Littérature

Raison et sentiments

Pour cette troisième édition de la Malle aux trésors du mercredi, je vais vous présenter un de mes livres préférés (c’est le but de cette Malle!), un Classique pour changer un peu des BD et de la littérature contemporaine.

# 3 – La Malle aux trésors


Mémoires de deux jeunes mariées

Honoré de Balzac

1841-1842

Ed. Folio

Coup de coeur!

Résumé
Louise et Renée, comme de nombreuses autres filles de bonne famille, ont reçu une éducation au couvent. A leur sortie, afin de conserver leur amitié, profonde et sincère, elles s’écrivent aussi souvent que possible. Leurs routes se séparent pourtant: Renée, obéissante, se plie aux traditions et consent à épouser l’homme qu’on a choisi pour elle. Raisonnable, stoïque, elle accepte son sort et y trouve une certaine satisfaction. Louise, quant à elle, refuse de devenir religieuse pour permettre à ses frères de jouir du patrimoine paternel. Elle rêve de passion, d’émois et d’aventures. C’est ainsi qu’elle finit par jeter son dévolu sur son précepteur, un énigmatique Catalan.

Mon avis
L’école m’avait donné de Balzac une image négative, rébarbative (trop de descriptions, des pages inutiles, etc). Pourtant, ce roman, dès les premières pages, m’a réconciliée avec Balzac. J’ai compris à quel point cet écrivain frise le génie… et j’ai aussitôt plongé dans d’autres oeuvres de la Comédie humaine (dont je recommande vivement la lecture!).
Tout d’abord, le choix du roman épistolaire m’a plu: de lettres en lettres, on parvient à construire une histoire, à décrypter les personnages, leurs secrets et leurs désirs. Une attente se crée également. C’est l’avantage des écrits à la 1ère personne: le lecteur s’introduit complètement (ou pas du tout) dans la peau du personnage, un peu comme s’il vivait avec lui.
Ensuite, j’ai beaucoup aimé les deux héroïnes. A elles deux, elles incarnent l’éternel et insoluble dilemme qui déchire si souvent les femmes: la raison et les sentiments. Dilemme qui détermine le cours de notre vie. Que choisir? Faut-il se plier aux codes, accepter une vie que l’on ne choisit pas? Vivre placidement? Renoncer à nos rêves? Ou au contraire, faut-il suivre ses rêves, vivre intensément, sans se soucier des autres, de leur regard? Renée et Louise mettent leur âme à nu, illustrent parfaitement ce « combat » et la société de leur temps (place des femmes, mondanités, codes, etc.), elles font ainsi cohabiter deux tendances littéraires de l’époque: le Réalisme et le Romantisme. Je ne peux pas vous en dire au plus au risque de décevoir votre lecture.
Enfin, j’ai évoqué plus haut le génie de Balzac. Dans ces Mémoires, il déchiffre à la perfection l’âme humaine. On dit parfois que les hommes sont incapables de comprendre les femmes. Balzac prouve ici le contraire, dans une langue riche et poétique. Une telle connaissance des comportements, des sentiments, des pensées… C’est assez incroyable!

Un extrait

Lettre XVI

De la même à la même (Louise à Renée)

Mars.

Je suis habillée en blanc : j’ai des camélias blancs dans les cheveux et un camélia blanc à la main, ma mère en a de rouges ; je lui en prendrai un si je veux. Il y a en moi je ne sais quelle envie de lui vendre son camélia rouge par un peu d’hésitation, et de ne me décider que sur le terrain. Je suis bien belle ! Griffith m’a priée de me laisser contempler un moment. La solennité de cette soirée et le drame de ce consentement secret m’ont donné des couleurs : j’ai à chaque joue un camélia rouge épanoui sur un camélia blanc !

Une heure.

Tous m’ont admirée, un seul savait m’adorer. Il a baissé la tête en me voyant un camélia blanc à la main, et je l’ai vu devenir blanc comme la fleur quand j’en ai eu pris un rouge à ma mère. Venir avec les deux fleurs pouvait être un effet du hasard ; mais cette action était une réponse. J’ai donc étendu mon aveu ! on donnait Roméo et Juliette, et comme tu ne sais pas ce qu’est le duo des deux amants, tu ne peux comprendre le bonheur de deux néophytes d’amour écoutant cette divine expression de la tendresse. Je me suis couchée en entendant des pas sur le terrain sonore de la contre-allée. Oh ! maintenant, mon ange, j’ai le feu dans le cœur, dans la tête. Que fait-il ? que pense-t-il ? A-t-il une pensée, une seule qui me soit étrangère ? Est-il l’esclave toujours prêt qu’il m’a dit être ? Comment m’en assurer ? A-t-il dans l’âme le plus léger soupçon que mon acceptation emporte un blâme, un retour quelconque, un remerciement ? Je suis livrée à toutes les arguties minutieuses des femmes de Cyrus et de l’Astrée, aux subtilités des Cours d’amour. Sait-il qu’en amour les plus menues actions des femmes sont la terminaison d’un monde de réflexions, de combats intérieurs, de victoires perdues ! A quoi pense-t-il en ce moment ? Comment lui ordonner de m’écrire le soir le détail de sa journée ? Il est mon esclave, je dois l’occuper, et je vais l’écraser de travail.

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6 réflexions au sujet de « Raison et sentiments »

  1. j’avais lu le père goriot de balzac… et j’avais pas accroché. peut etre une occasion de redécouvrir l’auteur 😉

  2. Je dois dire que j’ai un souvenir de lecture obligatoire. Ton billet me donne envie de le relire maintenant avec mon regard « d’adulte ».

  3. Tiens, je ne le connais pas celui-ci ! Et comme j’aime les romans épistolaires, je le note ! Merci ! :))
    Et quelle belle surprise de se réconcilier avec un classique. 😉

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