Littérature

Lost in the Harryland…

Présenté comme un roman « drôle et triste, avisé et émouvant », comme le premier roman d’un auteur « merveilleusement original » et avec un franc succès outremer, je ne pouvais
sincèrement pas résister à l’appel d’Harry… et de son auteur, Mark Sarvas.
Et je n’évoque pas la couverture qui m’a charmée avant même d’avoir lu la 4ème de couverture!
Je remercie infiniment Blog’o’Book et les
éditions Nil
pour la découverte de ce roman, en lecture commune avec Pimprenelle.
Vous trouverez d’autres avis sur ce livre en visitant la page de B’O’B…

harry revu et corrigéHarry, revu et corrigé
Mark Sarvas

Titre orig.: Harry, revised
Trad. de l’anglais (Etats-Unis): Bernard Cohen
Ed. Nil, 2010

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Résumé

Alors qu’il se rend au funérarium pour un dernier adieu à sa femme, Harry Rent s’arrête dans un modeste café. Il ne sait pas que cette décision va bouleverser son destin… Il
tombe fou amoureux de la jeune serveuse, Molly.
Mais Harry n’a rien d’un Dom Juan et pour séduire Molly, il faut avoir une certaine trempe. Et si Edmond Dantès devenait son guide? Son
modèle? Son Idéal? Et si Harry le soumis devenait un maître pour une fois? Et si, et si, et si… Avec des « Si », Harry pourrait refaire sa vie.

Avis

Ce roman me laisse un peu perplexe et j’ai beaucoup de mal à écrire, mettre en mots mon avis. Non pas que cette lecture m’ait déplu, bien au contraire, elle a soulevé un certain nombre
d’interrogations et ne peut qu’interpeller le lecteur.

Tout d’abord, la construction de ce roman nécessite une certaine « gymnastique » de l’esprit : le narrateur alterne le présent et le passé et y mêle les rêvasseries de son anti-héros. On
suit tantôt Harry en pleine conquête (que dis-je ? stratégie !) amoureuse, il cherche à séduire la belle Molly ; tantôt on le voit s’empêtrer dans les liens (ou les affres ?) du mariage, marchant
vers la fin d’un grand et difficile Amour… C’est un peu comme si la vie d’Harry était une éternelle mise en abîme, un jeu de miroirs en somme.

Parlons-en d’Harry… D’un côté, ce personnage complexe, tourmenté, ne peut que toucher le lecteur, éveiller sa sympathie, voire sa pitié. Trop perdu dans ses pensées, il en oublie de vivre,
vraiment. En effet, comment ne pas sentir la souffrance, la détresse même d’Harry ? Comment ne pas compatir à son déni, à son refus d’accepter la mort de sa femme ? D’un autre côté, Harry
agace terriblement
: trop faible, négatif, blasé ou égocentrique. Harry jette avec beaucoup de facilité ses torts et ses travers sur sa femme et, bien qu’elle ne soit pas parfaite, Harry a du
mal à endosser ses propres responsabilités. En fait, Harry est tout simplement « humain » et il incarne à merveille tout un chacun : des forces et des faiblesses. Rien d’un héros, mais un
parfait anti-héros.

Cependant, la mort d’Anna oblige Harry à se remettre en question, à « tourner la page ». Mais pour tourner une page, il faut en avoir compris les lignes. Et c’est ça le plus intéressant dans
ce roman.
En voulant séduire Molly, Harry doit, en quelque sorte, rompre avec Anna. La mort de cette dernière ne suffit pas. Harry doit comprendre ce qui a « foiré», pourquoi (ou pour quoi)
sa femme est morte. Pétri de complexes, entouré de barrières qu’il érige seul, Harry a du mal à avancer et il cogite, il cogite…

Ainsi, tout au long du livre, le lecteur assiste aux débats intimes, à la débâcle d’Harry, sous forme de monologues intérieurs, de digressions : devenir quelqu’un d’autre, changer, évoluer…
Tout est là.
Mais comment faire ? Comment libérer son véritable « soi » ? Et comment le reconnaître, surtout ?

Harry trouve la réponse à toutes ces questions en faisant d’Edmond Dantès son mentor. Celui-là même qui a réussi à s’évader, celui-là même qui a fomenté et réalisé une Vengeance, enfin
celui-là même qui voue sa vie entière à un Amour, celui-là sera son guide. Grâce au comte de Monte-Cristo, Harry peut enfin devenir quelqu’un d’autre, projeter une nouvelle vie. Les
romans défient la réalité ! « Les mots ont des conséquences »…

Au final, le long chemin que doit parcourir Harry pour enfin « être » est emprunt d’humour et d’expression «à la Harry». L’humour permet d’observer un décalage suffisant pour ne pas tomber
dans la mélancolie ou dans un véritable spleen.

Trois bonnes raisons de lire Harry, revu et
corrigé
:

– Harry, un type profondément humain, avec des qualités et beaucoup de défauts! Bienvenue dans le Harryland
– Harry, un type qui veut changer: Dantès sera son modèle et grâce à lui, il deviendra quelqu’un de bien. En tout cas, il y croit.
– Harry, un type qui refuse d’accepter la Mort, qui fuit ses responsabilités et qui se fait rattraper au galop. Débâcle intérieure assurée.

Bien curieuse de connaître l’avis de Pimprenelle
Vers le blog de Mark Sarvas, le « père » d’Harry… (en anglais)

Un extrait (p.12)

« Le pouvoir exercé sur les femmes a toujours fasciné Harry, en dépit ou peut-être à cause du fait qu’il ne l’a jamais eu entre les mains quand il était marié. Anna, son épouse, était trop sûre
d’elle et trop accomplie pour qu’il puisse établir ce genre de rapport de force avec elle. […] Oups ! Se surprenant dans cette nouvelle digression circulaire qui risque de lui faire rater sa
chance, il se force à revenir à l’instant présent en déterminant de quelle manière l’exploiter à son avantage, comment conduire une ravissante jeune femme à répondre à ses désirs, pour une fois,
pour une seule fois…

Fidèle à lui-même, Harry échoue complètement. C’est un plat monumental devant le comité olympique du plongeon en compétition :

Ah, j’arrive pas à me décider ! Qu’est-ce que vous me conseillez ?

Et voilà, il lui a cédé le pouvoir. »

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14 réflexions au sujet de « Lost in the Harryland… »

  1. Comme toi, j’ai eu un peu de mal à mettre des mots sur cette lecture, tout simplement, parce que je suis passée par toute une série de sentiments différents au fil de ma lecture et que je n’ai pas
    réussi à dire lequel avait dominé…

  2. Ce qui est bien avec Harry, c’est qu’il fait naître en nous tout un tas de sentiments différents qui nous poussent à nous questionner nous aussi sur nous-même.
    J’aime beaucoup ce que tu dis du livre, Marie. Ca reflète bien son univers.

  3. J’ai lu des avis bien négatifs qui m’ont fait freiner des 4 fers. Arff … et pourtant j’adore la couverture ! Mais ce ne serait pas raisonnable de l’acheter pour une couverture, hein ! 😉

  4. Ton billet me laisse aussi perplexe et je ne suis qu’à moitié tentée… s’il me tombe sous la main, pourquoi pas!

  5. Je l’ai acheté à Decitre cette semaine, juste parce que la couverture et l’histoire me plaisaient … Du coup, j’ai lu ton billet en diagonale 😉

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