Lectures documentaires, essais·Littérature

Guevara, ou l'art de naviguer

Seconde session de rattrapage…
Merci à Livraddict et aux éditions Vagabonde pour cette formidable découverte. Merci, encore, pour leur patience…

L’Art de naviguer

Antonio de Guevara

Titre orig.: Arte de marear
Trad. de l’espagnol: Catherine Vasseur
Ed. orig.: 1539
Ed. Vagabonde, 2010


En quelques mots
Dans cet essai, Antonio de Guevara s’adresse au señor don Francisco de los Cobos, commandant en chef et grand marin. Le prédicateur de sa Majesté se veut Maître de la mer: il la connaît et livre la somme de ses connaissances, des premières galères au vocabulaire en usage, en passant par la messe en bateau, etc. Si le marin veut survivre à la mer et bien vivre la galère, il doit suivre les conseils éclairés de Guevara. La vie de la galère, Dieu la donne à qui la veut.

Trois bonnes raisons de lire L’Art de naviguer
– Ce livre est presque une farce! Il se présente comme un ouvrage didactique, qui plus est destiné à l’un des plus grands marins d’Espagne. Pourtant, il est truffé d’affabulations et inventions en tout genre! C’en est génial! Pour donner de la crédibilité à ses dires, Guevara n’hésite pas à user de ses talents de prédicateur: il imagine, crée de toutes pièces des récits et parvient à les rendre vraisemblables. Ainsi, dans sa dédicace à Cobos, l’auteur s’appuie sur un chapelet de noms qu’il présente comme « entre autres philosophes », à savoir Mimus, Polistorus, Azuarcus et Périclès, il prête à ces derniers une sagesse toute acquise et, pour le lecteur, il est facile de croire Guevara… N’est-il pas le conseiller du Roi? En réalité, aucun philosophe ne se nomme ainsi. En réalité, ces quatre noms-là sont ceux de… marins, certainement plus aptes à évoquer la mer que les philosophes… En bref, il n’est pas si aisé de distinguer le vrai du faux, mais les notes de la traductrice éclairent le lecteur et apporte ainsi de nombreuses touches d’humour. Il faut dire que Guevara prend très au sérieux sa tâche… d’autant plus au sérieux qu’il n’a en réalité jamais navigué…
– Même si Guevara n’a jamais expérimenté la vie des galères (comme il l’affirme), il nous apprend beaucoup, de l’origine des galères au quotidien des galériens. Ses leçons divisées en courts chapitres ne sont jamais ennuyeuses et, au contraire, fourmillent d’anecdotes et de maximes (non dénuées de bon sens). C’est un réel plaisir.
– Au final, cet Art de naviguer donne le goût de la mer… Bien que la vie des galères n’ait rien d’enviable, Guevara insuffle l’air marin dans ses mots, laisse le lecteur songeur… Où est donc ce vaste horizon? Voiles tendues… et que souffle le vent! Rien d’étonnant à ce que ce terrien ait finalement choisi de donner son corps à la mer…

Pour prolonger le plaisir, quelques sentences de Guevara et une anecdote sur Cléopâtre.

Quant à la fameuse Cléopâtre – reine d’Egypte dont les amours avec Marc-Antoine leur coûtèrent à tous deux la vie, et à elle la renommée -, elle partit d’Egypte vers la Grèce à la rencontre de Caius César sur une galère dont les rames étaient en argent, les ancres en or, les voiles en soie et la poupe marquetée d’ivoire. (p.43)

Que reste-t-il de bon sens à celui qui vit sur une galère? […] Ta vie, d’aventure, y est-elle autre chose que du vent, puisque ta principale occupation est de parler du vent, de regarder le vent, de désirer le vent, d’attendre le vent, de fuir le vent ou de naviguer avec le vent? Ta vie, d’aventure, y est-elle autre chose que du vent, puisque s’il est contraire tu ne peux naviguer, s’il est largue et impétueux tu dois amener les voiles, s’il est faible tu dois ramer, s’il est de travers tu dois fuir, s’il vient de la terre tu dois t’en méfier – à telle enseigne que dire « bon vent! » à celui qui s’en va vivre avec lui n’a rien d’une boutade? (p.48-49)

La mer est une mine de richesses pour beaucoup, et un cimetière pour une infinité d’autres.
La mer ne trompe jamais qu’une seule fois, mais celui qu’elle a trompé une fois n’aura plus jamais le loisir de s’en plaindre.
La mer est naturellement folle: elle change d’humeur à chaque quartier de lune et ne fait aucune différence entre un roi et un paysan.

Ce roman, fable ou essai, sera mon Classique de juin.

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5 réflexions au sujet de « Guevara, ou l'art de naviguer »

    1. J’en ai bien l’impression! Cela dit, il n’y a pas que des bêtises et, en tant que véritable courtisan, Guevara a bien dû fréquenter de vrais marins! Et son « art de naviguer » transporte vraiment le lecteur.

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