Lectures documentaires, essais

L'orthographe "m'a tuer"…

Voilà l’exergue choisi par Marie-Dominique Porée-Rongier à son Petit précis d’orthographe à l’usage des récalcitrants… La couleur est annoncée!
Merci à Babelio (et à son opération Masse Critique de septembre) et plus particulièrement à Guillaume pour sa patience… enfin, aux éditions First.

Je profite de ce billet pour ouvrir une nouvelle catégorie afin de « ranger » les livres de « vie pratique » comme on les appelle couramment…

fauteur-de-troubles.jpgFauteur de troubles
Petit précis d’orthographe à l’usage des récalcitrants

Marie-Dominique Porée-Rongier

Ed. First, Coll. Au pied de la lettre, 2009

notation_etoiles_4.jpg

Divisé en six grandes parties, ce précis offre un panorama assez complet des règles et des difficultés de la langue française. Auparavant, l’auteur s’interroge, dans sa préface, sur
l’orthographe, son histoire et ses « devoirs ». La grammairtienne illustre ses questionnements d’extraits littéraires. Ainsi, selon Isocrate (orateur grec), « parler comme il faut, [c’]est [pour nous] l’indice le plus sûr d’une pensée qui va bien ». De plus, l’orthographe entre en ligne de compte dans bon nombre de
recrutements professionnels. Mais, quand on y songe, une « faute » d’orthographe n’est pas un crime. Qu’est-ce que cela change? De même, la langue française avec ses exceptions toujours plus
importantes, plus nombreuses que ses règles, ne facilite pas la tâche! Et qu’on le veuille ou non, pour que tout le monde s’entende, mieux vaut se fixer une norme… D’où l’utilité de ce
petit traité, qui plutôt que de rappeler les règles, apprend à réfléchir sur la langue.

Première partie: Le B.A.-BA de l’orthographe.

Convonquant divers ouvrages bien rodés comme celui d’Ormesson (La Grammaire est une chanson douce), M.-D. Porée-Rongier rappelle comment distinguer les catégories de mots: ainsi, le
verbe, c’est le « moteur » de la phrase, « l’âme » en quelque sorte… Elle donne également leurs caractéristiques. De même, la ponctuation, les accents et les tirets sont passés au crible. Le
B.A.-BA de l’orthographe, en bref, c’est la maîtrise de la forme, l’art de bien ponctuer, l’art de bien organiser ses phrases.
Comme tout au long de l’ouvrage, à la suite de chaque explication, un encadré « exercez-vous! » permet de vérifier si l’on a bien compris ou pas la leçon…
(
Les réponses sont données, bien sûr.)

Deuxième partie: Il était une fois le genre, ou toute la différence entre masculin et féminin
Troisième partie: Il était une fois le nombre, ou toute la différence entre le singulier et le pluriel!

Dans ces deux parties, il s’agit d’apprendre à bien maîtriser le genre et le nombre: comment le féminin se forme-t-il? Quels sont les mots « mixtes »? Et, est-ce que les pronoms comme « en » ou « y »
ont des genres? (En fait, ces pronoms sont « multi-sexe »!) Et les règles du pluriel… Entre les mots composés, les adjectifs de couleurs, les noms propres, c’est une vraie pagaille! Sans parler
des invariables…
Encore une fois, l’auteur nous guide de façon simple et ludique dans ce magma orthographique.

Le saviez-vous?Le pronom on vient du nom latin homo (homme) au cas sujet. Rien d’étonnant donc à ce qu’il soit , de par
cette origine, de genre masculin: on est venu.
Mais il lui arrivera aussi d’être féminin, pour peu qu’il désigne une femme, si on en croit Mme de Maintenon, s’exprimant en ces mots: On ne peut être plus contente que je ne la
suis…

Quatrième partie: Les règles d’accord
Le genre et le nombre apportent leur lot de difficultés, mais n’oublions pas les accords! Vous êtes déjà bien échauffés, alors poursuivons l’entraînement.
Dans cette section, l’auteur fait l’inventaire des principales règles d’accord: sujet/verbe bien sûr, mais aussi les accords de l’adjectif et du participe passé (aaaaaaaah, les fameuses règles:
si le participe passé est employé avec l’auxiliaire … etc. Je suis sûre que ça vous rappelle de bon souvenirs!!!).
Ca, c’était pour les règles élémentaires (mais non moins difficiles). Que dire, à présent, des syllepses grammaticales? Autrement dit, ces « règles » qui préconisent non pas un accord
« grammatical » mais un accord de sens. Du type: Minuit sonnèrent…  Cette sous-partie est vraiment intéressante car elle relève de nombreux cas particuliers: ni l’un ni
l’autre
sont généralement suivi d’un verbe au singulier, car il y a exclusion, alternative (un seul sujet est pris en compte), pourtant on peut aussi rencontrer le pluriel… En fait, tout
est affaire de sens et ce qui rend l’orthographe parfois cauchemardesque.

Cinquième partie: Pièges et astuces
Cauchemard, parlons-en… Voilà la partie sans doute la plus plaisante! L’auteur passe en revue les couple dangereux, de quoi faire frémir les cancres de l’orthographe!
Heureusement, des astuces pour les vaincre sont données à chaque fois… En clair, pour progresser en langue, apprendre les règles ne suffit pas; il faut surtout apprendre à se relire,
c’est-à-dire à réfléchir sur la langue. Se concentrer, le vouloir, etc…

Allez, un petit exemple: quoique/ quoi que. On écrit « quoique » si on peut le remplacer (mentalement) par « encore que » ou « bien que ». Sinon, on écrit « quoi que » en deux mots.

Sixième partie: L’orthographe dans tous ses états…
La langue évolue, constamment. Ca a toujours été le cas, et le plus souvent, on n’en a pas conscience: les mots entrent et sortent de la langue… Etats généraux, langage SMS, etc. permettent
à l’auteur de conclure son ouvrage: quel avenir pour la langue?

En ce qui concerne le langage SMS, ne nous alarmons pas. Certes, ce « sociolecte » interfère parfois dans les cahiers d’école, mais en aucun cas, il ne représente un véritable danger. Le langage
SMS est surtout réservé à un groupe social (les « jeunes » le plus souvent) et à l’écrit. Ce n’est pas une autre langue…
En revanche, on peut s’inquièter des réformes orthographiques à venir. Ces dernières ont pour but de « simplifier » la langue, ce qui est très bien en soi, mais elles risquent de faire
hérisser le poil des puristes… Ainsi, on pourra écire indifféremment: ils ont ôté leur chapeau/ leurs chapeaux…

Et si simplifier l’orthographe permettait de « pacifier » les rapports que nous entretenons avec elle? Et si cela évitait de creuser le fossé entre ceux qui maîtrisent la langue et les autres?
Fossé que nous pouvons voir chaque jour plus profond…

Bref, de nombreuses questions, de nombreuses réflexions…

Pour conclure mon billet déjà bien long…
Trois bonnes raisons de lire Le Fauteur de
troubles
:

– N’est pas fauteur de troubles celui qu’on croit…
– Un inventaire accessible et ludique des pièges et difficultés de la langue française. Règles, astuces, exercices et cahier de notes permettent de revoir les B.A.-BA de l’orthographe sans
complexe! Par ailleurs, ce traité offre également une approche culturelle et historique de la langue.
– Des réflexions sur « l’état » de la langue aujourd’hui permettent de revoir, ajuster nos positions, notre « façon de voir »…

Et une quatrième raison: la couverture pimpante et une présentation aérée, agréable… Ca donne envie de lire l’ouvrage!
masse critique

Si jamais vous arrivez au bout de cet article (merci d’avance), profitez-en pour jeter un oeil (ou les deux) au billet de Pimprenelle. C’est une lecture commune!

Publicités

7 réflexions au sujet de « L'orthographe "m'a tuer"… »

  1. Guillaume a été patient, effectivement :-)) mais tu t’es rattrapée en faisant un billet bien étoffé et donnant vraiment envie d’acquérir le bouquin.

  2. Bon, moi, j’ai un problème avec les consonnes doubles, c’est mon cauchemar. Là, juste en face de moi, j’ai un post it où il y a écrit : évidemment, récemment, savamment, décidément, forcément,
    réconcilier, emmener, amener… parce que j’en ai marre d’avoir à ouvrir le dico à chaque fois, alors je regarde mon post it. Combien de milliers de fois j’ai écrit ces mots ? Et il m’est
    absolument impossible de m’en souvenir, ab-so-lu-ment ! Alors si ce bouquin me guérit, j’achète !

  3. Mon orthographe n’est pas irréprochable mais la perspective de cette réforme de simplification me panique.
    L’exemple que tu as choisi pour les chapeaux est vraiment significatif pour moi ! L’orthographe modifie le sens : si on met chapeau au singulier et bien ils ôtent l’unique chapeau qu’ils ont sur le
    tête. Au pluriel, cela signifie qu’ils ont plusieurs chapeaux sur leur tête ?!!!

  4. Ah mais… Il a l’air terrible ce petit(?) ouvrage. Moi qui aime beaucoup l’ortôgrafe (même si je fais encore des fautes, bien entendu), je devrais bien m’amuser.
    J’ai un doute, là… on n’écrit pas plutôt ortoghrafe? 😀

Les commentaires sont fermés.