Littérature

Hugo a tort, L'Assommoir n'est pas mauvais

Mon rendez-vous de Rangoon ne me fera pas oublier celui du mercredi…
On me réclame des Classiques, alors en voici voilà, l’un de mes préférés. Et non, Zola n’est pas un auteur ennuyeux! Et rassurez-vous, les rumeurs, selon lesquelles on trouve des
descriptions de 25 pages pour expliquer le mécanisme d’une serrure dans un Zola, ne sont que des rumeurs… Et si description il y a, elle est plus courte et passionnante!

# 5 – La Malle aux trésors



L’Assommoir
D’Emile Zola
1877

Résumé

Alors qu’ils viennent de débarquer à Paris, dans le quartier de la Goutte d’Or (le quartier ouvrier), Lantier abandonne Gervaise et leurs enfants. La jeune femme
se débrouille tant que mal pour survivre, mais elle réalise rapidement qu’elle ne pourra pas s’en sortir seule. Elle accepte donc la demande en mariage de Coupeau, brave ouvrier et
amoureux transi de Gervaise. Le jeune couple et les enfants vivent chichement, mais, à force de travail et de sueur, sans compter les heures, ils parviennent à économiser et à vivre plus
confortablement… Tout va bien, tout va mieux, jusqu’au jour où la misère reprend ses droits…

Quelques mots auparavant…

L’Assommoir est le septième volume des Rougon-Macquart, sorte de Comédie Humaine de vingt volumes dans lesquels les personnages sont issus de la même famille, vont
et viennent d’un roman à l’autre. C’est le procédé choisi par Zola pour montrer que « l’hérédité à ses lois, comme la pesanteur. [Zola] tâche de suivre, en
résolvant la double question des tempéraments et des milieux, le fil qui conduit mathématiquement d’un homme à un autre homme. »
(Préface de La Fortune des Rougon).
Avec L’Assommoir, Zola a voulu « peindre le drame intime et profond de la déchéance du travailleur parisien sous la déplorable influence du milieu
des barrières et des cabarets.»
Son titre vient de l’instrument, sorte d’alambic pour distiller et obtenir de l’alcool. On comprend donc, d’emblée, que ce livre sera placé sous le
signe de l’alcool et des ravages qu’il peut causer, de la mort…

Mon avis

Zola est l’une des figures emblématiques du Réalisme, ce mouvement consistant à montrer la réalité du monde, telle qu’elle est, sans artifice. Aussi, L’Assommoir est un
roman, un des premiers, qui a « l’odeur du peuple ». Zola ne cache rien, montre tout, ne ménage pas le lecteur. A tel point que certains passages font littéralement mal: comment ne
pas compatir aux souffrances de la petite voisine de Gervaise, enchaînée et battue par son père?
De même qu’il ne ménage pas le lecteur, Zola ne ménage pas ses personnages et tente de décrypter leurs pensées, leurs comportements, leurs sentiments et leurs sensations. Comme un
investigateur de l’âme humaine…
Point de sentimentalisme, point de mélodrame et de happy end, Zola garde ses distances! Pour autant, malgré tous ses travers, il est difficile de ne pas
aimer Gervaise, au moins un peu. Dès le début du roman, elle se montre volontaire, travailleuse, lucide, elle sait que « la mauvaise société, c’est comme un coup d’assommoir, ça vous casse
le crâne, ça vous aplatit une femme en moins de rien. »
Elle rêve « d’une société honnête ». Et on devine déjà qu’elle sera condamnée, broyée à son tour… L’Assommoir ou
l’histoire d’une déchéance.
Enfin, c’est avec autant de rigueur, d’observation et d’analyse que l’auteur cherche à comprendre les mécanismes de la misère: l’alcoolisme, la prostitution, les violences et la mort… Il
cherche à prouver que le milieu entraîne la misère et vice-versa, c’est un cercle vicieux, sans fin. Comme si l’ouvrier était condamné à mort…

En bref: Vous l’aurez compris, L’Assommoir n’est pas une lecture très gaie. C’est un roman dur, cruel, violent, mais qui se lit d’une traite,
l’histoire est vraiment prenante. On est spectateur de la souffrance, de la Misère. On suit la lente et inévitable déchéance d’un jeune couple, trop faible malgré leur bonne volonté… On
n’échappe pas à son destin! Misèreux tu es, miséreux tu resteras.

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13 réflexions au sujet de « Hugo a tort, L'Assommoir n'est pas mauvais »

  1. Toi qui aimes Zola, quel titre me conseillerais-tu ? J’ai promis à Caro[line] d’en lire un pour lui faire plaisir mais je ne veux pas me lancer dans un pavé non plus…
    Et pour les descriptions à rallonge, je croyais que c’était plutôt Balzac ! 😉

  2. J’aime beaucoup Zola. L’Assommoir est sans doute un des romans les plus noirs de Zola mais j’ai quand même apprécié.
    Chez cet auteur, mes titres préférés sont Au bonheur des dames (plus optimiste), Germinal, et Nana…

  3. Ce qui est formidable avec l’assommoir, c’est toute cette tension qui monte jusqu’au milieu de livres et la descente en chute libre …

  4. En fait je les ai lus dans l’ordre… Passionnée de généalogie je me suis régalée ! Une petite préférence pour le docteur pascal … le ventre de Paris, l’assomoir, l’étonnant Faute de l’abbé
    Mouret… heu non, je n’arrive pas à choisir!

  5. Pour Balzac je ne sais pas si c’est vraiment à tort, j’ai souvenir d’une description d’une trentaine de pages simplement pour présenter les lieux (un salon) et ça m’a dégoûtée à jamais de le lire.
    Zola je ne connais pas. Mais n’est-ce pas gênant de lire un volume des Rougon-Macquart de façon indépendante ?

  6. Personne n’a jamais dit que Zola était ennuyeux, enfin ! Je crois bien que L’Assommoir est mon préféré…

  7. J’ai beaucoup aimé L’Assommoir, mais il est tellement déprimant. J’avais envie de mettre des claques à Gervaise pendant tout le livre 😉 Mon préféré reste « Au Bonheur des Dames ».

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