Littérature jeunesse

Coraline n'a pas peur du noir!

Et je suis dans les temps! Tout juste… pour la lecture « Sexy Ecrivains » du mois de juin, lecture commune initiée par Celsmoon (qui d’autre?).
Ce mois-ci, c’est Neil Gaiman qui est à l’honneur. Comment lui résister? J’avais déjà succombé à son Nobody Owens et Coraline me faisait de l’oeil depuis quelques temps déjà.


Coraline

Neil Gaiman

Trad. anglais: Hélène Collon
Ed. Albin Michel, Coll. Wiz (2003)


L’histoire, en quelques mots
Coraline (et non pas Caroline) et ses parents emménagent dans une très vieille maison, avec cave et grenier, avec un jardin un peu à l’abandon et des arbres au moins tout aussi vieux que la maison… Mr et Mrs Jones travaillent à domicile mais n’ont que peu de temps à accorder à leur petite fille. Cette dernière, qui s’ennuie avec ses poupées, décide d’explorer son nouvel environnement. Elle découvre avec une curiosité non feinte ses étranges voisins (c’est que sa maison est si grande qu’elle abrite plusieurs propriétaires): deux vieilles femmes, anciennes vedettes de cabaret, qui lisent l’avenir dans les feuilles de thé, et un vieil homme qui apprend la musique à des souris… Le décor est planté! Ah non, il y a une porte, massive et étrange dans l’appartement de Coraline. Et derrière cette porte se cachent des illusions, des créatures bizarres… Quoi de plus attirant pour une exploratrice en herbe?

♥♥♥ Trois bonnes raisons de lire Coraline :
L’univers de Neil Gaiman est toujours aussi excitant, aussi dense! Dans une sorte de monde parallèle, aux contours flous mais identique au monde réel, on croise des chiens qui parlent, des rats espions aux yeux rouges, un chat noir à la fois sage et arrogant, et surtout… des hommes avec des boutons cousus à la place des yeux! Effet étrange, presque angoissant, garanti… Et pourtant cette réplique de notre monde est aussi curieux, intéressant car elle rassemble ce dont rêve la petite Coraline: des parents qui veulent jouer avec elle, des jouets vivants et des rats en guise d’animaux de compagnie, des repas poulet/frites quotidiens, des costumes à la place d’habits, etc. Mais ce n’est pas tout, dans cet univers, les choses se répètent, les âmes des enfants sont enfermées dans des miroirs sans tain et une sorcière, « l’autre mère » fait régner la terreur. C’est finalement  un univers sombre, inquiétant, cauchemardesque. Une fois entré, comment en sortir?
Cette bascule d’un monde à un autre, cette quête initiatrice de la petite fille n’est pas sans rappeler Alice au pays des merveilles, ou dans une autre mesure Le Voyage de Chihiro. La frontière entre réalité et illusion est bien mince… Coraline Jones (elle pourrait bien être une Indiana Jones miniature!) fait ici son apprentissage, aidée d’un chat noir: de petite fille seule, qui s’ennuie, elle devient sage, réfléchie, et sûre d’elle. Elle fait preuve de ténacité et de bravoure, ne craint pas d’affronter mille et un dangers. C’est une fille extra!
Le côté « roman d’apprentissage » se greffe au conte et au fantastique: Coraline doit délivrer les âmes cachées et enfermées, elle doit combattre un monstre, monstre d’autant plus monstrueux qu’il a l’apparence de la mère, etc. Dans ce récit, de nombreuses questions existentielles (et, en partie, propres à l’enfance) se posent: la place des parents et la manifestation de leur amour, la mort, et surtout la peur et le courage… et l’autonomie de l’enfant? Au final, loin d’être une simple aventure, Coraline mêle les genres et offre une histoire aussi divertissante que riche en questions, tout en offrant, à l’instar d’un conte, une héroïne forte et courageuse.

Inutile d’ajouter que Gaiman possède un style entraînant, fluide… Une littérature jeunesse (et adulte, aussi!) d’excellence!

« Elle vous prendra votre vie, tout ce que vous êtes, tout ce à quoi vous tenez, et en lieu et place ne vous laissera que brume et brouillard. Elle vous prendra ce qui fait votre joie. Et un beau matin, vous vous éveillerez pour constater que votre coeur et votre âme ont disparu. Une coquille vide, voilà ce que vous serez devenue – à peine une volute, si fait; guère plus qu’un rêve à l’instant de l’éveil, ou le souvenir d’une chose oubliée. » (p.85)

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30 réflexions au sujet de « Coraline n'a pas peur du noir! »

  1. Salut zine!
    cette lecture ressemble étrangement au film d’animation du même nom Coraline, qui est sorti l’année dernière (il me semble)…. j’imagine que le film est tiré du livre….. et je l’avais vraiment beaucoup aimé….
    bizz

    1. Oui, ce livre a été adapté et est sorti l’année dernière sur nos écrans. Je ne l’ai (malheureusement) pas encore vu et je compte bien rattraper ça!
      Bises aussi et bon lapin! 😉

  2. J’ai beaucoup apprécié cette histoire, même si j’étais frustrée de ne pas avoir toutes les explications concernant le « surnaturel » de ce que vit Coraline… J’ai un peu moins accroché au film que j’ai trouvé trop changé sur les détails, pas tant fidèle que ça…

    1. C’est vrai que tout ce que vit Coraline reste finalement très mystérieux… Qui est cette sorcière de l’autre monde? Pourquoi en a-t-elle après tous ces enfants? Depuis tant de siècles… Etc.
      Par curiosité, je regarderai le film à l’occasion.

  3. C’était mon premier Gaiman et une excellente découverte je dois dire. Je compte bien me procurer en priorité American gods et Nobody Owens. En tout cas, son style et son univers me plaisent bien.

  4. Je l’avais lu à sa parution et il m’avait bien plu, bien que léger, et le film d’animation est réussi, mais j’ai préféré le roman de Nobody Owens.

  5. Ah, ce livre est tout simplement envoutant ! Coraline est vraiment très attachante et la lecture est un vrai délice. Un Alice aux Pays des Merveilles un peu plus sombre peut-être mais vraiment extra !
    =)

  6. J’ai beaucoup aimé ses recueils de nouvelles, notamment Miroirs et fumée, et aussi le roman De bons présages écrit avec Pratchett. Et j’adore la poésie de la série BD Sandman, même si je ne suis pas toujours fan des dessins.

  7. Oh ! Ce livre à l’air accrocheur. Ca me fait légèrement penser aux mondes de Tim Burton, d’après les descriptions que tu donnes. Brrrr ! A faire légèrement froid dans le dos ! Je connaissais pas l’auteur en plus. C’est de la littérature jeunesse ?

    1. C’est tout à fait un univers burtonien, tout comme Nobody Owens. C’est peut-être pour ça que j’adore autant ces romans (je suis fan des créations de Tim Burton)…
      C’est de la littérature jeunesse, oui. Et de la bonne!
      Effectivement, ce roman m’a fait froid dans le dos… Il fait appel à un imaginaire cauchemardesque, propre à l’enfance, et du coup, lorsqu’on lit ce livre à l’âge adulte, il fait ressurgir les vieilles angoisses… Enfin, c’est mon « analyse ».
      Je te le conseille!

  8. J’aime beaucoup cet auteur et Coraline est dans ma pal… Des choses fragiles est un recueil de nouvelles de Neil Gailman à lire absolument !

  9. Je l’ai lu et chroniqué il y a peu de temps et j’avais beaucoup aimé. Par contre, ma fille (9 ans) a abandonné en cours de lecture, ça lui faisait trop peur…

  10. J’ai vu le film l’an passé lors de sa sortie au cinéma mais je ne le conseille pas aux enfants car il est flippant !!! J’imagine que le livre doit l’être aussi ! Ceci dit, le film est une merveille visuelle !
    En tout cas, j’ai trouvé l’histoire originale, et pourquoi pas lire le livre un de ces jours pour voir l’œuvre d’origine !

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