Littérature

Les Hauts de Hurle-Vent se jouent du Destin


Les soeurs Brontë ont marqué à jamais la littérature anglaise. Comme beaucoup, je connaissais leur nom et pouvais attribuer sans souci Jane Eyre à Charlotte, Hurle-Vent à Emily. Pour autant, je n’avais jamais lu leurs romans…
Je me suis contentée de regarde Charlotte Gainsbourg camper Jane Eyre. Mais quand j’ai lu (que dis-je? dévoré!) la saga de Stephenie Meyer, quand j’ai lu les nombreuses citations d’Edward & Bella (
Hurle-Vent est leur roman préféré), je me suis dit qu’il était grand temps de lire l’étrange passion de Heathcliff & Catherine…
NB: la saga
Fascination assure une importante promotion pour l’oeuvre d’Emily Brontë. Le roman se vend si bien qu’il a éré réédité avec un bandeau spécial: « le roman préféré d’Edward & Bella ». La couverture a même bénéficé d’un relooking: couverture noire, couleur rouge, dans le style des Fascination, afin d’attirer le lectorat adolescent… (Tout comme Orgueil et préjugés, Roméo & Juliette...) Marketing et littérature vont de pair!


Les Hauts de Hurle-Vent

Emily Brontë

Titre original: Wuthering Heights

Première édition – 1850

Le Livre de poche – 2008


Coup de coeur !

Résumé

A flanc de colline se dresse la demeure des Hauts de Hurle-Vent, où les vents couchent les arbres et balayent la lande. C’est dans ce décor hostile que grandit Hindley et sa petite soeur Catherine. Un soir de tempête, le père rentre de voyage, accompagné d’un jeune garçon à la peau mate. Sur la route, M. Earnshaw a recueilli ce petit orphelin qu’il a baptisé Heathcliff. D’emblée, le jeune garçon attire le mépris, la jalousie et la haine. Seuls le patriarche et Catherine l’acceptent. Ainsi, les enfants vont grandir, vagabonder, aimer, haïr, se venger… vivre et mourir…

Mon avis

Difficile de mettre en mots mon avis…
Emily Brontë ne s’embarrasse pas de descriptions longues et soporifiques, elle va à l’essentiel et perce le coeur des hommes et des femmes: elle happe l’intérêt du lecteur dès les premières pages et le maintient en son pouvoir jusqu’au dernier mot. Ce tour de force est sans doute dû, en partie, à la construction du roman, tant géographique que temporelle. Deux temporalités cohabitent dans ce roman: le présent et le passé. L’histoire des Earnshaw et des Linton nous est racontée par plusieurs personnages et rendent la lecture vivante, dynamique, tout en ménageant un certain suspense.
Ensuite, l’histoire se déroule principalement en deux lieux: Hurle-Vent, en haut de la colline, à flanc, et Trushcross Grange, au bas de la colline. Alors que le premier lieu est froid, hostile, un brin sinistre, le second est lumineux, accueillant… Ainsi, l’auteur plante un décor à la fois réaliste et noir, presque fantastique. Les paysages de landes où « crient » les vents, les demeures grandes et silencieuses, les nuits noires et la lune, font inévitablement penser au Romantisme et au roman noir/fantastique. Décor propice aux passions défiant la raison, symbolique facile (mais efficace) de l’Enfer et du Paradis… La dualité des lieux se retrouve chez leurs habitants et leurs comportements.
Ainsi, Heathcliff, Catherine, Cathy, Hindley, Hareton et bien d’autres, sans oublier Hélène, ne cessent de s’affronter, de faire souffrir et de souffrir… Ils répètent l’histoire familiale, poursuivent une malédiction. A l’instar du climat de Hurle-Vent, les passions et les sentiments sont exacerbés, poussés à leur paroxysme… Même les âmes les plus pures, innocentes, s’obscurcissent. Aucun personnage ne semblerait digne de compassion ou de pitié, tous ont des travers, des faiblesses ou une âme véritablement noire. Pourtant, la passion, inévitablement tragique, qui unit Heathcliff et Catherine porte en elle ce souffle romanesque qui transporte le lecteur, le fait rêver: ces passions faites d’amour et de haine, de joie et de douleur, de vie et de mort… Malgré son noir désir de vengeance, malgré le malheur qu’il sème autour de lui, malgré son côté diabolique, Heathcliff n’en est pas moins un homme et inspire la pitié, un peu, quand il montre l’intensité de sa douleur: « Je ne peux pas vivre sans ma vie! Je ne peux pas vivre sans mon âme! »… De même, Catherine, tout autant perfide et manipulatrice, soumise toute entière à ses passions: « Je suis Heathcliff ». Des passions si fortes qu’elles dépassent l’entendement, l’humain, si fortes qu’elles baignent les lieux d’une atmosphère noire et romantique.

Trois bonnes raisons de lire Les Hauts de Hurle-Vent:
– Ce roman (noir, fantastique, poétique et romanesque) est l’un des piliers de la littérature anglaise (et c’est le préféré d’Edward & Bella! Tout de même! ;));
– De ce roman émane une force, une intensité qui imprègne longtemps le lecteur, qui le « charme »;
– La passion, la vengeance, la noirceur des personnages sont fascinantes.

Pas d’extrait cette fois-ci. TOUT est à lire.

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23 réflexions au sujet de « Les Hauts de Hurle-Vent se jouent du Destin »

  1. Bonjour, dans le cadre de mes études, j’avais eu l’occasion de lire ce chef-d’oeuvre en VO. C’était compliqué mais j’avais particulièrement aimé. Je devrais sans doute le relire en Français pour
    voir si j’ai bien perçu la plume d’E.Brontë.
    Merci pour cette forme de piqûre de rappel !!!
    Bonne journée.

  2. je dirais même c’est plus que de l’amour, c’est de la rage. J’aime beaucoup ton billet qui cerne très bien le roman et la force de ses personnages. Leurs faiblesses aussi.

  3. Je n’ai lu que la fin de ton billet (les 3 raisons de le lire) car j’ai l’intention de le lire prochainement (dès que j’aurai enfin mis la main sur l’édition spécial Noel du Livre de Poche en
    fait^^).
    Quand ils l’ont réédité à la sortie du film « Twilight », je n’ai pas voulu l’acheter car il était mis en grand sur la couverture  » Le livre préféré d’Edward et Bella » et que je n’avais pas envie de
    passer pour une de ces groupies hystériques^^

  4. Fabuleux ce roman, que je relirai bientôt je pense car ma lecture commence à dater ! PS : j’aime bient ton « 3 bonnes raisons de lire… » !

  5. Ca donne envie de le lire ton article ^^ Il tombe a pic je l’ai commencé il n’y a pas longtemps. Pour les motivés, j’ai acheté ma version à France Loisir et il n’y a qu’un tout petit texte dans la
    couverture qui fait référence à Twilight et la couverture (une haute maison sur une colline) est fort jolie ^^

  6. Je trouve ça incroyable qu’ils aient relooké la couverture de ce chef d’œuvre !
    Wow … vive le marketing !
    Cela dit, si les adolescentes pouvaient le lire, je ne vais pas m’en plaindre ! 😛

  7. Je me rappelle avoir vraiment adore ce livre, en + la version que j’ai est tres tres vieille, je crois que ca date de 1850 (ou un petit peu plus), dc qd je le lisais, je me sentais encore plus dans
    l’atmosphere etrange du livre…et il contient un arbre genealogique qui m’avait bien aide avec cette multitude de personnages, de differents Heathcliff et Catherine!c’est un des premiers romans
    qui m’a marquee (je devais avoir 13ans), d’ailleurs ton billet fait tres bien ressentir cette atmosphere romanesque romantique, un peu effrayante…

  8. Et bien, malgré ce magnifique billet je ne suis toujours pas décidée à le lire ce roman ! La raison ? L’image marketing qu’on en fait en ce moment à cause de Twilight me dégoute vraiment au plus
    haut point. Les commerciaux en profite vraiment en ce moment pour s’en mettre plein les fouilles, c’est le livre à vendre sous prétexte que Noël est là et comme d’hab, tous les arguments sont bons
    (et j’ai bien le droit d’insulter mes chers confrères, non mais oh !) Mais il est vrai que si ça peut pousser les jeunes de nos jours de se pencher un peu plus dans la littérature classique et de
    s’instruire, pourquoi… ce que je trouve dans un certain sens très affligeant. En tout cas, très peu pour moi.

  9. Je dois avouer que la version que tu as choisi est très jolie. J’aime le dessin et la couverture est simple (pas de couleurs tapent à l’œil ici). Elle est vraiment dans le ton de l’histoire mais
    aussi en accord avec son époque. Je ne serais pas plus surprise non plus si tu m’apprenais que la version poche coûtait moins cher que la version sombre avec arrière goût de Twilight. D’ailleurs,
    n’est-ce pas l’une des raisons de vivre des livres de poche ? Être compacte et peu coûteux.
    Et il est vrai aussi qu’il est difficile de juger la situation actuelle. Comme tu l’as dit : »Que dire ? Que penser ? » Quand on voit que ça pousse les adolescents à s’intéresser un peu à notre
    patrimoine, à ce que nos ancêtres nous ont laissé. Mais est-ce là le seul prétexte à l’adolescence ? Rien qu’un effet de mode ?
    Oula ! Je crois que je me suis laissée emporté et que je m’égare. J’espère que tu m’en excuseras. En tout cas, je te souhaite bonne continuation. J’aime bien ton blog et aime ce que tu fais. C’est
    avec plaisir que je viens à chaque fois lire tes nouveaux billets depuis très peu de temps. Le hasard fait bien les choses ^_-

  10. J’ai l’impression que l’on va finir par ouvrir un débat. C’est amusant.
    En tout cas, je suis d’accord avec toi. Parfois ça a du bon, ça marque notre esprit et on se découvre des plaisirs. J’aime cette façon de pensée positive.

  11. Je l’ai lu adolescente, le premier roman qui m’a fait découvrir la passion amoureuse :-). Pour beaucoup, la plus belle histoire d’amour c’est Roméo et Juliette ou Tristan et Yseut. Pour moi cela
    restera à jamais celle d’Heathcliff et Cathy…

  12. ce roman m’a bouleversée!! je l’ai encore vivace dans ma mémoire et je crois l’avoir lu à la même période que toi!!
    J’ai vu l’adaptation avec Ralph Fiennes et Juliette Binoche, pas mal!

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