Katniss Everdeen, l’âge de raison

Katniss Everdeen, l’âge de raison

Après avoir dévoré les deux premiers tomes de Hunger Games, je n’ai pas su résister et j’ai aussitôt acheté le dernier. Je ne pouvais pas attendre qu’un élève me le prête (il aurait fallu attendre la rentrée de septembre!), ni que la bibliothèque investisse (il aurait fallu attendre… plusieurs mois? années?). Je n’ai pas su patienter et j’ai eu bien fait!

Hunger Games
Tome 3: la révolte
Suzanne Collins

Titre orig.: The Hunger Games, Mockingjay
Trad. anglais (Etats-Unis): Guillaume Fournier
Ed. Pocket Jeunesse, 2011

L’histoire en quelques mots – Attention, si vous n’avez pas lu les tomes précédents, ce synopsis risque de vous dévoiler quelques éléments de l’histoire…
En sécurité dans le district Treize, foyer de la rébellion, Katniss renoue peu à peu avec le quotidien: sa famille et son ami Gale l’y aident. Mais cette accalmie est de bien courte durée: en défiant à nouveau le Capitole, gouvernement dictatorial, la jeune fille est devenue malgré elle l’emblème d’une rébellion, dont la dirigeante, Coin, espère bien utiliser l’image. Aussi, Katniss, geai moqueur incontrôlable, découvre les rouages d’une guerre fratricide et sans merci, à laquelle elle va devoir s’adapter pour ne pas perdre les siens à nouveau. Cette guerre sera également celle du cœur puisque la belle ne parvient toujours pas à discerner ses sentiments: l’impétueux Gale ou l’innocent Peeta…

Trois bonnes raisons de lire Hunger Games 3:
Bien évidemment, ce tome résout enfin le dilemme amoureux de Katniss! Cette dernière, après bien des mésaventures, déchiffre enfin les arcanes de ses sentiments. Le chemin fut long et laborieux et au fil des tomes, le lecteur s’impatiente parfois, tant le triangle amoureux est un motif usité, voire usé… traité ici sans originalité… Toujours est-il que Katniss se décide enfin et permet de mettre un point final aux interrogations et autres soupirs du lecteur. (M’autoriserais-je à écrire que je n’approuve pas le choix de Katniss? Quelle déception!) Heureusement, cette trilogie présente d’autres intérêts et pas des moindres.
Outre l’évolution des sentiments, la trilogie met en scène un apprentissage: au cours des tomes, l’héroïne grandit et pas seulement physiquement. Elle sort de son district et découvre le monde tel qu’il est: des réalités qu’elle ne soupçonnait pas et qui la font mûrir jusqu’à atteindre un âge de raison. Hostile aux autorités, individualiste, comme le « veut » son âge et surtout ses conditions de vie, Katniss devient incontrôlable, échappe à ses mentors, se rebelle mais apprend alors, à ses dépens, dans la souffrance, que rien n’est ni tout blanc, ni tout noir. D’impulsive, elle devient réfléchie et laisse enfin sentir son humanité, ses sentiments.
Enfin, le décor contre-utopiste de cette trilogie ne manque pas d’intérêt non plus! Le précédent tome amorçait déjà une réflexion sur la Politique et ses abus de pouvoirs. Ce troisième et dernier tome poursuit sur cette lancée en opposant à la dictature en place une rébellion. Cette dernière gagne le cœur du peuple à l’aide d’un symbole fort: Katniss, la Gavroche du futur. A l’aide de belles paroles aussi et d’opérations « coups de poing ». Mais l’Idéal a-t-il sa place dans la réalité? Les désillusions s’enchaînent et si ces prétendus pourfendeurs de la Tyrannie ne valaient pas mieux en fin de compte? Et si la fin justifiait les moyens? Et si… De fil en aiguille, l’auteur tisse une révolution, sombre et violente, qui ne manquera pas d’ouvrir de nombreuses réflexions.

Une trilogie qui se lit sans faim!

A noter que le casting de l’adaptation cinématographique est enfin connu. (Gale excepté, j’ai du mal à « reconnaître » Katniss et Peeta, tant l’image que je m’en suis faite diffère. Mais les maquilleurs préparateurs ne sont pas encore passés par là.)

Hunger Games, ça se lit sans… faim!

Hunger Games, ça se lit sans… faim!

Est-il encore nécessaire de présenter les Hunger Games? Je n’ai pas souvenir d’avoir lu un seul avis déçu…
L’an dernier, j’ai dévoré le premier tome (mais n’ai pas pris le temps de le chroniquer). Et, le prix d’achat des livres jeunesse étant relativement élevé, j’ai dû patienter avant de lire le second… Je remercie donc infiniment Sofiane, un de mes élèves, qui, connaissant mon engouement pour cette série, m’a apporté la suite dès qu’il l’a eue en main. Que dire sinon que j’attends encore plus impatiemment le troisième tome?

Hunger Games

Tome 2 – L’Embrasement

Suzanne Collins

Titre orig.: The Hunger Games – Catching Fire
Trad. anglais (Etats-Unis): Guillaume Fournier
Ed. Pocket Jeunesse, 2010


Le contexte  – Rappel…
Dans un futur proche, les Etats-Unis ont été décimés et divisés en douze districts, qui forment le peuple de Panem. Pour faire taire toute rébellion, le Capitole impose son pouvoir dans le sang et la terreur, la misère et la faim. Et va jusqu’à organiser chaque année les Hunger Games… A cette occasion, le Capitole enlève à chaque district un garçon et une fille et jette les vingt-quatre malheureux dans une arène, où ils devront littéralement s’affronter jusqu’à la mort pour survivre… sous l’œil des caméras et des familles… car, ne l’oublions pas, ce sont des… Jeux, et il n’y aura qu’un seul vainqueur! Terreur et Sang…

L’histoire, en quelques mots
De retour dans leur District Douze, Katniss et Peeta s’apprêtent déjà à repartir: la Tournée de la Victoire les attend. Mais alors que Katniss se concentre sur ses problèmes affectifs, une visite inattendue vient lui rappeler sa folie: elle a défié les règles du Capitole, elle a insufflé un vent de révolte, réveillé les âmes rebelles… et pour ça, elle va devoir payer. Cher, très cher. A moins qu’elle ne pactise avec le Capitole? Le piège est tendu. Reste à savoir qui tombera.

Trois bonnes raisons de lire le tome 2 des Hunger Games:
Comme dans tout bon roman, les personnages sont attachants et une fois entré dans leur histoire, le lecteur veut les suivre jusqu’au bout. Si l’on marche dans les pas de Katniss, les personnages qui l’entourent ne manquent pas d’intérêt non plus: du styliste Cinna qui a plus d’une épingle en jeu, au mentor Haymitch, alcoolique mais touchant, sans oublier Prim, Gale…
Le suspense! Ce dernier tire fort sur la corde sensible: on tremble, on s’attendrit, on sursaute, on sourit… Le Capitole, les Jeux, les amours de Katniss, les rebelles et les pièges… Autant de situations qui installent une tension permanente dans le roman, à tel point qu’il devient difficile, voire impossible, de lâcher sa lecture. Hunger Games offre décidément une palette riche d’émotions. Et on ne s’ennuie jamais.
A la lecture frénétique, s’ajoute l’intérêt. A travers les Puissants de Panem, ce second tome amorce effectivement une réflexion sur la Politique et ses travers: le président Snow, figure aussi sombre que la neige est pure; les Pacificateurs, garants de l’Ordre aux mains sanglantes… et les chantages, les manipulations, les tortures… Hunger Games offre une vision bien noire de l’avenir mais joue sur des crédos bien connus: la théorie de Darwin ou bien celle de Hobbes ne sont pas loin… C’est d’autant plus intéressant que le cadre de la fiction rend cette amorce accessible aux jeunes lecteurs et leur permet donc d’ouvrir les portes d’une longue réflexion… car comme toute utopie (ou contre utopie) la réalité n’est jamais si éloignée de la fiction.


En bref: un livre à mettre entre toutes les mains. 400 pages qui se lisent bien trop vite!
A noter que vous pouvez lire les premières pages du roman sur le site des éditions Pocket Jeunesse.

Enfin, pour d’autres avis, voici un recensement opéré par Blog-O-Book:
100choses, Acsyle, Adalana, Alwenn, Anne, Audouchoc, Aurore, Azariel, Bladelor, Bookaholic, Calypso, Clarabel, Cocola, Comicboy, CunéElisabeth-Bennet, Emmyne, Esmeraldae, FrankieGaelleinbgk, Heclea, Iani, Karine:), Lagrandestef Lasardine, Laurence, Leyla, Lisalor, LoupMylène, Ori, Petitefleur, Pimprenelle, Sita, Sophie, Stéphanie, Stephie, Thalie, Titoudou, Tulisquoi, Virginie,

La chance, on la porte en soi

La chance, on la porte en soi

Vous avez certainement entendu parler du film aux 8 oscars de Danny Boyle ?
Vous avez peut-être même vu, aimé, adoré ou pas,
Slumdog Millionaire?
Bien, bien… Mais avez-vous lu la source d’inspiration de
Slumdog?
Je veux parler du livre de Vikas Swarup,
Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire (publié aux éditions 10-18, 2005).
Dépaysement et bouleversement(s) garantis…

Pour lire cet article en musique, une seule solution: écouter la bande originale – oscarisée – du film
Slumdog Millionaire.
Disponible sur Deezer, ici.


Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire

Titre original : Q and A

De Vikas Swarup

2005, Ed.10/18

4ème de couverture :

Quand le jeune Ram Mohammad Thomas devient le grand vainqueur de « Qui veut gagner un milliard de roupies ? », la production soupçonne immédiatement une tricherie. Comment un serveur de dix-huit ans, pauvre et inculte, serait-il assez malin pour répondre à treize questions pernicieuses ? Accusé d’escroquerie, sommé de s’expliquer, Thomas replonge alors dans l’histoire de sa vie… Car ces réponses, il ne les a pas apprises dans les livres, mais au hasard de ses aventures mouvementées ! Du prêtre louche qui laisse trop volontiers venir à lui les petits enfants à la capricieuse diva de Bollywood, des jeunes mendiants des bidonvilles de Bombay aux touristes fortunés du Taj Mahal, au fil de ses rencontres, le jeune homme va apprendre que la fortune sourit aux audacieux…

Mon avis :

Malgré les couleurs vives et gaies de la couverture, ce livre n’a rien de réjouissant ! Les aventures de Ram Mohammad Thomas (R.M.T.) brossent le portrait de l’Inde, sans complaisance, sans fards, sans tabous. Le résultat (ou la vérité ?) n’est pas beau à lire : injustices, vols, prostitution des mineur(e)s et condamnation à mort de ces mêmes mineur(e)s contaminé(e)s par le Sida ou autres MST, crimes, exploitation sans scrupules de la misère, et la misère, encore la misère, toujours la misère…La misère pousse au crime, le crime conduit à la misère, éternel et indestructible cercle vicieux !

Pour autant, malgré l’horreur de cette réalité, le livre se dévore avidement. L’auteur, Vikas Swarup – qui travaille au Ministère des Affaires étrangères à new Delhi -, a eu la géniale idée de construire son roman selon la progression de l’émission télé : une question = un chapitre ; si bien que la tension monte au fil des chapitres, le suspense grandit et on se demande bien comment tout cela finira… Quelle sera l’issue de ce nouveau combat opposant David à Goliath ?

Enfin, le plaisir (parce qu’on en a) de la lecture réside dans l’affection, dans la compassion qu’on ressent – indubitablement – pour les personnages : R.M.T. surtout, mais aussi son ami Salim, ou encore Gudiya et Nita. On aime ces enfants parce que, bien que vivant dans la boue, ils ont de l’or dans leur cœur, au fond des yeux, au bout des doigts. Ils vivent dans la misère, mais ils sont généreux, ils partagent et ne se plaignent pas. Ils s’inventent des rêves, de grands rêves, pour oublier leurs souffrances. Et ils croient à leur bonne étoile.

Ce roman, tout en nous montrant une réalité noire mais « bien existante » de l’Inde, condamne en filigranes les travers de la société et les agissements inhumains et vénaux des gangs mafieux. Cependant, grâce à ses personnages, le roman est aussi porteur d’espoir. R.M.T. symbolise d’ailleurs à lui-seul la paix, la cessation des conflits religieux : son nom réunit les trois grandes religions du pays. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir !

Extraits

R.M.T. s’adresse à Smita, une avocate. (p.27-28)
« Je sais ce que vous pensez. Comme Godbole (un inspecteur de Police), vous vous demandez ce que je fabriquais dans cette émission.
Comme Godbole, vous croyez que je suis tout juste bon à servir du poulet rôti et du whisky dans un restaurant. Que je suis censé vivre comme un chien et mourir comme un insecte. Pas vrai?
[…] Eh bien, madame, nous les pauvres pouvons aussi poser des questions et exiger des réponses. Et je parie que si les pauvres organisaient un quiz, les riches seraient incapables de donner une seule bonne réponse. Je ne connais pas l’unité monétaire de la France, mais je peux dire combien d’argent Shalini Tai doit à l’usurier du coin. Je ne sais pas qui était le premier homme sur la Lune, mais je peux dire qui était le premier homme à fabriquer des DVD clandestins à Dharavi. Pourriez-vous répondre à ces questions dans mon quiz?
[…] Vous vous en rendez compte, quand vous respirez? Non. Vous savez que vous respirez, c’est tout. Je ne suis pas allé à l’école, je n’ai pas lu de livres. Mais, je vous le dis, ces réponses, je les connaissais. »

Premières lignes du prologue:

« J’ai été arrêté, pour avoir gagné à un jeu télévisé.
On est venu me chercher tard dans la soirée, à une heure où même les chiens errants dorment déjà. Ils ont enfoncé ma porte, m’ont passé des menottes et m’ont escorté jusqu’à la jeep qui attendait en faisant tourner son gyrophare rouge.
Il n’y a pas eu de branle-bas de combat. Aucun de mes voisins n’a bougé dans sa cabane. Seule la vieille chouette sur le tamarinier a hululé pendant qu’on m’emmenait.
Les arrestations à Dharavi sont aussi courantes que les pickpockets dans le train local. Il ne se passe pas un jour sans qu’un malheureux se fasse embarquer au poste. Il y en a qui se font traîner manu militari par les agents, qui hurlent et se débattent en chemin. Et il y en a qui suivent calmement. Qui attendent, qui guettent presque l’arrivée de la police. Ceux-là sont soulagés de voir apparaître la jeep au gyrophare rouge.
Avec le recul, je me dis que j’aurais peut-être dû hurler et me débattre. Clamer mon innocence, faire un esclandre, alerter le voisinage. Mais cela n’aurait sans doute pas servi à grand-chose.
Même si j’avais réussi à réveiller quelques habitants, aucun n’aurait levé le petit doigt pour me défendre. Ils auraient observé la scène d’un oeil torve, lâché une banalité du style «et voilà, encore un». Ils auraient bâillé et seraient retournés se coucher illico. Mon départ du plus grand bidonville d’Asie ne changera rien à leur existence. Il y aura toujours la queue pour l’eau le matin, et la lutte quotidienne pour attraper le train de sept heures trente.
Personne ne cherchera à connaître le motif de mon arrestation. D’ailleurs, lorsque les deux agents ont fait irruption dans ma cabane, moi non plus je ne me suis pas posé la question. Quand on vit dans l’«illégalité», qu’on flirte avec la misère dans un dépotoir humain où il faut jouer des coudes pour le moindre centimètre d’espace et faire la queue même pour chier, une arrestation est par certains côtés inévitable. On est conditionné à croire qu’un jour il y aura un mandat avec votre nom dessus, qu’une jeep avec un gyrophare rouge finira par venir vous chercher.
Certains diront que tout ça, c’est ma faute. le n’avais qu’à ne pas aller à cette émission. Agitant un doigt accusateur, ils me rappelleront les paroles des anciens de Dharavi : il ne faut jamais franchir la frontière qui sépare les riches des pauvres. Après tout, un serveur sans le sou n’a rien à faire dans un quiz télévisé, un jeu qui s’adresse à l’intellect. Le cerveau est un organe que nous n’avons pas le droit d’utiliser. Nous devons seulement nous servir de nos mains et de nos jambes.
Ah ! s’ils m’avaient vu répondre à ces questions ! Après ma prestation, ils m’auraient considéré d’un tout autre oeil. Avec respect. Dommage que l’émission n’ait pas encore été diffusée. Pourtant la rumeur a couru que j’avais gagné quelque chose. Comme au loto. En apprenant la nouvelle, les autres serveurs du restaurant ont décidé de donner une grande fête en mon honneur. Nous avons chanté, dansé et bu tard dans la nuit. Pour une fois, nous n’avons pas mangé la nourriture rance de chez Ramzi. Nous avons commandé du poulet biryani et des seekh kebabs au cinq étoiles de Marine Drive. Le barman gâteux m’a offert sa fille en mariage. Même le gérant ronchon m’a souri avec indulgence et m’a finalement remis mes arriérés de salaire. Il ne m’a pas traité de sale vaurien, ce soir-là. Ni de chien enragé.
À présent, Godbole m’abreuve de tous ces noms d’oiseaux et même. le suis assis en tailleur dans une cellule de deux mètres sur trois avec une porte en métal rouillé et une petite fenêtre grillagée qui laisse passer un rayon de soleil poussiéreux. Le cachot est chaud et humide. Des mouches bourdonnent autour des restes moisis d’une mangue trop mûre, écrasée sur le sol en pierre.
Un cafard à la triste figure trottine en direction de ma jambe. Je commence à avoir faim. Mon estomac gargouille.
On me dit qu’on va me conduire sous peu à la salle d’interrogatoire, afin d’être questionné pour la seconde fois depuis mon arrestation. Après une attente interminable, quelqu’un vient me chercher. C’est l’inspecteur Godbole en personne.
Il n’est pas très vieux, Godbole, dans les quarante-cinq ans peut-être. Il a un crâne dégarni et un visage rond affublé d’une grosse moustache en guidon de vélo. Il marche à pas lourds, et sa panse bien nourrie ballotte par-dessus son pantalon kaki.
– Saletés de mouches, jure-t-il.
Il tente d’en chasser une qui lui tournicote sous le nez. Raté. »

Un Indien dans la ville

Un Indien dans la ville

Bien entendu, pour lire cet article en musique…: écoutez la formidable bande originale – oscarisée – du film, signée A.R. Rahman et M.I.A. Disponible sur Deezer, ici.
J’ai vu le film après avoir lu le roman de Vikas Swarup qui a inspiré Danny Boyle.


Slumdog Millionaire

De Danny Boyle

Avec Dev Patel, Mia Drake, Freida Pinto

Etats-Unis, Royaume Uni, 2009


Synopsis

Jamal Malik, chaiwalla de Mumbai, participe au jeu télévisé « Qui veut devenir millionnaire ? ». Il gagne. Soupçonné de tricherie, il est arrêté, conduit au commissariat puis torturé. Mais Jamal n’a rien à avouer. Face à tant d’endurance, de mutisme, l’inspecteur prend peu à peu conscience de la sincérité de Jamal et va « l’inviter » à s’expliquer. Le « slumdog » (chien des bidonvilles) va alors remonter le temps et raconter son (mal)chanceux destin.


Mon avis

L’adaptation cinématographique d’une œuvre littéraire devrait être considérée comme une œuvre à part entière, indépendante de sa source d’inspiration. Mais souvent, il est très difficile – pour qui a lu (et aimé) l’œuvre initiale – de ne pas faire de comparaison.

D’un point de vue technique, Slumdog Millionaire est une incontestable réussite. Ainsi, la photo – plans, compositions, lumières – est impeccable et vaudrait presque n’importe quelle œuvre d’art. Chaque image du film est porteuse de sens (songez à la course-poursuite entre les gamins des rues et les policiers). De même, le montage confère un rythme très dynamique, enlevé, au film. La musique (sensationnelle) concordant au rythme, on croirait presque les images dansent…Enfin, les acteurs – amateurs – sont indéniablement géniaux et touchent par leur sincérité, leur simplicité.

Mais d’un point de vue narratif, je n’ai pas aimé les choix des scénaristes. Evidemment, deux heures de film ne suffisent pas pour rendre fidèlement compte d’un roman aussi dense que celui de Swarup. Il faut retenir, changer ou occulter des chapitres, des personnages, en bref ce qui fait le roman. Ainsi, alors qu’il est un ami généreux, un brin naïf et plein de rêves, Salim devient un frère, une espèce de condensé de crapule, violeur, et tueur sans scrupules, qui ne trouve de salut qu’en jouant les repentis qui se condamnent à mort. C’est mauvais. Parce qu’en plus de dénaturer et d’altérer la force du livre, le scénario cède au cliché des frères amis/ennemis, qui par-delà le mal fait, par-delà la haine, s’aiment toujours.

Les exemples sont nombreux encore ! Citons simplement le nom du personnage principal qui en passant de Ram Mohammed Thomas à Jamal Malik perd toute sa force symbolique.

En bref, je n’ai pas aimé l’adaptation car elle n’a pas su conserver toute la force, toutes les émotions du livre, beaucoup plus riche, beaucoup plus complexe et surtout…beaucoup plus sordide. (J’aurais presque envie de dire que Slumdog Millionaire est « soft » par rapport au roman ! C’est dire…)

Néanmoins, si on s’ôte le roman de la tête, Slumdog Millionaire reste un bon film, techniquement très beau, qui émeut (malgré des clichés bien trempés).