Poésie

Toune d'automne

Le dimanche, c’est poésie! (Et crêpes, aussi…)
Aujourd’hui, à la veille de l’automne (me semble-t-il), je vais partager avec vous un poème d’un auteur que j’apprécie beaucoup, Théophile Gautier.

# 5 – Dimanche en poésie

Ce que disent les hirondelles


Chanson d’automne



Déjà plus d’une feuille sèche

Parsème les gazons jaunis;

Soir et matin, la brise est fraîche,

Hélas! les beaux jours sont finis!

 

On voit s’ouvrir les fleurs que garde

Le jardin, pour dernier trésor:

Le dahlia met sa cocarde

Et le souci sa toque d’or.

 

La pluie au bassin fait des bulles;

Les hirondelles sur le toit

Tiennent des conciliabules:

Voici l’hiver, voici le froid!

 

Elles s’assemblent par centaines,

Se concertant pour le départ.,

L’une dit « Oh! que dans Athènes

Il fait bon sur le vieux rempart!

 

« Tous les ans j’y vais et je niche

Aux métopes du Parthénon.

Mon nid bouche dans la corniche

Le trou d’un boulet de canon. »

 

L’autre : « J’ai ma petite chambre

A Smyrne, au plafond d’un café.

Les Hadjis comptent leurs grains d’ambre

Sur le seuil, d’un rayon chauffé.

 

« J’entre et je sors, accoutumée

Aux blondes vapeurs des chibouchs;

Et parmi des flots de fumée,

Je rase turbans et tarbouchs. »

 

Celle-ci: « J’habite un triglyphe

Au fronton d’un temple, à Balbeck.

Je m’y suspends, avec ma griffe

Sur mes petits au large bec. »

 

Celle-là: « Voici mon adresse:

Rhodes, palais des chevaliers;

Chaque hiver, ma tente s’y dresse

Au chapiteau des noirs piliers. »

 

La cinquième: « Je ferai halte,

Car l’âge m’alourdit un peu,

Aux blanches terrasses de Malte,

Entre l’eau bleue et le ciel, bleu. »

 

La sixième: « Qu’on est à l’aise

Au Caire, en haut des minarets!

J’empâte un ornement de glaise,

Et mes quartiers d’hiver sont prêts. »

 

« A la seconde cataracte,

Fait la dernière, j’ai mon nid;

J’en ai noté la place exacte,

Dans le pschent d’un roi de granit. »

 

Toutes: « Demain combien de lieues

Auront filé sous notre essaim,

Plaines brunes, pics blancs, mers bleues

Brodant d’écume leur bassin! »

 

Avec cris et battements d’ailes,

Sur la moulure aux bords étroits,

Ainsi jasent les hirondelles,

Voyant venir la rouille aux bois.

 

Je comprends tout ce qu’elles disent,

Car le poète est un oiseau;

Mais, captif, ses élans se brisent

Contre un invisible réseau!

 

Des ailes! des ailes! des ailes!

Comme dans le chant de Ruckert,

Pour voler, là-bas avec elles

Au soleil d’or, au printemps vert!


Emaux et camées, Théophile Gautier (1852)


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9 réflexions au sujet de « Toune d'automne »

  1. Joli… Je ne connaissais pas ce poème, pourtant j’apprécie beaucoup Théophile Gautier. Ca fait bien longtemps d’ailleurs que je n’en ai pas lu !

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