Littérature

Dans la jungle du vieux qui lisait des romans d'amour

Encore un livre qui prenait la poussière depuis plus d’un an…
Grâce à Kali et aux lectures communes, le premier roman de Sepùvelda sort de l’ombre de mes étagères…



Le Vieux qui lisait des romans d’amour
Luis Sepùvelda

Titre original: Un viejo que leia novelas de amor
Espagnol (Chili)
Coll. Points – 2000 (Ed. Métailié)

Résumé

Alors que le dentiste Loachamin achève sa tournée sur le quai d’El Idilio, deux pirogues accostent près du Sucre. A leur bord, des Shuars ret le cadavre d’un
gringo.
Aussitôt, sans réfléchir, le maire du village accuse les Indigènes du meurtre et entreprend de les arrêter. C’est alors qu’intervient le vieux, Antonio José Bolivar. Son
expérience, ses connaissances de la forêt, des Shuars et de la faune, lui permettent de « déchiffrer le mort »: sa blessure est la marque d’un félin. Un félin fou de rage et de douleur. Le maire
n’a d’autre choix que de se soumettre au savoir du vieux. Il monte une expédition afin de retrouver le félin au plus vite, le vieux en sera le chef et devra laisser de côté ses romans
d’amour…

Mon avis

Petit roman mais grand plaisir.
Le Vieux qui lisait des romans d’amour est moins un roman qu’un conte philosophique: la chasse au félin, qui constitue la trame du récit, se transforme en chasse à l’Homme. En
effet, alors qu’il traque la bête, le vieux « se traque » lui-même: il plonge dans son passé, dans ses connaissances et amène le lecteur à réfléchir avec lui. Ainsi, on suit les aventures d’un
homme qui, au déclin de sa vie, pose un regard lucide et juste sur le monde qui l’entoure:
l’Homme et la Nature. Du simple constat à la dénonciation, il n’y a qu’un pas que l’auteur franchit,
sans jamais tomber dans le manichéisme.
Shuars, Jivaros, Chiliens et colons peuplent ce récit mais n’endossent pas les capes des gentils ou des méchants. Chaque « communauté » doit assumer ses responsabilités, ses travers… De même,
Dame Nature se montre tantôt hostile, tantôt bienveillante. A l’instar de ses habitants, elle est vivante. A chacun d’apprendre à la connaître, à chacun de la respecter pour vivre avec
elle, pour cohabiter. Et cela passe par l’écoute, notamment l’écoute de ses premiers habitants: la faune et les Indigènes. Au sein de la Nature, la naïveté (celle des colons, par exemple)
et les excès (de zèle, d’ambition) n’ont pas leur place. De la mesure. De l’humilité. Deux mots que semblent avoir oublié les Hommes…
Dans ce beau conte écologique, quelle est donc la place des romans d’amour? D’une certaine manière, ces derniers illustrent l’apprentissage, la connaissance (tout autant qu’ils
représentent une compagnie, une part de rêve pour leur lecteur). De même que le vieux Chilien ignore Venise ou Barcelone, nous ignorions les berges de l’Amazone. A travers les livres, le vieux
découvre un monde qui lui est inconnu, il apprend à en connaître « les règles ».
Et grâce à la plume, très fluide et imagée de Sepùlveda, sans être allés en Amazonie, nous imaginons
parfaitement son atmosphère, ses lieux immenses et verdoyants, ses peuples…
En bref, ce court récit revêt une valeur universelle et n’a sans doute jamais été autant « actuel ». A méditer, longtemps.


Trois bonnes raisons de lire Le Vieux qui lisait des romans d’amour
:

– un conte universel et actuel;
– un voyage tout en images dans la jungle amazonienne;
– une chasse au félin qui mêle habilement suspense et réflexion
.

Extrait (p.106)
« Il avait recommencé à la première page.
Il était mécontent de ne pas arriver à comprendre l’intrigue. Il faisait défiler les phrases qu’il savait par coeur et elles sortaient de sa bouche dénuées de sens. Ses pensées voyagaient dans
toutes les directions à la recherche d’un point quelconque sur lequel se fixer.
– Peut-être que j’ai peur.
Il pensa au proverbe shuar qui conseillait de se cacher de la peur et éteignit la lampe. Il s’allongea sur les sacs, dans le noir, son fusil armé sur la poitrine, et laissa toutes ses pensées
s’apaiser comme les cailloux quand ils touchent le fond du fleuve.
Voyons, Antonio José Bolivar. Qu’est-ce qui t’arrive? »

A noter que ce livre a reçu deux prix, très différents, en 1992: le Prix Relais H du roman d’évasion et le Prix France Culture étranger.
Autre remarque: Sepùlveda dédie son livre à Chico Mendes, grand défenseur de l’Amazonie, un « ami très cher
qui parlait peu et agissait beaucoup », assassiné (pour des raisons politiques et économiques) peu avant la publication du roman.

Allons lire l’avis de
Kali…

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26 réflexions au sujet de « Dans la jungle du vieux qui lisait des romans d'amour »

  1. Un coup de coeur pour moi aussi, un texte dense plein de charme, un conte comme tu le soulignes.
    Et tu me rapelles que je m’étais promis de lire d’autres texte de cet auteur.

  2. je l’ai lu il y a déjà quelques temps et j’avais adoré !!! tiens il faudrait que je le relise ! bises et bon week-end

  3. J’aime beaucoup ce petit livre. Et d’ailleurs, quand je faisais « écrire, lire, publier » en seconde, je le donnais aux petits lecteurs.

  4. Je n’avais pas encore remarqué et j’aime beaucoup tes « trois bonnes raisons de lire… » rubrique idéale pour faire noter des livres aux LCA que nous sommes ! Enfin, pour celui-ci, il est déjà lu et
    apprécié de mon côté… 😉

  5. Lecture commune à 4 mais tu es la seule sérieuse pour l’instant, je suis à la bourre comme les 2 autres! Je viens d’ouvrir ma page « écrire un nouvel article ». En ligne dans quelques minutes, donc
    😉

  6. Je l’ai lu il y a quelques années et j’avais plutôt bien apprécié mais un peu déçue de l’histoire alors que j’avais été très contente auparavant de « Histoire de la mouette et du chat qui lui apprit
    à voler », que je te conseille fortement ! Bonne lecture !

  7. Je l’avais lu et adoré il y a quelques mois! « Le journal d’un tueur sentimental » est encore dans ma PAL, j’ai hâte!

  8. Ça me rassure de voir que certaines n’en ont pas retenu grand chose non plus! Je l’ai lu l’an dernier, j’ai apprécié sur le moment mais je n’en garde aujourd’hui qu’un vague souvenir…

  9. La lecture de ce livre fut une grande déception pour moi ! On m’en avait tellement vanté les mérites…
    Mais je reconnais que l’écriture est assez caustique… j’en garde finalement un assez bon souvenir, quelques mois après… 😉

  10. Coucou!

    Perso, je l’ai lu deux fois. Une fois en français pour un cours, de français et une fois en espagnol, pour un cours… ben oui, d’espagnol! Je n’ai pas aimé plus que ça parce que j’ai trouvé ça un
    peu trop « sauvage » à mon goût. Mais peut-être étaitc-e aussi parce que c’était une lecture imposée? (pour le français)

  11. J’ai aimé ce livre, mais mon préféré et qui reste depuis sa lecture jamais trop loin de moi est:
    Histoire de la mouette et du chat qui lui apprit à voler
    Claudia

  12. Moi aussi je te suggère l’histoire de la mouette et du chat, mais également Le monde du bout du monde, dans une veine écolo, et un Nom de torero (non il ne s’agit pas de corridas 🙂 plutôt sombre
    avec une bonne intrigue.

  13. Enorme roman, malgré son court format. Franchement, quel plaisir. C’est envoûtant à souhait. Un grand moment de lecture.

  14. Petit roman et…très petit plaisir pour moi…je n’ai pas aimé, j’ai trouvé que c’était bien écrit, un peu moralisateur mais en ce qui concerne l’histoire c’est vite oublié!

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