New age in the City

New age in the City

« Arriérés »,
« Anthropophages »,
« Analphabètes »…
… Je sais bien qu’on fait tous des efforts pour conserver notre « Triple A »…

Voilà qui donne le ton de ce troisième opus.

silex-and-the-city-3Silex and the City
3. « Le néolithique, c’est pas automatique »
Jul
Ed. Dargaud, 2012

A l’instar des précédents tomes, ce troisième se joue des politiques et de notre société. Cette fois-ci, c’est aux rassemblements et aux réseaux sociaux qu’elle « s’attaque »:
– les manifestations RESF, « Réseau Evolution Sans Frontières » pour soutenir les clandestins. Voilà un beau sujet! Immigration (pardon, évolution) légale ou clandestine, civilisation meilleure que d’autres… On aurait pu s’attendre un traitement plus corrosif, il reste superficiel. Dommage!
– le fameux Flèches-Book » fait son apparition! C’est « trop mortel ». Toutefois, il n’apporte pas grand chose à l’histoire. Encore une fois, c’est dommage! Il y a pourtant tant à dire…
D’autres petites anecdotes ou sujets viennent ponctuer l’histoire. Cependant, alors qu’on faisait défiler les pages dans les deux précédents tomes, on piétine sur le troisième. L’histoire n’avance pas vraiment et on ne saurait dire si on s’ennuie ou si on se laisse divertir légèrement… Bon, relevons tout de même quelques jeux de mots bien sentis (comme la citation en exergue)!

Au final, malheureusement, comme bon nombre de séries, plutôt que de se renouveler, Silex and the City s’essouffle. L’humour, déjà bien rodé, fait parfois sourire, guère plus. Le changement, ce n’est pas maintenant.

silex-and-the-city-3-asilex-and-the-city-3-bsilex-and-the-city-3-c

A Blast Machine

A Blast Machine

Qui dit Manu Larcenet, dit bonne BD. Au sens propre: une BD de qualité, drôle (Le Retour à la terre, par exemple) ou grave (Le Combat ordinaire).
En 2009, Larcenet publie Blast. Onde de choc, littérale. J’ai attendu, longtemps, longtemps, avant de lire les deux premiers opus. Et, trois ans après, quel choc!

Blast: « C’est un mot anglais difficilement traduisible… Ca correspond à l’effet de souffle, l’onde de choc d’une explosion… Une explosion, c’est une onde de surpression… Si elle se propage plus vite que le son et qu’elle entre dans votre corps, elle provoque des dégâts internes considérables… Vous vous retrouvez alors avec cette surpression d’un côté et la pression atmosphérique de l’autre… Suspendu pendant une fraction de seconde, détruit de l’intérieur avant même que la chaleur ou les débris ne vous atteignent… Le blast, c’est cet instant-là. »
Polza Mancini (Blast, tome 1)

BLAST
Tome 1: Grasse carcasse
Tome 2: L’apocalypse selon Saint Jacky
Manu Larcenet
Ed. Dargaud, avril 2011 et novembre 2009

L’histoire en quelques mots
Polza Mancini est en garde à vue. On ignore quel est son crime mais il semble à son image: obèse, alcoolique, sale, seul… Les flics, dégoutés, l’interrogent: des barres de chocolat contre son histoire. Polza prend son temps et raconte tout: son père malade et mourant, son enfance isolée, ses souffrances et ses jouissances, jusqu’à son premier blast, cette sorte de plénitude, de paradis artificiel, où il « est » sans vraiment être, qu’il ne cesse de rechercher.

Trois bonnes raisons de lire Blast:
♥ Un graphisme magnifique. Larcenet a fait le choix du noir et blanc, choix à contre-courant, mais qui laisse une entière liberté à la narration, à l’introspection du personnage. Les images au trait si particulier de Larcenet, souvent fortes, silencieuses, méditatives, parfois en pleine page, marquent, frappent tout autant l’esprit du personnage que celui du lecteur. La solitude, l’éveil des sens, le blast (en couleurs, lui) explosent au fil des pages. Une BD en noir et blanc totalement sensorielle.
♥ Une histoire haletante. Qu’elle est bien pensée, la trame de l’histoire! Un homme placé en garde à vue, une victime hospitalisée qui décède, un crime… oui, mais de quelle nature? Un présumé coupable, tellement dégueulasse qu’il ne peut être que monstrueusement coupable! Voilà le point de départ. De quoi faire mordre à l’hameçon, de quoi embarquer le lecteur pour un long voyage… Rapidement, l’enquête cède la place à l’histoire du personnage: comment de grand critique gastronomique est-il devenu un misérable ivrogne, SDF et criminel? Voyage dans les ténèbres humaines, traversée en solitaire… « Tu détesteras ton prochain comme toi-même. » « Personne ne savait où j’étais, personne ne viendrait me chercher… Curieusement, alors que c’était là tout le but de mon voyage, cette idée me terrifia… » L’âme humaine, aussi fascinante que terrifiante.
♥ Au-delà de l’histoire de Polza Mancini, c’est toute une réflexion sur la société qui s’impose, sur ses travers et ses contradictions. Le discours est bien évidemment grave, critique, métaphysique, parfois un peu moralisateur aussi. Des évidences, du bon sens, mais quelques facilités aussi… La difficulté que tout un chacun peut ressentir à vivre en société, tout étant seul ou à plusieurs, tout en étant soumis aux lois ou à ce/ceux qui nous entoure(nt). La difficulté de vivre, tout simplement, vivre pour soi, vivre soi.
Quoiqu’il en soit, Polza Mancini, notre alter ego, nous en envoie plein la figure et nous touche, bon gré mal gré. Dans le mil. Comment sortir indemne de cette série?

« Si je regarde derrière s’étend une vie de plaies et de sécheresses de laquelle je n’ai appris que la résignation. Cependant, de cette vie dégueulasse surnage une intrigante évidence : si aujourd’hui encore, je suis capable de désir et d’extase, c’est que je dois être invincible. »
Polza Mancini (Blast, tome 2)

Joséphine is back !

Joséphine is back !

Le Livre de poche a la bonne idée de publier de la BD à petit prix! Et je dis: MERCI!
J’avais beaucoup apprécié le premier tome de l’héroïne super ordinaire de Pénélope Bagieu. Je me devais de lire le second opus… Et à présent, j’attends la sortie poche du troisième!

Joséphine
Tome 2 – Même pas mal
Pénélope Bagieu

Ed. Le Livre de poche (2011)
1ère éd.: Jean-Claude Gawsewitch Editeur (2009)

Trois bonnes raisons de lire Joséphine:
Joséphine est pleine de bonnes résolutions: faire du sport, ne pas tomber amoureuse d’un homme marié, etc. Résolutions qu’elle ne tiendra pas, évidemment! Les situations, souvent cocasses et (forcément) réalistes, s’enchaînent et font sourire.
Ce ne sont pas seulement les situations qui font rire (ou sourire), c’est aussi le trait de Pénélope Bagieu. Les dessins sont toujours simples: des traits expressifs, des décors minimalistes, des couleurs unies sans jeu d’ombres ou de lumières… Au final, toute la place est laissée à l’expressivité des personnages: regards, grimaces, gestes, etc. Et ça marche! On « voit » Joséphine outrée ou désespérée.
Enfin, si l’on rit ou sourit, c’est parce qu’on connaît tous une Joséphine. J’oserais même dire qu’on a toutes l’âme d’une Joséphine à un moment donné. Comme elle, on peut parler à son chat pour se sentir moins seule. Comme elle, on peut se décider à faire du sport et finalement dépenser son argent en vêtement sportswear fashion plutôt que de dépenser ses calories. Et surtout, comme elle, on a envie de croire à l’Amouuuur…

Bien évidemment, certains dénigreront Joséphine et je peux les comprendre. C’est sûr, Joséphine ne fait pas partie des « grandes » bandes dessinées (quoique, dans son genre?). On lui reprochera sans doute un côté superficiel, des situations légères et des personnages caricaturaux (et pourtant… bien réalistes!). On lui reprochera un dessin trop simpliste…?
Mais Joséphine est à prendre pour ce qu’elle est: une BD divertissante. Autrement dit, une série qui, par le rire, nous détourne de notre quotidien, de notre réel… (pour finalement s’y voir en miroir?)

Et pour conclure, je vous invite à lire l’entretien de Pénélope Bagieu pour les Fauteuses de trouble, un webzine féminin et intelligent (oui, c’est possible).
Pour ceux qui souhaiteraient lire d’autres avis sur cette BD, vous pouvez consulter les critiques référencés par BOB ou Babelio.

Gloria sans gloire

Gloria sans gloire

Il y a quelques semaines, Babelio lancait l’opération Masse Critique de la Rentrée littéraire. A cette occasion, j’ai eu la chance de recevoir deux livres, dont une BD.
Dans la vague des Pénélope, Margaux et autre Joséphine, Gloria affiche ses quarante printemps et sa vie de mère célibataire aux éditions Delcourt (maison dont la réputation n’est plus à faire)
. Voilà qui est prometteur…

Gloria va à l’essentiel

Marianne Maury Kaufmann

Delcourt, 2010


Gloria, la quarantaine bien trempée, est une femme seule mais une mère comblée: son adolescent de fils, qu’elle surnomme Doudou, lui offre les plaisirs de l’âge ingrat… Et si ce n’est pas son fils, c’est sa mère qui lui fait voir tout un arc-en-ciel de couleurs! Heureusement, Gloria peut toujours compter sur ses copines et… le shopping, bien entendu!

Que dire? … Gloria ne mérite pas son nom… Certes, elle reste zen et plutôt sympathique, mais quel manque de personnalité! Elle n’est pas très intéressante, trop superficielle: seul le shopping et son fils Doudou bornent sa vie… (Et, entre nous, surnommer son ado Doudou, c’est un peu ridicule et bien trop infantilisant!) En bref, on s’ennuie rapidement tant on a l’impression de lire et relire les mêmes scènes. Les personnages secondaires, qui pourraient pimenter ces pages, sont également bien effacés… Cela dit, « Doudou » représente assez bien l’ado type: dans sa bulle, peu ouvert au dialogue mère/enfant.
Qu’est-ce qui pourrait sauver cette BD? L’humour. C’est précisément le ton de ce genre de BD… mais ici, à peine sourit-on… Les scènes se prêtent pourtant à de bons quiproquos ou au second degré. Pour autant, le dessin et les mots font défaut: les répliques manquent de piquant. Et l’humour s’évapore… Dommage. Sans doute est-ce la volonté de plaire au plus grand nombre, de ne pas choquer (Gloria est publiée dans la presse)…?
Qu’est-ce qui pourrait encore sauver cette BD? Le dessin. Mais non… Même si ce sont des scénettes d’une page, avec leurs exigences et un style souvent minimaliste (pour aller à l’essentiel), le charme n’opère pas: le dessin est le plus souvent maladroit, voire négligé… Quant aux décors, un ou deux objets les habillent, quand ce n’est pas le vide… Trop minimaliste? Sans doute.

En bref, je n’ai pas accroché, à peine un sourire ou deux… Peut-être ne fais-je pas partie du public ciblé? Dans quelques années peut-être… En attendant, je préfère les Margaux et les Pénélope, plus « réalistes », représentatives d’une génération trentenaire (ou approchant de…!).

Peut-être connaisez-vous déjà Gloria? Elle figure dans Version Femina, le supplément presse du dimanche.

Merci à Babelio pour cette découverte!

Juke books de l'été – Les Joséphine ouvrent la danse…

Juke books de l'été – Les Joséphine ouvrent la danse…

Depuis quelques mois, j’écris peu… mais je lis beaucoup. Quelques notes de lecture, en vrac.

Joséphine

Tome 1

Pénélope Bagieu

(Livre de poche, 2010, petit format)
(Ed. Gawsewitch, 2008, grand format)

Trois bonnes raisons de lire Joséphine:
Joséphine cristallise une bonne partie des complexes féminins et nous fait rire: ces petits riens qui gâchent la vie font peut-être notre charme? Sans être un archétype, Joséphine est ordinaire, c’est un peu toutes les femmes, et chaque lectrice s’y retrouvera à un moment donné. D’ailleurs, Pénélope Bagieu l’a dit à Muze: « Je dessine quelqu’un qui me ressemble ou qui évoque mes copines. »
Cette BD est aussi une somme du quotidien: des anecdotes, des situations banales comme le retour de vacances, la machine à café, ou Maman au bout du fil… Nul doute que chaque lectrice, à nouveau, s’y retrouvera! Nul doute que ces situations cocasses, drôle sou agaçantes, vous feront sourire.
Le dessin, simple, minimaliste, et toujours expressif, porte l’humour tout autant que les dialogues, également vifs et directs. Bien vu, bien pensé.
En bref: une bonne dose d’humour pour toutes les humeurs!

Quoi de mieux qu’un aperçu en images pour vous faire une idée?
Voici les cinq premières planches de Joséphine.






***

Les Écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Katherine Pancol

Ed. Albin Michel, 2010

C’est le troisième tome des aventures de Joséphine, en quête de repères et d’elle-même, mère de deux adolescentes, Hortense et Zoé, également sur le chemin de la vie et de ses innombrables obstacles… Leurs routes et détours croisent Philippe, le beau quadragénaire qui cherche l’Essentiel, Shirley, toujours aux prises de son passé, Gary, toujours à l’épreuve…
Autant de destins que de rêves, de désillusion, de cœurs…

Si vous avez aimé Les Yeux jaunes des crocodiles et La Valse lente des tortues, vous aurez plaisir à retrouver cette fine équipe et de trouver avec eux leurs réponses tant cherchées. Cette fois-ci, la part belle est donnée aux « jeunes » et que de complications! Joséphine est tout de même très présente, très agaçante parfois aussi: toujours en proie à des choix cornéliens, des doutes abyssaux… Du Joséphine tout craché!
Cependant, comme c’est souvent le cas avec les suites de suites de suites, l’histoire s’essouffle: ce troisième tome offre peu de surprises, sinon aucune, aucun rebondissement digne de ce nom. On connaît les personnages, on connaît leur « fonctionnement » et on connaît la plume de l’auteur. En bref, tout est prévisible. Par ailleurs, le « petit bonhomme » et son journal parasitent le roman et n’apportent pas un grand intérêt à l’intrigue.
Au final, malgré une certaine déception (pas d’envoûtement), Les Écureuils sont une lecture agréable et divertissante. Forcément, Joséphine et sa maladresse, on l’aime bien! Les autres aussi, d’ailleurs. Et même si le roman n’a pas la verve des premiers, un souffle d’optimisme égayera le lecteur.