L’art de l’essentiel – Challenge lecture

L’art de l’essentiel – Challenge lecture

La chambre de mon Loulou, à ses 2 ans et demi, au réveil de ce qui aurait dû être la sieste... "Han! Le bazar!!! - mais non, c'est pas du bazar, c'est un chantier!" Tout est question de nuances...
La chambre de mon Loulou, à ses 2 ans et demi, au réveil de ce qui aurait dû être la sieste…
« Han! Le bazar!!!
– mais non, c’est pas du bazar, c’est un chantier! »
50 nuances de Bazar.

Qui n’a jamais pesté contre un bureau bordélique?
Qui n’a jamais éructé un « mais c’est Beyrouth ici »?
Qui n’a jamais eu envie de tout balancer? tout passer à la benne?

Bref, parfois, on se sent submergé, envahi. Parfois, on s’accommode parfaitement de son bazar.
Lors d’une émission sur Radio France, j’avais entendu un « psy » émettre l’hypothèse selon laquelle lorsque l’on est bien dans sa tête, on ne voit pas le bazar autour de soi. A l’inverse, lorsqu’on est confus ou qu’on a perdu sa sérénité, le bazar extérieur nous insupporte et on ressent alors le besoin de ranger, comme si cela pouvait nous aider à apaiser notre esprit.
Et je l’ai effectivement constaté… Et vous?

Dans tous les cas, sans qu’il y ait nécessairement « bazar » (le bazar reste une notion à définir: le bazar des uns n’est pas celui des autres… preuve ci-contre en image…), il convient de s’interroger sur nos possessions. On ne va refaire l’histoire, on convient tous que nous vivons une époque consommatrice, qu’on nous crée de plus en plus de besoins, etc. Aussi, le challenge lecture de ce mois permet-il d’ouvrir nos placards et de faire le tri…

art de essentiel L’art de l’essentiel
Dominique Loreau
Ed. J’ai lu, Coll. Bien-être
251 pages

Ce petit livre se divise en trois grandes parties. Dans la première, l’auteur explique en quoi se désencombrer est essentiel. Des murs « vides » (et non pas surchargés de bibelots poussiéreux rapportés de Bagnère-de-Bigorre ou hérités de Mémé) et des placards qui ne débordent pas apaisent l’esprit. Ce dernier n’étant pas « agressé » d’images ou autres attirails peut lâcher prise… et de là, laisse la sérénité ou le bonheur s’installer. (C’est une version « raccourci » de la première partie, je vous invite à la lire pour plus d’explications!)

La seconde partie prépare le lecteur au désencombrement. C’est pas le tout de dire que le « vide » c’est bien, encore faut-il être prêt. On a souvent la fâcheuse tendance à « garder » des choses: parce que ça servira bien un jour, ou parce que c’est un beau souvenir… L’idée n’est pas de se dépouiller de tout. Non, l’idée c’est de faire un tri: qu’est-ce que je veux garder? est-ce que j’en ai vraiment besoin? Par exemple, est-il besoin de garder les vieilles cartes postales écrites par les copines de CM1 dont on a totalement perdu la trace (et même le nom)? Est-il nécessaire de garder le ticket de concert de Muse de 2002? Pas bien… L’air de rien, les cartons pleins de lettres ou cartes postales encombrent vite un grenier… En bref, cette partie vous interroge: vous, que voulez-vous garder?

Avec la troisième partie, on passe à l’action. Pièce par pièce, objet par objet: de la déco au grenier, en passant par la paperasse (quels papiers conserver? et combien de temps?)… et ça fait vraiment du bien! On se rend compte qu’on accumule des choses sans même le réaliser… ou qu’on a des objets qui ne servent plus à rien… C’est vite le cas dans la cuisine! Mais à l’inverse de l’auteur, je préfère encore rester un peu encombrée dans ma cuisine. Par exemple, pour lui, il n’est pas utile d’avoir un robot électrique ou un batteur électrique… parce qu’avant, les femmes faisaient sans! Hum… oui, d’accord… mais ça n’existait pas et si les grands-mères de l’époque avaient pu en avoir un, elles auraient été sans doute bien contentes! Et puis, bon, à l’époque, on faisait tout, ok, mais les femmes ne cumulaient pas travail + maison… Alors, personnellement, je dis « vive les assistants culinaires électriques »! Et pourquoi se référer aux femmes spécialement quand il est question de cuisine? ne serait-ce pas un brin sexiste?
Pour la garde-robe, le tri régulier s’impose, c’est clair. Quand vous avez des doutes (je garde? je jette? mais si je regrette?), l’auteur propose des pistes: vous pouvez mettre de côté (pendant 6 mois par exemple) ce que vous pensez jeter, et en cas de regret, hop, vous ressortez vos affaires!
Inutile de tout jeter, il y a peut-être des vêtements ou objets que vous pouvez revendre? Les sites type Leboncoin, Vinted ou Videdressing ne sont plus à présenter, et il y a en a bien d’autres encore… Les vide-greniers aussi!
Vous pouvez aussi donner! Que ce soit dans les bennes textile ou à Emmaüs par exemple…

Au final, ce livre est plutôt bien fait et nous invite au grand nettoyage (nécessaire, 2 fois par an dans mon cas) de la maison. Si vous ne vous êtes encore jamais posé la question du tri et de son intérêt, ce livre est pour vous. En revanche, si vous vous êtes déjà renseigné là-dessus, alors passez votre chemin. Ce serait une impression de « déjà-lu » ou « déjà-entendu ».

Voici son sommaire:

Sommaire de "L'art de l'essentiel", D. Loreau
Sommaire de « L’art de l’essentiel », D. Loreau
Sommaire de "L'art de l'essentiel", D. Loreau
Sommaire de « L’art de l’essentiel », D. Loreau

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je laisse le mot de la fin au Chat de Geluck:

Le Chat, de Geluck
Le Chat, de Geluck
Il n’y a pas de parent parfait – Challenge Lecture

Il n’y a pas de parent parfait – Challenge Lecture

Voilà un titre accrocheur! Prenons les paris: quel parent peut se targuer d’être « parfait »? Le plus souvent, si on laisse traîner ses oreilles ou si on a connu quelques altercations et autres conflits avec ses parents, le plus souvent donc, on entendra ou s’entendra dire: « j’ai fait du mieux que j’ai pu », « bien sûr, j’ai fait des erreurs mais j’ai tellement donné pour toi », « je me suis sacrifié(e) pour toi », etc. Ces parents-là, à ce moment, ressentent probablement un sentiment d’échec. « Mais qu’est-ce que j’ai raté? ». Ils n’ont sans doute pas lu le livre d’Isabelle Filliozat: « Il n’y a pas de parent parfait »…

Il n’y a pas de parent parfait

L’histoire de nos enfants commencent par la nôtre
Isabelle Filliozat
Ed. Poche Marabout, 320 p.

Comment se présente cet ouvrage?

Ce livre se compose de 3 parties: la première évoque la relation parent/enfant dans la théorie, la seconde explore les différentes causes de débordement, enfin la troisième se concentre sur les âges de l’enfant.

Un tel livre n’implique pas seulement l’acte de la lecture, il renvoie à soi, à son histoire et à nos éventuelles « casseroles ». Il faut être prêt à s’ouvrir et à s’interroger, à remettre en question nos « principes », nos croyances et nos façons de faire et de voir. Qu’on tende ou pas vers une éducation bienveillante…

Ainsi, la première partie, « Le parent face à son enfant », nous renvoie à notre propre enfance et aux relations que l’on a eues avec nos propres parents. L’enfant que nous étions et l’éducation que l’on a reçue déterminent le parent que nous sommes. Les chapitres qui composent cette partie nous permettent de réfléchir à cela et de s’interroger sur ce qui est bon à garder ou à jeter, sur ce que nous reproduisons de notre passé (consciemment ou pas), sur les attentes que l’on peut avoir de son enfant, nos projections sur lui et les déceptions évidentes qui les accompagnent. Ils reviennent aussi sur la notion d’autorité, par exemple: a-t-on vraiment besoin de donner une fessée pour asseoir son « pouvoir »? En somme, à la fin de cette partie, on accepte et on assume d’être un parent imparfait. On déculpabilise.

La seconde partie, « Les causes de nos débordements », fait un peu écho à la première en développant tout ce qui est attentes et projections. Quel parent n’a pas rêvé de voir son enfant accomplir ses propres rêves déçus? Tiens, mon fils, tu seras médecin. Ou encore, mon fils, tu feras du judo, comme papa. Tout cela, ce livre nous explique comment en faire le deuil. Notre enfant n’est pas la version bis de nous-même. C’est un autre, avec ses rêves bien à lui, et un caractère qui (peut-être) ne nous plaît pas. A nous de faire avec. Les chapitres explorent aussi d’autres causes de débordements: comme la découverte de la maternité, le rôle du père (qui ne correspond parfois pas non plus à nos attentes), etc.

Enfin, la dernière partie, « Question d’âges », se concentre sur l’enfant en lui-même, du foetus à l’adolescence, et à son départ de la maison, mais de façon assez brève. (Pour approfondir ce chapitre, je recommande quelques lectures plus bas.) En quelques pages, Isabelle Fiolliozat explique ce qui se joue en fonction des âges: comment la relation parent/enfant se détermine (en partie) dès la grossesse (à travers les échanges que l’on va avoir ou les émotions ressenties par la mère et son bébé), comment se construit l’identité de l’enfant lors de ses premiers mois et dans le regard de ses parents…

Table des matières "Il n'y a pas de parents parfaits" -1
Table des matières « Il n’y a pas de parents parfaits » -1
Table des matières "Il n'y a pas de parents parfaits" -2
Table des matières « Il n’y a pas de parents parfaits » -2

Pourquoi lire cet ouvrage?

Dans notre société, l’éducation devient parfois un sujet tabou: chacun y va de son grain de sel (parents, beaux-parents, frères/soeurs, la maîtresse, la boulangère et jusqu’au chat du voisin!) et plusieurs tendances cohabitent ou s’affrontent: de l’éducation patriarcale, à l’enfant-roi, en passant par l’éducation bienveillante. Tous comme les parents, sans doute n’y a-t-il pas d’éducation « parfaite », tout du moins n’y a-t-il pas d’éducation sans erreur.

Toutefois, on sait très bien aujourd’hui, que certains modèles sont plus nocifs que d’autres. Cet ouvrage s’inscrit dans l’idée que l’éducation doit reposer sur la bienveillance, condition sine-qua-non à l’épanouissement de l’enfant. Pour être dans la bienveillance, c’est à nous parents de nous remettre en question… A nous de considérer l’enfant comme un être à part entière, avec ses propres envies, et pas comme un petit soldat qui devrait nous obéir au doigt et à l’oeil, ou au contraire comme un petit roi au service duquel on serait. Non non non… Simplement comme un être à part entière qui a sa place (= sa parole, ses envies, ses rêves, etc.) dans la famille. Un nouvel équilibre à trouver (quand on n’a jamais connu ça soi-même).

En bref – Trois bonnes raisons:

*Cet ouvrage permet de s’interroger sur le parent que l’on est: pourquoi j’agis ainsi? Il permet de prendre conscience de nos comportements: ceux qui sont conscients et ceux qui relèvent davantage de nos croyances ou de l’éducation reçue… A nous de faire le tri. En fin de compte, la question, c’est surtout: quel parent je veux être?

*Cet ouvrage est accessible: pas de jargon médical ou psy incompréhensible. Il est clair et la lecture en est fluide.

*Cet ouvrage prône l’éducation bienveillante! C’est une raison qui se suffit à elle-même.

Un bémol toutefois: si, comme moi, vous avez lu d’autres ouvrages d’Isabelle Filliozat ou suivi ses fréquentes interventions sur les ondes de Radio France, vous risquez d’avoir des impressions de « déjà-lu » ou « déjà entendu »« L’Intelligence du coeur » (Confiance en soi, créativité, relations, autonomie) (ou la « grammaire » des émotions) par exemple s’applique à l’enfant mais aussi à l’adulte. Il reprend donc quelques principes développés plus longuement dans « Il n’y a pas de parents parfaits » comme l’adulte piégé dans ses croyances et les schémas qu’il peut reproduire ou pas.

"J'ai tout essayé" - un exemple
« J’ai tout essayé » – un exemple

En matière de psychologie appliquée à l’éducation et aux enfants, mon favori (d’Isabelle Filliozat) est: « J’ai tout essayé! » (Opposition, pleurs et crise de rage : traverser sans dommage la période de 1 à 5 ans). Vraiment utile au quotidien avec des enfants de 1 à 5 ans, il propose de nombreux éclairages et mises en situation (les caprices, le repas, le dodo, etc.), des approches à expérimenter (toujours bienveillantes). Un must-have!

Je recommanderais aussi « Parents efficaces » de Thomas Gordon. Cet ouvrage apporte aussi des pistes vraiment intéressantes (et efficaces!) dans la communication parents/enfants. Ou encore, du même auteur, « Eduquer sans punir » qui porte sur l’auto-discipline… Bon, j’ai eu plus de mal avec cet ouvrage mais je n’en ai peut-être pas saisi toute la subtilité… Comme il est au programme du club lecture, j’aurai l’occasion de le relire. 😉

Bonnes lectures... et réflexions!
Bonnes lectures… et réflexions!

Enfin, dans la même veine, « Se faire obéir sans crier » de Unell et Wickoff (mais, pour tout dire, je n’y arrive pas encore tous les jours!).

Evidemment, on a beau lire tous ces ouvrages, ce ne sont pas des recettes magiques non plus… Et rien n’est jamais ni acquis ni facile pour autant!

Mon prochain investissement sera: « Il me cherche » d’Isabelle Filliozat, c’est en quelque sorte la suite de « J’ai tout essayé », puisqu’il concerne les enfants de 6 à 11 ans…

C’est donc ma participation du mois de janvier au club lecture de Clémentine la Mandarine.

Et si vous voulez suivre ce blog, c’est par ici: [wysija_form id= »1″]

Avez-vous une mémoire d’éléphant ?

Avez-vous une mémoire d’éléphant ?

La mémoire… en voilà un mot chargé de sens! Un mot qui interroge de plus en plus nos sociétés et plus particulièrement nos vies: entretenir une mémoire collective pour ne pas oublier les « erreurs » du passé, l’Histoire; entretenir aussi sa propre mémoire pour se souvenir des belles choses…
Souvenirs, amnésie, Alzheimer, bachotage, pense-bête… ou simplement « peur d’oublier »… tout est lié à ces petites cellules de nos cerveaux. Et comme tout, la mémoire, ça se travaille!

Une Mémoire d’éléphant?
Vrais trucs et fausses astuces
Alain Lieury

Ed. Dunod, 2011

Trois bonnes raisons de lire cet ouvrage:
L’auteur, professeur de psychologie cognitive, divise son essai en deux grandes parties. Dans la première, il raconte l’histoire de la mémoire. A quel moment s’est-on finalement intéressé à cette faculté? Comment était-elle alors considérée et « utilisée »? Alain Lieury remonte donc le temps jusqu’à l’Antiquité et retrace l’histoire de toutes ces méthodes du souvenir, avec simplicité et intérêt.
Autre atout de l’ouvrage: la seconde partie consacrée aux méthodes actuelles. Répétition, mémoires sensorielles, image, mnémotechniques, etc. tout est passé au crible, mis au banc d’essai. Bien évidemment, il n’y a pas « une » bonne méthode ou « une » mauvaise puisque toutes les mémoires ne fonctionnent pas de la même façon. Cependant, cet ouvrage a le mérite de dresser l’inventaire des possibilités qui nous sont offertes. Ainsi, en identifiant son « type » de mémoire, nous pouvons également nous orienter vers les méthodes les plus adaptées. Cela peut servir aussi bien pour soi que pour son travail (notamment en milieu scolaire!).
Enfin, parce qu’un livre sur la mémoire ne serait pas vraiment complet sans cela, l’auteur conclut son ouvrage sur un quizz: avez-vous bien lu? Il s’avère que ma mémoire mériterait un petit entraînement!

Une mémoire d’éléphant, ça ne s’invente pas et je vous conseille la lecture de ce livre. A ne pas lire d’un trait toutefois, car les informations données sont tout de même denses (mais intéressantes!) et méritent réflexion.

Un grand merci à Babelio (et à son opération Masse Critique!) et aux éditions Dunod pour la découverte de ce livre (qui me servira certainement dans mon métier!).

Guevara, ou l'art de naviguer

Guevara, ou l'art de naviguer

Seconde session de rattrapage…
Merci à Livraddict et aux éditions Vagabonde pour cette formidable découverte. Merci, encore, pour leur patience…

L’Art de naviguer

Antonio de Guevara

Titre orig.: Arte de marear
Trad. de l’espagnol: Catherine Vasseur
Ed. orig.: 1539
Ed. Vagabonde, 2010


En quelques mots
Dans cet essai, Antonio de Guevara s’adresse au señor don Francisco de los Cobos, commandant en chef et grand marin. Le prédicateur de sa Majesté se veut Maître de la mer: il la connaît et livre la somme de ses connaissances, des premières galères au vocabulaire en usage, en passant par la messe en bateau, etc. Si le marin veut survivre à la mer et bien vivre la galère, il doit suivre les conseils éclairés de Guevara. La vie de la galère, Dieu la donne à qui la veut.

Trois bonnes raisons de lire L’Art de naviguer
– Ce livre est presque une farce! Il se présente comme un ouvrage didactique, qui plus est destiné à l’un des plus grands marins d’Espagne. Pourtant, il est truffé d’affabulations et inventions en tout genre! C’en est génial! Pour donner de la crédibilité à ses dires, Guevara n’hésite pas à user de ses talents de prédicateur: il imagine, crée de toutes pièces des récits et parvient à les rendre vraisemblables. Ainsi, dans sa dédicace à Cobos, l’auteur s’appuie sur un chapelet de noms qu’il présente comme « entre autres philosophes », à savoir Mimus, Polistorus, Azuarcus et Périclès, il prête à ces derniers une sagesse toute acquise et, pour le lecteur, il est facile de croire Guevara… N’est-il pas le conseiller du Roi? En réalité, aucun philosophe ne se nomme ainsi. En réalité, ces quatre noms-là sont ceux de… marins, certainement plus aptes à évoquer la mer que les philosophes… En bref, il n’est pas si aisé de distinguer le vrai du faux, mais les notes de la traductrice éclairent le lecteur et apporte ainsi de nombreuses touches d’humour. Il faut dire que Guevara prend très au sérieux sa tâche… d’autant plus au sérieux qu’il n’a en réalité jamais navigué…
– Même si Guevara n’a jamais expérimenté la vie des galères (comme il l’affirme), il nous apprend beaucoup, de l’origine des galères au quotidien des galériens. Ses leçons divisées en courts chapitres ne sont jamais ennuyeuses et, au contraire, fourmillent d’anecdotes et de maximes (non dénuées de bon sens). C’est un réel plaisir.
– Au final, cet Art de naviguer donne le goût de la mer… Bien que la vie des galères n’ait rien d’enviable, Guevara insuffle l’air marin dans ses mots, laisse le lecteur songeur… Où est donc ce vaste horizon? Voiles tendues… et que souffle le vent! Rien d’étonnant à ce que ce terrien ait finalement choisi de donner son corps à la mer…

Pour prolonger le plaisir, quelques sentences de Guevara et une anecdote sur Cléopâtre.

Quant à la fameuse Cléopâtre – reine d’Egypte dont les amours avec Marc-Antoine leur coûtèrent à tous deux la vie, et à elle la renommée -, elle partit d’Egypte vers la Grèce à la rencontre de Caius César sur une galère dont les rames étaient en argent, les ancres en or, les voiles en soie et la poupe marquetée d’ivoire. (p.43)

Que reste-t-il de bon sens à celui qui vit sur une galère? […] Ta vie, d’aventure, y est-elle autre chose que du vent, puisque ta principale occupation est de parler du vent, de regarder le vent, de désirer le vent, d’attendre le vent, de fuir le vent ou de naviguer avec le vent? Ta vie, d’aventure, y est-elle autre chose que du vent, puisque s’il est contraire tu ne peux naviguer, s’il est largue et impétueux tu dois amener les voiles, s’il est faible tu dois ramer, s’il est de travers tu dois fuir, s’il vient de la terre tu dois t’en méfier – à telle enseigne que dire « bon vent! » à celui qui s’en va vivre avec lui n’a rien d’une boutade? (p.48-49)

La mer est une mine de richesses pour beaucoup, et un cimetière pour une infinité d’autres.
La mer ne trompe jamais qu’une seule fois, mais celui qu’elle a trompé une fois n’aura plus jamais le loisir de s’en plaindre.
La mer est naturellement folle: elle change d’humeur à chaque quartier de lune et ne fait aucune différence entre un roi et un paysan.

Ce roman, fable ou essai, sera mon Classique de juin.

L'orthographe "m'a tuer"…

L'orthographe "m'a tuer"…

Voilà l’exergue choisi par Marie-Dominique Porée-Rongier à son Petit précis d’orthographe à l’usage des récalcitrants… La couleur est annoncée!
Merci à Babelio (et à son opération Masse Critique de septembre) et plus particulièrement à Guillaume pour sa patience… enfin, aux éditions First.

Je profite de ce billet pour ouvrir une nouvelle catégorie afin de « ranger » les livres de « vie pratique » comme on les appelle couramment…

fauteur-de-troubles.jpgFauteur de troubles
Petit précis d’orthographe à l’usage des récalcitrants

Marie-Dominique Porée-Rongier

Ed. First, Coll. Au pied de la lettre, 2009

notation_etoiles_4.jpg

Divisé en six grandes parties, ce précis offre un panorama assez complet des règles et des difficultés de la langue française. Auparavant, l’auteur s’interroge, dans sa préface, sur
l’orthographe, son histoire et ses « devoirs ». La grammairtienne illustre ses questionnements d’extraits littéraires. Ainsi, selon Isocrate (orateur grec), « parler comme il faut, [c’]est [pour nous] l’indice le plus sûr d’une pensée qui va bien ». De plus, l’orthographe entre en ligne de compte dans bon nombre de
recrutements professionnels. Mais, quand on y songe, une « faute » d’orthographe n’est pas un crime. Qu’est-ce que cela change? De même, la langue française avec ses exceptions toujours plus
importantes, plus nombreuses que ses règles, ne facilite pas la tâche! Et qu’on le veuille ou non, pour que tout le monde s’entende, mieux vaut se fixer une norme… D’où l’utilité de ce
petit traité, qui plutôt que de rappeler les règles, apprend à réfléchir sur la langue.

Première partie: Le B.A.-BA de l’orthographe.

Convonquant divers ouvrages bien rodés comme celui d’Ormesson (La Grammaire est une chanson douce), M.-D. Porée-Rongier rappelle comment distinguer les catégories de mots: ainsi, le
verbe, c’est le « moteur » de la phrase, « l’âme » en quelque sorte… Elle donne également leurs caractéristiques. De même, la ponctuation, les accents et les tirets sont passés au crible. Le
B.A.-BA de l’orthographe, en bref, c’est la maîtrise de la forme, l’art de bien ponctuer, l’art de bien organiser ses phrases.
Comme tout au long de l’ouvrage, à la suite de chaque explication, un encadré « exercez-vous! » permet de vérifier si l’on a bien compris ou pas la leçon…
(
Les réponses sont données, bien sûr.)

Deuxième partie: Il était une fois le genre, ou toute la différence entre masculin et féminin
Troisième partie: Il était une fois le nombre, ou toute la différence entre le singulier et le pluriel!

Dans ces deux parties, il s’agit d’apprendre à bien maîtriser le genre et le nombre: comment le féminin se forme-t-il? Quels sont les mots « mixtes »? Et, est-ce que les pronoms comme « en » ou « y »
ont des genres? (En fait, ces pronoms sont « multi-sexe »!) Et les règles du pluriel… Entre les mots composés, les adjectifs de couleurs, les noms propres, c’est une vraie pagaille! Sans parler
des invariables…
Encore une fois, l’auteur nous guide de façon simple et ludique dans ce magma orthographique.

Le saviez-vous?Le pronom on vient du nom latin homo (homme) au cas sujet. Rien d’étonnant donc à ce qu’il soit , de par
cette origine, de genre masculin: on est venu.
Mais il lui arrivera aussi d’être féminin, pour peu qu’il désigne une femme, si on en croit Mme de Maintenon, s’exprimant en ces mots: On ne peut être plus contente que je ne la
suis…

Quatrième partie: Les règles d’accord
Le genre et le nombre apportent leur lot de difficultés, mais n’oublions pas les accords! Vous êtes déjà bien échauffés, alors poursuivons l’entraînement.
Dans cette section, l’auteur fait l’inventaire des principales règles d’accord: sujet/verbe bien sûr, mais aussi les accords de l’adjectif et du participe passé (aaaaaaaah, les fameuses règles:
si le participe passé est employé avec l’auxiliaire … etc. Je suis sûre que ça vous rappelle de bon souvenirs!!!).
Ca, c’était pour les règles élémentaires (mais non moins difficiles). Que dire, à présent, des syllepses grammaticales? Autrement dit, ces « règles » qui préconisent non pas un accord
« grammatical » mais un accord de sens. Du type: Minuit sonnèrent…  Cette sous-partie est vraiment intéressante car elle relève de nombreux cas particuliers: ni l’un ni
l’autre
sont généralement suivi d’un verbe au singulier, car il y a exclusion, alternative (un seul sujet est pris en compte), pourtant on peut aussi rencontrer le pluriel… En fait, tout
est affaire de sens et ce qui rend l’orthographe parfois cauchemardesque.

Cinquième partie: Pièges et astuces
Cauchemard, parlons-en… Voilà la partie sans doute la plus plaisante! L’auteur passe en revue les couple dangereux, de quoi faire frémir les cancres de l’orthographe!
Heureusement, des astuces pour les vaincre sont données à chaque fois… En clair, pour progresser en langue, apprendre les règles ne suffit pas; il faut surtout apprendre à se relire,
c’est-à-dire à réfléchir sur la langue. Se concentrer, le vouloir, etc…

Allez, un petit exemple: quoique/ quoi que. On écrit « quoique » si on peut le remplacer (mentalement) par « encore que » ou « bien que ». Sinon, on écrit « quoi que » en deux mots.

Sixième partie: L’orthographe dans tous ses états…
La langue évolue, constamment. Ca a toujours été le cas, et le plus souvent, on n’en a pas conscience: les mots entrent et sortent de la langue… Etats généraux, langage SMS, etc. permettent
à l’auteur de conclure son ouvrage: quel avenir pour la langue?

En ce qui concerne le langage SMS, ne nous alarmons pas. Certes, ce « sociolecte » interfère parfois dans les cahiers d’école, mais en aucun cas, il ne représente un véritable danger. Le langage
SMS est surtout réservé à un groupe social (les « jeunes » le plus souvent) et à l’écrit. Ce n’est pas une autre langue…
En revanche, on peut s’inquièter des réformes orthographiques à venir. Ces dernières ont pour but de « simplifier » la langue, ce qui est très bien en soi, mais elles risquent de faire
hérisser le poil des puristes… Ainsi, on pourra écire indifféremment: ils ont ôté leur chapeau/ leurs chapeaux…

Et si simplifier l’orthographe permettait de « pacifier » les rapports que nous entretenons avec elle? Et si cela évitait de creuser le fossé entre ceux qui maîtrisent la langue et les autres?
Fossé que nous pouvons voir chaque jour plus profond…

Bref, de nombreuses questions, de nombreuses réflexions…

Pour conclure mon billet déjà bien long…
Trois bonnes raisons de lire Le Fauteur de
troubles
:

– N’est pas fauteur de troubles celui qu’on croit…
– Un inventaire accessible et ludique des pièges et difficultés de la langue française. Règles, astuces, exercices et cahier de notes permettent de revoir les B.A.-BA de l’orthographe sans
complexe! Par ailleurs, ce traité offre également une approche culturelle et historique de la langue.
– Des réflexions sur « l’état » de la langue aujourd’hui permettent de revoir, ajuster nos positions, notre « façon de voir »…

Et une quatrième raison: la couverture pimpante et une présentation aérée, agréable… Ca donne envie de lire l’ouvrage!
masse critique

Si jamais vous arrivez au bout de cet article (merci d’avance), profitez-en pour jeter un oeil (ou les deux) au billet de Pimprenelle. C’est une lecture commune!