Littérature

La Fugue d'Anne Delaflotte Mehdevi

Après une première lecture de la Rentrée Littéraire, puis une seconde… en voici une troisième, en partenariat avec BOB.
Et c’est une belle, très belle, réussite!

Fugue

Anne Delaflotte Mehdevi

Ed. Gaïa, 2010


L’histoire, en quelques mots
Quatre jours par semaine, Clothilde est seule avec ses quatre enfants. Alors que ses petits derniers empruntent le chemin de l’école pour la première fois, Clothilde se retrouve vraiment seule à la maison. Enfin, pas tout à fait, elle peut compter sur la présence de Beau, son grand chien blanc. Au cours de cette première matinée de nouvelle solitude, un appel la sort de ses songes: sa fille Madeleine a fugué, nulle trace de la fillette à l’école. Aussitôt, la mère part à sa recherche, traverse champs et bosquets, crie son nom, le hurle… et découvre sa fille au bord de la rivière. L’enfant est saine et sauve, mais Clothilde en a perdu la voix.
Dès lors, la jeune femme perçoit le monde autrement et doit apprendre à s’exprimer d’une autre façon… Elle cherche sa voix, et en la cherchant, plonge en elle-même et accepte de ré-apprivoiser son goût pour la musique… à travers le chant. Perdre la voix, la chercher, c’est en quelque sorte apprendre à être soi.

Ce que j’en pense…
Fugue, c’est avant tout un portrait de femme très beau, une personnalité très riche, aux émotions variées. Clothilde reste toujours digne, même dans la souffrance. Humble, elle se tient droite et ne se plaint jamais. Elle assure ainsi tous les rôles qu’on attend d’elle, de la mère à l’amante, mais en oublie d’être elle-même, une femme avant tout. Perdre la voix se révèle finalement être un signe: elle doit certes retrouver sa voix, mais elle doit aussi trouver sa voie. Au final, ce roman met en scène une très belle héroïne de l’ordinaire, touchante et sensible.
A l’instar de Clothilde, les personnages secondaires se montrent touchants et tous, par leurs rêves ou leurs angoisses, offrent une très belle lecture: du mari qui perd ses repères et doit apprendre la remise en question, à l’amie de toujours qui réussit sa carrière mais pas sa vie, aux enfants en devenir, en passant par l’Illuminé du village pas si fou…
Tous ces personnages portent un sujet bien dans l’air du temps, celui de l’épanouissement (personnel, familial ou professionnel) et du bien-être. Mais, si le sujet est bien commun, ici, il sonne juste et s’illustre de façon originale et sensible à travers la musique classique et le chant lyrique. A tel point que l’on a envie d’écouter Bach et son Art de la fugue, ou bien Cecilia Bartoli et son Opera Proibita, au fil de la lecture… Le quatrième art permet à Clothilde de prendre conscience de l’Essentiel: le confort de sa maison ne la comble pas, mieux vaut renouer avec ses passions. Mieux vaut être qu’avoir.
A l’image de son sujet et de son personnage, le style est « fin », composé de longues périodes qui entraînement doucement et sereinement le lecteur, loin du style haché et cru de nombreux contemporains. On a l’impression de suivre les gammes d’une partition tant l’écriture est mélodieuse.

Trois bonnes raisons de lire Fugue:
♥ Un précieux portrait de femme, digne, entouré de personnages secondaires tout aussi touchants et profonds.
♥ L’histoire d’une reconquête, d’un épanouissement, lent, parfois douloureux, parfois heureux, et toujours beau.
♥ Une écriture musicale, très douce, entraînante. Rare, aussi.

Un grand merci à BOB pour cette rencontre émouvante.
Je vous recommande la lecture du billet de Mirontaine qui évoque ce roman avec une grande justesse…

Dix ans après, le bel homme et la femme muette, assis sur leur radeau, jouissaient d’un repos paradoxal.
Vincent pensait en pressant sa compagne contre lui, les yeux lilas perdus dans le vague, que quelque chose clochait depuis quelque temps déjà. Clothilde commençait des conversations qu’elle laissait en suspens, elle voulait travailler, disait qu’elle « le devait », que plus on a le choix, moins on a droit à l’erreur. Elle se mettait elle-même dans une situation d’urgence qu’il ne comprenait pas. Il pressentait que cette fébrilité des derniers temps avait contribué à la précipiter dans le silence. Il resserra son étreinte.
Clothilde pensait, les yeux fixés à cinq centimètres de distance du pouls qui battait au cou de son compagnon, « Il est presque parfait », « parfait » tant que la vie répond à ses injonctions, comme son tableau de bord et son équipage. Elle embrassa le point où le pouls battait. (p.58)

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32 réflexions au sujet de « La Fugue d'Anne Delaflotte Mehdevi »

  1. J’ai moi aussi beaucoup, beaucoup aimé ce livre…. C’est une petite parenthèse de douceur et de positif… Et il nous faut bien ça avec tous ces livres vraiment graves de cette rentrée… Comme je le disais à Aifelle, avec cet auteur, j’ai l’impression de déguster une douceur au miel… Je lirais certainement le prochain livre de cet auteur.
    Bisous et bonne soirée Marie

  2. Encore un avis positif sur ce livre !!!! Décidément il fait l’unanimité ! Bon c’est dit, à ma prochaine virée en librairie, il rentrera à la maison avec moi 🙂

  3. J’ai vraiment hâte de le lire … il me reste encore des livres à lire pour le prix et après youhouuuuuu en avant les lectures que j’aurai choisies ! 😛

    1. Je vais attendre patiemment ton billet, alors!
      C’est vrai que l’inconvénient, ou plutôt la contrainte, d’un prix, c’est que tu ne choisis pas tes lectures… A la longue, ce doit être barbant!

  4. Moi aussi j’ai adoré. Ce livre est très sobre, en même temps très émouvant. Il donne envie de trouver sa voix…..

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