Littérature

Juke Books de l’été – Spécial « Evasion »

J’ai beaucoup voyagé cet été: grâce à de bons romans, je suis partie en Afrique du Sud et en Chine! Voyage contemporain pour l’un, voyage classique pour l’autre…
J’aurais aussi pu nommer ce Juke Books: « Génération désenchantée »… puisque dans ces lectures, il est question de lever le voile, de regarder la vie en face.
(Et je continue d’accumuler le retard dans mes notes de lecture… Serai-je un jour dans les temps?)

La Passe dangereuse

Somerset Maugham

Titre orig.: The Painted Veil
Trad. anglais: E. R. Blanchet
1ère publ.: 1925
Ed. 10/18, Coll. Domaine étranger

L’histoire en quelques mots
Grande époque coloniale anglaise à Hong Kong.Alors qu’elle pensait passer un banal après-midi d’adultère, Kitty se fait surprendre par son mari. Ce dernier, meurtri, accepte alors le poste de médecin chef dans une petite ville de campagne gagnée par le choléra. Il laisse ainsi le choix à sa femme: soit elle accepte de le suivre dans une région reculée, isolée et inconnue; soit elle convainc son amant, Charlie, un fonctionnaire haut placé, de divorcer de sa femme et de marier Kitty dans la semaine suivante. Autant dire que la jeune femme n’a guère le choix… Pourtant, elle y croit. Viendra le temps des désillusions, de l’amour, des drames… et des bonheurs.

Trois bonnes raisons de lire La Passe dangereuse:
Ce très court roman plonge le lecteur dans une ambiance vraiment particulière: on suffoque dans Hong Kong, la moiteur nous gagne, on respire un peu plus dans la campagne, malgré une chaleur humide… Avec peu de mots, à travers les dialogues et quelques descriptions, le lecteur parvient à reconstituer le décor telle une toile et prend plaisir à s’immerger dans cette atmosphère coloniale du début du siècle.
Le style de l’auteur y participe sans doute également. Économes en mots, les dialogues fusent et vont droit au but. Chaque personnage a son propre langage et permet au lecteur de se délecter de certains dialogues, tantôt naïfs, tantôt acerbes ou ironiques. Ces derniers construisent un récit vivant, sur une forte tension dramatique. Nul doute, la plume de l’auteur, vive et fluide, offre elle aussi beaucoup de plaisir au lecteur!
La tension qui opère dans ce récit est liée au personnage principal, Kitty, qui alterne le temps présent et le temps passé. Lors de son voyage au pays du choléra, elle repense à son passé: comment en est-elle arrivée là? Que sont devenus ses rêves? De punitif, son voyage devient initiatique. Elle ouvre les yeux… prend conscience de ses travers… et apprend à vivre. D’agaçante et superficielle, Kitty devient généreuse et bienveillante. C’est un beau parcours.C’est aussi une très belle, forte, histoire.

Je remercie Romanza qui m’a fait découvrir ce roman et m’a donc donné envie de le lire… Je le recommande à mon tour.

Ce livre sera ma participation de septembre au défi « J’aime les Classiques! ».

[Le Tao,] c’est la Voie et le Passant. La route sans fin où marchent tous les êtres; mais personne ne l’a créée, car elle est la vie. Tout et rien. Tout en sort, tout s’y adapte; pour finir, tout y retourne. C’est un carré sans angles, un son que l’oreille ne perçoit pas, une image sans forme, un vaste filet dont les mailles aussi larges que la mer ne laissent rien passer. C’est le sanctuaire, l’universel refuge. Il n’est nulle part, mais, sans chercher au-dehors, vous pouvez le découvrir. Il enseigne le secret de ne pas désirer le désir, de laisser les évènements suivre leur cours. Qui s’humilie sera exalté. Qui s’abaisse sera élevé. La faillite est dans l’essence du succès, et le succès est la trêve de la faillite; mais qui peut prédire le moment du revirement? L’être torturé par l’amour peut retrouver la sérénité d’un petit enfant. Le charme donne la victoire à celui  qui attaque et assure le salut de celui qui se défend. Pour être fort, il faut d’abord savoir se dominer. (p.147)

***

Chambre 207

Kgebetli Moele

Titre orig.: Room 207
Trad. anglais (sud-africain): David König
Ed. Yago, 2010


L’histoire, en quelques mots
A Hillbrow, quartier le plus dangereux de la plus dangereuse ville du monde, Johannesbourg, six jeunes hommes vivent, ou plutôt survivent. Ils ont fait de la chambre 207 d’un ancien hôtel, devenu miteux, leur refuge. Dans cette pièce étriquée, ils cohabitent et s’évadent: la musique, les filles, les rêves vont et viennent. A sa façon, chacun espère sortir de la misère…

Trois bonnes raisons de lire Chambre 207:
L’Afrique du Sud, une terre aussi lointaine qu’étrange. Ce pays exerce sur moi, depuis bien longtemps, une forme de fascination: tant par son Histoire que par sa Culture, je le trouve attirant. Et ce n’est pas ce roman qui le démentira! Il donne l’impression d’une ville où tous les contraires s’attirent et s’affrontent: de l’Amour le plus épuré, platonique à la violence et la misère la plus sordide; des bonnes familles à la prostitution « vitale »; de la mixité des peuples au racisme le plus primaire… A travers le quotidien des six protagonistes, on visite Johannesburg, on prend son pouls.
Si on a l’impression d’être dans l’histoire, de participer au quotidien de ces jeunes, c’est sans doute grâce au style de l’auteur. D’une part, il tutoie le lecteur et commence par lui faire visiter son environnement: « Ouvre la porte. Tu es accueilli… ». De cette manière, on visualise parfaitement la chambre et on peut presque s’y installer. D’autre part, son écriture est très vive, très « brute » aussi, sans artifice. La misère est mise à nu et confère une sorte de violence à ce roman. La sensibilité est en éveil…
Enfin, les personnages touchent la sympathie, voire l’empathie du lecteur: tour à tour, ils sont en proie aux rêves et aux désillusions… Rien ne leur facilite la tâche et c’en est rageant.

Je remercie Gilles Paris pour la découverte de ce roman.
Catherine a également évoqué, avec beaucoup de justesse, ce roman.

Ce livre sera ma première participation au Safari Littéraire de Tiphanya.

Tel est notre refuge, ici à Hillbrow. J’aime surnommer Hillbrow notre petite Terre-mère d’Afrique, parce qu’ici tu trouveras toutes les races et les tribus du monde. Ici, tu trouveras des Européens et des Asiatiques devenus de fiers Sud-Africains par un coup du sort, chacun d’entre eux prenant un détour ou un raccourci pour atteindre leurs rêves. C’est la cité des rêves: ici, des rêves meurent et naissent à chaque seconde. Mis à part compter les rêves, tous ont une chose en commun: l’argent. Le respect et l’admiration sont des buts ultimes. Ici, tout le monde fuit la pauvreté.

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24 réflexions au sujet de « Juke Books de l’été – Spécial « Evasion » »

  1. Alors ça c’est rigolo ! J’ai lu La passe dangereuse il y a quelques semaines et mon billet est programmé pour la semaine prochaine. J’ai beaucoup aimé ce roman moi aussi. Maugham est quand même terrible avec les femmes, non ?

    1. Terrible, oui, c’est vrai, mais Kitty évolue beaucoup dans ce roman! Elle a plutôt un joli rôle… Alors qu’en ce qui concerne sa mère ou sa soeur, ce n’est pas joli, joli… Idem pour Dorothy. Tout compte fait, à bien y réfléchir, peu de femmes (hors mis les religieuses) sont valorisées…
      J’ai hâte de lire ton billet!

  2. Je vois qu’en même temps tu remplis tes challenges lol
    Moi, le premier m’intéresse plus que le deuxième. Peut-être parce que je le trouve moins cru et que les pays asiatiques m’ont toujours attirés. J’aime aussi la couverture, les couleurs sont attirantes. De plus, j’ai toujours eu du mal à lire les romans qui m’étaient en avant la cruauté de la vie, la pauvreté et etc…
    En tout cas tu as raison, tes lectures te font et nous font voyage autour du monde. J’ai hâte que tu arrives au bout de tes billets.
    Bon courage.

    1. Le premier est un roman très court et il pourrait te plaire! C’est un style très vivant.
      Quant à mes billets, ma foi, je pense que certaines lectures seront « zappées ». Ce n’est pas très grave puisque je continue de lire (et, par conséquent, d’accumuler le retard dans mes billets!).

  3. Je dois encore découvrir Somerset Maugham avec deux autres titres déjà dans ma PAL mais celui-ci m’a également l’air très bien ! Arf, c’est dur la vie de blogueuse 🙂

    1. Oh mais je ne savais pas qu’il y a avait une réédition… Je vais voir ça de plus près! Je compte bien lire d’autres Maugham. Un titre à me recommander, peut-être?

  4. Le bouquin se déroulant en afrique du sud me tente bien, histoire de découvrir un peu plus ce pays que comme la TV nous l’a montré cet été : au son des trompettes et dans des hôtels de luxe !

    1. J’imagine que la télé donne une autre image… Le mieux étant encore un voyage sur place…
      Si tu en as l’occasion, lis-le, c’est un beau texte assorti un d’un style vif.

  5. J’avais beaucoup aimé Chambre 207 ; merci de m’avoir citée/linkée ! Je suis contente que tu aies aimé aussi. Chez le même éditeur, il y a aussi After Tears, de Niq Mhlongo (Afrique du Sud aussi).

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