Cinéma

L.I.B.E.R.T.E, Liberté, Gatlif écrit ton nom

Pour lire cet article en musique, écoutez la bande originale du film.


Liberté

Tony Gatlif

Avec: Marc Lavoine, Marie-Josée Croze, James Thiérrée, Thomas Baumgartner, Kevyn Diana, etc.
Année de prod.: 2008
France

Coup de cœur!


Synopsis
Des barbelés qui vibrent au son d’une musique émouvante et un mot: Liberté.
France, 1943. Alors qu’elle sillonne les bois, lentement, aux aguets, pour ne pas se faire entendre des Allemands, une famille de gitans recueille P’tit Claude, un orphelin de la guerre. Le petit garçon se prend d’affection pour Taloche, un tzigane excentrique et fantasque. Mais, la présence ennemie contraint la famille à faire demi-tour. Elle retourne donc au dernier village où elle avait établi son camp. Là, Théodore, vétérinaire et maire du village, apprend aux gitans qu’un nouveau décret interdit le nomadisme. Toute personne circulant librement pourra être arrêtée. Les gitans installent leur camp, réveillant ainsi les peurs, l’animosité des villageois. Ou la bienveillance, à l’instar de Mlle Lundi, l’institutrice, qui souhaite apprendre à lire et à écrire aux enfants tziganes… Ou la haine, comme M. Pentecôte, ancien ami, nouvel ennemi…

Avis
Voilà trois semaines que j’ai eu la chance de voir ce film, en présence de Tony Gatlif et Marc Lavoine. En trois semaines, j’ai beaucoup, beaucoup pensé à ce film. En trois semaines, j’ai écrit un millier de fois ce billet dans ma tête. En trois semaines, je ne suis toujours pas arrivée à le mettre en mots… C’est dire comme ce film m’a remuée, bouleversée et fait réfléchir.
Avec ce film, Tony Gatlif écrit une page, souvent négligée, de l’Histoire: celle des Tziganes pendant la Seconde Guerre Mondiale. Peuple des routes, peuple complétement désintéressé du matériel, peuple sans « leader », leur Histoire n’a pas intéressé grand monde… Les superstitions, les peurs, sans oublier les préjugés, n’ont sans doute pas aidé. Pourtant, sur les 700 000 Tziganes qui vivaient en Europe à l’époque, la Seconde Guerre Mondiale en a fait disparaître 250 000 à 500 000. A ces disparus, le réalisateur rend hommage. A ce peuple encore trop souvent méprisé, il témoigne son amour. Avec liberté.
En effet, il n’est pas question de faire un cours d’Histoire. Gatlif raconte simplement et humblement une histoire et s’inspire pour cela de faits réels: la famille Tzigane, Mlle Lundi (figure de la Résistance). En revanche, il soigne les moindres détails jusqu’à la matière des jupes des gitanes ou au nombre de liens sur la toile des tentes. Tout devait correspondre aux us et coutumes de l’époque. De ces toiles de tentes, de ces jupes froissées et salies émanent un lyrisme émouvant. Les lumières, la qualité de la photo y concourent bien évidemment. Les compositions donnent parfois l’impression d’entrer dans un tableau… La suggestion contribue aussi à ce lyrisme, parfois tragique: la voie ferrée, la montre juive tombée au milieu des rails… Ce film est beau, au sens esthétique du terme.
La poésie du film est aussi à mettre en relation avec le titre: une ode à la liberté. Des chevaux au galop, un homme qui s’éveille, une jupe dans le vent, et des hommes qui courent. Qui courent pour courir, tout simplement. Pour sentir leurs membres, leur corps. Tina qui rit, au galop sur son cheval, j’ai rarement vu une scène aussi Belle, touchante! La course n’est pas la seule façon d’être libre. Les routes en sont également un signe, bien sûr. Mais la musique en est la véritable expression. Encore une fois, que de beauté! Les acteurs, véritables gitans venus des quatre coins de l’Europe et amis du réalisateur, sont aussi les musiciens du films (avec Tony Gatlif). Comment ne pas « trembler » en écoutant l’interprétation manouche de « Maréchal nous voilà »? Comment ne pas se laisser porter par la musique, source de vie en quelque sorte?
L’incroyable James Thiérrée, petit-fils de Charlie Chaplin, artiste accompli (danseur, acteur, musicien, que ne fait-il pas?), interprète Taloche. Ce personnage incarne la Liberté, il en est l’allégorie: sédentariser cet homme, l’enfermer, c’est le tuer. La moindre entrave à sa liberté, que ce soit celle de bouger ou de jouer, ou encore de « faire ce qu’il veut », l’aliène. Son côté fantasque se rapproche presque de la Folie. C’est un personnage qu’il sera difficile d’oublier…
Quant aux autres personnages… Je n’ai encore qu’un seul et même mot: ils sont beaux et touchants, que ce soit le futur « chef » du clan ou le « dur »… ou encore, la grand-mère… ou Tina.
Le film s’achève sur une chanson terriblement émouvante, « Les Bohémiens », chantée par la voix cassée de Catherine Ringer. Ses mots concluront ce billet:

« Si quelqu’un s’inquiète de notre absence
Dites-lui qu’on a été jetés du ciel et de la lumière
Nous les seigneurs de ce vaste univers. »

A noter que le carnet anthropométrique d’identité qui obligeait les Tziganes à se présenter à la mairie à chaque installation est remplacé par le carnet de circulation, qui doit être présenté tous les trois mois en gendarmerie ou commissariat. La liberté n’est qu’un leurre… et cette pratique révèle une grave discrimination… Bref, évitons de faire de la politique ici.

Trois bonnes raisons d’aller voir Liberté:

– Connaître une page de l’Histoire, un génocide « oublié », à travers la banale, heureuse et malheureuse, histoire d’une famille.
– Comprendre la Liberté, faire connaissance avec un peuple victime de préjugés, de peurs… et pourtant si « grand »: désintéressé, artiste, artisan…
– Se laisser porter, toucher par la Beauté: lumières, personnages, musique… Tout est Beau.
Et une quatrième raison: James Thiérrée
.

Il sort aujourd’hui sur les écrans… Alors, courez voir ce film!

Comme je le disais, j’ai eu la chance d’assister à une avant-première en présence du réalisateur et de Marc Lavoine. A l’issue de la projection, nous avons donc pu « discuter » une bonne demi-heure avec eux. Je ne connaissais pas grand chose de Marc Lavoine et même s’il ne semblait pas très à l’aise face à toute une salle de spectateurs, il s’est montré simple, a expliqué ses choix et son rôle, le tournage: comment il avait pu « communiquer » avec les Tziganes, eux-mêmes ne parlant pas tous la même langue… Il en est ressorti l’idée que le tournage avait dû être une grande famille et que la communication ne s’arrête pas aux mots. Durant les six mois du tournage, Marc Lavoine a tapissé sa chambre de photos de l’époque, des tziganes… Il s’est immergé, a changé d’époque pour faciliter le jeu de son personnage. Ça se comprend puisqu’il n’avait pas de scénario préétabli! De Tony Gatlif, l’acteur dit qu’ « il est une suite de fragments poétiques, de colère retenue, animée de musique ». Un bel hommage! Qui donne le ton du film…
Quant à Tony Gatlif, on pourrait l’écouter des heures sans se lasser. C’est un bon orateur! Enthousiasme, plein d’espoir et de vie, il donne envie de le suivre… Son Gadjo Dilo m’avait déjà fait cet effet, je continuerai sans aucun doute sur sa route.
L’Association ARTAG (Association Régionale des Tziganes et leurs amis Gadjé) était également présente.

Pour poursuivre votre voyage, allez faire un tour sur le site de Marina Obradovic, photographe de talent qui accompagne souvent les tournages de Tony Gatlif et qui a longtemps côtoyé les Roms…

Sur le sujet, à lire: la très belle BD de Bonin et Galandon, Quand souffle le vent.

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29 réflexions au sujet de « L.I.B.E.R.T.E, Liberté, Gatlif écrit ton nom »

  1. Tu me fais envie ! Mais en ce moment, je n’ai pas l’occasion d’aller au ciné… Peut-être ce film restera-t-il à l’écran plusieurs semaines ?!

    1. Sûre que tu ne le regretterais pas… Après, je ne suis pas sûre que ce soit le genre de films à cartonner… face à Shutter Island, Nine ou encore Le Mac (beurk!), et autres grosses productions… Mais j’aimerais qu’il reste à l’affiche! C’est le genre de films à voir, à diffuser partout. C’est une sorte de « devoir de mémoire » en plus d’être un beau film…

  2. Waou quel billet !!!! J’ai très peu l’occasion d’aller au cinéma mais tu me donnes très envie d’aller le voir… Comme d’habitude je le verrais sans doute en DVD… Un film qui m’a l’air de porter un très beau message en plus… Ce qui est un vrai plus ! Très bonne soirée Marie (je suis bien contente que tu ne me prennes plus pour un garçon (LOL)) !

    1. Oh, je suis confuse! J’étais surprise en voyant le mail… C’est trompeur! 😉
      Si tu le peux, va voir le film au ciné… C’est quand même une autre dimension sur grand écran.

    1. Je ne crois pas que ce soit un film à budget suffisant pour qu’il puisse intéresser le monde… Cela dit, j’espère qu’il sera exporté!
      Au pire, tu le verras en DVD… Ca voyage plus facilement! 😉

  3. J’ai vu des affiches de ce film mais je n’en avais pas entendu parler. Je ne pense pas aller le voir car je vais assez peu au cinéma mais je le note pour le DVD.

    1. C’est mieux que rien! 🙂
      Cela dit, je pense que ce film fait partie de ceux qui gagnent à être vus au ciné, parce qu’ils ont alors une autre dimension…

  4. Je veux d’abord voir « an education » et « a single man » mais celui-là me tente aussi ! Depuis que j’ai la carte UGC j’entends bien en profiter 🙂 (il me faudrait juste sortir pour tôt du boulot ^^)

    1. Avec la carte UGC, pas d’excuse! 😉
      Quelle chance! 🙂
      J’aimerais aussi beaucoup voir « une éducation » (en VO si possible). Et aussi « Shutter Island », et je ne sais plus…

  5. J’avais vu la bande annonce de ce film lorsque je suis allée voir « Océans » et j’avoue que le sujet – que je connais mal – m’avait intéressé. Je vais regarder s’il passe près de chez moi.

  6. Pour le film, j’attendrai qu’il sorte en DVD parce que je n’ai pas le temps d’aller au cinéma en ce moment ! Par contre, il y a le livre dont est issue « Liberté » et qui m’intéresse beaucoup. C’est vrai que le génocide des Tziganes est très peu, voire même, pas du tout abordé dans les différents ouvrages. Ou très rarement. Ça vient de la culture orale des Tziganes, de la difficulté à pénétrer dans leur groupe social et de la pudeur qu’ils ont à parler de cette période … Il y a deux ouvrages d’un auteur anglais, Yan Yoors, « La croisée des chemins » et « Tziganes » qui racontent toute l’histoire de ce peuple si méconnu et mal aimé.

    1. Merci beaucoup pour ces précieux conseils! J’en prends note avec intérêt.
      Quant au livre « Liberté », grâce à Mirontaine, je vais pouvoir le lire en Avril. J’espère en apprendre davantage sur cette page « oubliée » de l’Histoire…

  7. superbe film et merci de cet excellent commentaire
    face à ton talent, je m’incline et j’apporte une fois de plus un avis enthousiasme sur ce film.
    je viens de le voir dans le cadre d’un ciné-rencontre (mardi 25 janvier 2011) dans ma ville et j’ai adoré ce film et aujourd’hui encore ces images m’obsède.

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