avait fait « le tour de la question », épuisé le sens des romans… C’est pourquoi, depuis
ces expériences, il n’emporte avec lui plus qu’un seul livre: un recueil de poèmes. Il peut lire et relire et rerelire les poèmes sans jamais les épuiser. Chaque lecture apporte un nouvel
éclairage. Il peut aussi les apprendre, les réciter, les chanter presque. Et c’est aussi une façon d’appréhender la poésie, de lui donner à la fois un « corps » et une « âme ».
En bref, la poésie, c’est une source intarissable de lectures, de voyages, de pensées, d’émotions…
On peut lire un poème, le relire et le redécouvrir sans cesse. Comme un mystère à déchiffrer, une énigme qui ne donne jamais sa clé.



Un premier poème

J’ai choisi un poème de Tristan Corbière. J’affectionne particulièrement cet auteur, à l’occasion il faudra que j’écrive un billet sur l’homme (un poète hors pair, méconnu et resté trop
longtemps dans l’ombre; un homme génial et provocateur).
Je ne vous en dis pas plus. Voici un extrait du recueil Les Amours jaunes (1873).

Décourageux

Ce fut un vrai poète : il n’avait pas de chant.

Mort, il aimait le jour et dédaigna de geindre.

Peintre : il aimait son art – Il oublia de peindre…

Il voyait trop – Et voir est un aveuglement.

 

– Songe-creux : bien profond il resta dans son rêve ;

Sans lui donner la forme en baudruche qui crève,

Sans ouvrir le bonhomme, et se chercher dedans.

 

– Pur héros de roman : il adorait la brune,

Sans voir s’elle était blonde… Il adorait la lune ;

Mais il n’aima jamais – Il n’avait pas le temps. –

 

– Chercheur infatigable : Ici-bas où l’on rame,

Il regardait ramer, du haut de sa grande âme,

Fatigué de pitié pour ceux qui ramaient bien…

 

Mineur de la pensée : il touchait son front blême,

Pour gratter un bouton ou gratter le problème

            Qui travaillait là – Faire rien. –

 

– Il parlait :  » Oui, la Muse est stérile ! elle est fille

D’amour, d’oisiveté, de prostitution ;

Ne la déformez pas en ventre de famille

Que couvre un étalon pour la production !

 

 » O vous tous qui gâchez, maçons de la pensée !

Vous tous que son caprice a touchés en amants,

– Vanité, vanité – La folle nuit passée,

Vous l’affichez en charge aux yeux ronds des manant !

 

 » Elle vous effleurait, vous, comme chats qu’on noie,

Vous avez accroché son aile ou son réseau,

Fiers d’avoir dans vos mains un bout de plume d’oie,

Ou des poils à gratter, en façon de pinceau ! « 

 

– Il disait :  » O naïf Océan ! O fleurettes,

Ne sommes-nous pas là, sans peintres, ni poètes !…

Quel vitrier a peint ! quel aveugle a chanté !…

Et quel vitrier chante en raclant sa palette,

 

 » Ou quel aveugle a peint avec sa clarinette !

– Est-ce l’art ?… « 

            – Lui resta dans le Sublime Bête

Noyer son orgueil vide et sa virginité.

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4 réflexions au sujet de « Réhabilitons la poésie! »

  1. Je ne connaissais que de nom ce poète, mais j’aime beaucoup ce qu’il fait ! J’irai voir d’un peu plus près.

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