Littérature

Retour à la ligne ou point final?

Début août, l’équipe de Ulike.net a lancé une opération « Chroniques de la rentrée littéraire 2009 ». Ainsi, le réseau Ulike a proposé aux bloggeurs de recevoir des livres (en avant-première!) de la rentrée littéraire, de les lire et d’écrire un billet dessus. Les billets sont rassemblés sur le site Chroniques de la rentrée littéraire (que je vous invite à consulter). J’ai aussitôt accepté, d’autant plus que je me suis lancée dans le Challenge du 1%. Je fais donc d’une pierre deux coups.
Pour en savoir plus sur l’opération d’Ulike, c’est par ici.
Pour en savoir plus sur le Challenge du 1%, c’est par là.
Sans plus attendre, le premier livre de ma rentrée littéraire 2009…

Si mon billet vous plaît (ou pas), n’hésitez pas à voter et à lui attribuer des petites étoiles. Pour cela, suivez le lien et rendez-vous en bas de page.



Retour à la ligne

Julie JEZEQUEL

Ed. La Table Ronde, 2009

Résumé

Clara Tallane s’est bannie elle-même de l’audiovisuel : scénariste sérieuse, appliquée et ponctuelle, elle ne supportait plus les censures ou autres impositions de ses supérieurs. Mais voilà, Clara se retrouve confrontée à sa réalité : la quarantaine entamée, célibataire, un ado à charge et pas de boulot. Que faire quand on ne sait qu’écrire ? Ecrire, tout simplement. Alors, Clara offre ses services de nègre : écrire à la place des autres, une biographie d’homme politique par exemple. C’est ainsi qu’elle rencontre Bertrand Rosier, industriel prospère et confortablement installé. Ce dernier demande à Clara d’écrire non pas sa vie mais ce qu’elle aurait dû être… S’en suivent des rendez-vous houleux, méfiants ou confiants, des disputes familiales, des retrouvailles… La vie, en somme.

Mon avis

Il y a plusieurs façons de choisir un livre : tout d’abord, on connaît l’auteur et on lui fait confiance ; ensuite, la couverture ou le titre nous plaît et on fonce ; le bouche-à-oreille fonctionne bien également ; enfin, on lit la quatrième de couverture et on s’emballe (ou pas).

Concernant Retour à la ligne, je ne connaissais pas l’auteur. Julie Jézéquel n’est pas pour autant une inconnue de l’écriture puisqu’elle travaille, à l’instar de son personnage, dans l’audiovisuel : scénariste, dialoguiste, actrice. Ecrivain, à présent. Ce n’est donc pas son nom qui m’a fait choisir ce livre. De même, la sobriété de la couverture n’a pas joué dans mon choix.
Le bouche-à-oreille non plus. C’est en réalité le titre qui m’a d’abord interpellé puis la quatrième de couverture. J’ai tout de suite imaginé que l’histoire serait forte, entraînante, qu’avec un sujet pareil, on basculerait en plein thriller psychologique ou quelque chose dans le genre… Bref, je me suis trompée.

Ce récit se rapproche plutôt des livres à la Pancol ou à la Gavalda : il offre au lecteur des instantanés de la vie, comme le café (dont parlent souvent les personnages) tantôt bien serré ou allongé. Plusieurs types de notre société sont d’ailleurs représentés : la quadra toujours célibataire incapable de garder (ou même trouver !) un homme, l’ado rebelle qui tout en se rebiffant contre sa mère l’adore, la meilleure amie dévergondée, l’homme taciturne et par là même attirant… Bref. De nombreux clichés sont ici exploités. Néanmoins, ils le sont de manière superficielle. La responsable ? Clara, qui pose son regard sur sa vie et sur les autres. Les réflexions de cette dernière sont, pour la plupart, pauvres (exceptées celles concernant son ancien travail). Comme si elle ne pensait pas… Comme si elle ne cherchait pas vraiment à comprendre les autres… Comme si elle ne cherchait pas vraiment à avancer, à se remettre en question… Les pensées qu’elle nous livre se limitent au sexe et à des futilités : « J’ai rêvé que je faisais l’amour à Bertrand », « comme si je pouvais cacher un homme » ou autres expressions synonymes. A croire que Clara est une grande frustrée ! Mais, nous lecteurs, on s’en fiche. On veut lire autre chose que ses babillages… On veut lire l’émoi ressenti lors de ses échanges avec Bertrand, on veut lire la douleur au fer rouge causée par le fossé entre elle et son fils, on veut lire enfin sa solitude et ses espoirs. Mais non ! Rien ne nous est épargné ! Au lieu de ça, on lit son complexe de « petits seins » (à quarante ans, il faut grandir !) ou ses exercices de fessiers (qu’elle fait pendant ses rendez-vous !). En fait, Clara n’est pas stupide (quoiqu’un peu superficielle), elle est simplement naïve et entoure sa vie d’illusions. Elle veut vivre dans une bulle et la protéger de la réalité… Mais elle en devient agaçante ! On a envie de la secouer, de lui dire de grandir, d’ouvrir les yeux… Non, son fils de 16 ans ne fait pas des ballons avec les préservatifs ! Finalement, Clara et ses futilités occupent beaucoup de place et font de l’ombre aux autres personnages comme Bertrand ou Leonard qui, à mon avis, méritaient plus de lumière, ces personnages ayant plus de « substance », de « profondeur » que Clara.

Ceci étant dit, Retour à la ligne se lit très bien. On sent que l’auteur est à l’aise avec les dialogues, souvent bien sentis, directs, percutants. De même, on sent le vécu lorsque l’auteur évoque le domaine « audiovisuel » et ce sont sans aucun doute ces passages les plus intéressants : les productions toujours plus vénales, plus mercantiles en prennent pour leur grade. Clara dévoile les coulisses, la hiérarchisation du milieu, l’esclavagisme régnant, la difficulté à suivre les modes, etc. Mais surtout, Clara illustre la déshumanisation du milieu, un peu comme une Cour : les courtisans s’effacent, perdent leur personnalité pour plaire au Roi et conserver leur place auprès de lui. Voilà qui donne matière à réfléchir… Voilà qui est plaisant.

En bref, même si la psychologie des personnages est traitée de façon superficielle, même si l’héroïne est pénible et fait de l’ombre aux autres, Retour à la ligne offre une lecture assez agréable, sans longueurs, et un témoignage mordant sur l’audiovisuel.

Retour à la ligne est un premier roman, je suivrai les prochaines publications de l’auteur.

Pour finir, deux extraits. Le premier illustre les dessous de la télévision, le second les préoccupations de Clara.

Extrait 1

(Clara a retourné le bureau de sa productrice parce qu’elle ne supportait plus le ton que prenait sa chef pour lui parler.)

« De mon côté, je ne pouvais expliquer à personne ce qui m’avait poussée à me conduire ainsi. Pour le coup, on m’aurait vraiment prise pour une cinglée. Mieux valait, avais-je pensé, qu’on crût – et on le crût – que je m’étais révoltée par rigidité intellectuelle. Mais comme je me trouvais, à ce moment-là, plutôt au creux de la vague, le fait que j’aie été capable d’en venir aux mains pour imposer mon point de vue a été interprété comme le chant du cygne d’une has been. Redoutant par-dessus tout l’égo démesuré que l’on prête aux créateurs, les producteurs et les diffuseurs recherchaient plutôt souplesse et soumission qu’imagination et force de caractère. Où irait-on si les scénaristes se mettaient à faire valdinguer les meubles à la moindre critique ? Pour exercer le métier de scénariste, je me devais d’avoir la créativité d’un Picasso, la docilité d’un employé de banque, la rapidité d’exécution d’un TGV et l’égo d’une palourde. J’étais malheureusement bien loin de Picasso et ne me reconnaissais pas du tout dans une palourde. »

Extrait 2

(Clara rencontre Marc-Antoine, homme politique, pour un travail de biographie.)

« Marc-Antoine dodeline du chef pour me prouver qu’il apprécie mon humour, mais, les blagues les plus courtes étant les meilleures, il reprend la main. J’en profite pour me muscler discrètement les fesses en les maintenant contractées durant toute une phrase puis en les relâchant au cours de la phrase suivante. »



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10 réflexions au sujet de « Retour à la ligne ou point final? »

  1. Il a l’air plus sympa que celui que j’ai reçu de Chez les filles ! Mais Ulike ne m’a rien proposé, snif !

  2. Il a l’air assez plaisant, plus que le mien en tout cas ! Mais les aspects négatifs que tu as décelés me rebutent un peu…

  3. Ton commentaire me fait un peu peur car je viens de commander ce livre et j’espérais qu’il serait mieux que ce que tu décris. On verra bien!

  4. Non je ne m’en lasse pas, et puis je ne lis pas que ça !
    Et c’est quand meme mon sujet de master ! 🙂
    La je viens de publier une critique cinematographique, pour changer un peu 🙂

  5. Le sujet de mon master sera le personnage de Marie Antoinette dans les mémoires d’un médecin d’A. Dumas, et plus précisément, cmt il faut un personnage fictif à partir d’un personnage historique…
    Hum c’est pas très clair, mais c’est l’idée !

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