16 Lunes, seize de tes pires peurs

16 Lunes, seize de tes pires peurs

Quand, blogs après blogs, on lit des éloges sur un livre, la curiosité finit par être plus qu’attisée!
C’est ce qui s’est passé avec
16 Lunes, roman pour la jeunesse, dans la vague Fantastique, cité pour sa bonne écriture et ses personnages étoffés.
Il n’en fallait pas plus pour que je fonce (enfin, mon démarrage aura pris quelques mois!). Enfin, si, il fallait une lecture commune Livraddictienne!

16 Lunes

Kami Garcia & Margaret Stolh

Titre orig.: Beautiful Creatures
Trad. anglais (USA): Luc Rigoureau
Ed. Hachette, Coll. Black Moon (2010)


L’histoire, en quelques mots
Toutes les nuits, Ethan rêve… ou cauchemarde. Ses rêves sont flous et elliptiques: il court après une fille, il l’aime, il veut la sauver, mais elle lui échappe constamment. Elle tombe… La souffrance éclate. Et c’est le trou noir. Au réveil, Ethan découvre sa fenêtre ouverte et de la boue sur son corps. Etrange. Ce qui est encore plus étrange, c’est que lorsqu’une nouvelle entre au lycée de Gatlin, Ethan reconnaît en elle la fille de ses cauchemars.
Rapidement, lycéens et habitants de la ville excluent la demoiselle, Lena Duchannes. Ils voient en elle un démon ou une folle, et il ne pourrait en être autrement puisqu’elle est la nièce de Mason Ravenwood, l’Illuminé de Gatlin, le reclu de la ville, le croquemitaine ou l’ogre. Que de peurs devant l’inconnu!
Ethan ne prend pas part à cette cabale et recherche la présence de Lena. Il ressent envers elle des élans d’émotions qu’il ne connaît pas. L’Amour… mais son cauchemar se rappelle à lui: leur Amour est et sera maudit. Perdu d’avance, c’est écrit. Vraiment?

Trois bonnes raisons de lire 16 Lunes:
634 pages bien écrites, dans un style riche et rythmé. Les auteurs alternent les registres, passant du familier au poétique, et adaptent leur style aux personnages. C’est Ethan le narrateur et ça change! On passe derrière le regard du garçon, dans ses pensées et cela offre une « consistance » différente à l’histoire. Ce roman se lit facilement, on entre rapidement dans l’histoire… et on n’en ressort plus! L’arrivée de Lena Duchannes lance un compte-à-rebours et suffit à maintenir le lecteur en haleine jusqu’à la fin.
Les personnages, principaux et secondaires, impriment tous l’histoire de leur présence. Sans jamais être superficiels, ils ont tous leur importance. Évidemment, Ethan et Lena attirent une sympathie particulière de la part du lecteur, qui souhaite la réalisation de leur amour (quand même!). Mais au-delà, ils témoignent d’une souffrance évidente: de la fille paumée, sans repère et sans attaches, au garçon qui voudrait, lui, se détacher et vivre. Ces deux-là apprennent à vivre et passent par toutes les émotions. C’est touchant. A l’instar des Bella, Edward, Ever, Jessica et autre Nora, les personnages offrent un joli panorama de la vie lycéennes et de ses afflictions ordinaires (la loi de la jungle, en fait!), agrémenté de petites touches d’humour. Le lecteur ne boudera pas son plaisir!
16 Lunes se démarque de ses comparses par la complexité de son canevas: certes, c’est un Amour qui défie le temps, mais il ne dépend pas seulement de la volonté des amants. Cela va beaucoup plus loin: les Enchanteurs se mêlent de la partie et transportent le lecteur dans des mondes de Ténèbres et de Lumières, entre Vie et Mort, entre Passé et Présent. (la Guerre de Sécession devient le décor sombre mais instructif d’un amour maudit). D’illusions en illusions où les masques ne tombent pas mais trompent. Voilà un parcours semé d’embûches… qui offre une lecture pour le moins trépidante!

Nul doute que la suite rejoindre rapidement ma PAL… enfin dès qu’elle sera disponible (le 17/11)!

Vous hésitez? D’autres avis vous aideront peut-être: Setsuka, Galleane, Virginiie, Meurianne, Belledenuit, Cathy, Avalon, Gerry29, Desirdelire, Evy, Magda123, Kayleigh, Mystix, Mabiblio1988, MarionJB

Cyril Massarotto, l'homme le plus beau du monde?

Cyril Massarotto, l'homme le plus beau du monde?

Un nom: Cyril Massarotto. Un titre: Je suis l’Homme le plus beau du monde (vous noterez la majuscule!). Une couverture: un homme de dos se contemple, en abîme, dans un miroir. Comme une invitation à ouvrir le livre: regardez-moi! Lisez en moi!
Comment ne pas être intrigué(e)? Lorsque les éditions XO m’ont proposé ce titre, je n’ai pas résisté longtemps… Je voulais connaître l’homme le plus beau du monde. Et c’est chose faite.

« Être, ou ne pas être, telle est la question.
Y a-t-il plus de noblesse d’âme à subir
la fronde et les flèches de la fortune outrageante,
ou bien à s’armer contre une mer de douleurs
et à l’arrêter par une révolte? »
Hamlet, III, 1 – William Shakespeare

Je suis l’Homme le plus beau du monde

Cyril Massarotto

XO éditions, 2010


L’histoire, en quelques mots
Un homme se confie: alors que tout le monde plébiscite sa beauté, alors que tout le monde l’envie, alors que toutes les femmes, filles, et même les hommes, fantasment sur son corps… lui,  est malheureux. Sa beauté le mène à la solitude, sa popularité l’isole, l’exclut de la société. Il en est réduit à vivre caché, comme un mal-propre. Une vie faite de paradoxes. Dès lors, il s’interroge: comment être heureux? A quoi tient ce mot après lequel tout un chacun court… le bonheur?

Trois bonnes raisons de lire Je suis l’Homme le plus beau du monde:
Tout l’indique, de la couverture au titre: ce roman interroge l’Existence: to be or not to be, that is the question. Il semblerait que l’Existence s’efface devant le Paraître ou le culte de la Beauté: en fait, il importe peu d’être, il faut paraître. Dans ce roman (et dans notre société?), le Beau prime, le reste importe peu: il faut être dans les « normes », correspondre aux canons. Cependant, cette obsession du Beau étouffe et annihile les personnalités, créant une masse de gens quelconques. Ainsi, ce culte de Narcisse entraîne pour les quelques moutons noirs résistants un châtiment sévère: la Solitude. J’aurais aimé que cet aspect soit traité avec plus de profondeur, que l’auteur aille au bout de son histoire excessive et qu’il dissèque les entrailles de la Solitude. Mais non… les états d’âmes du personnage manquent de finesse, de profondeur.
Qu’est-ce qui véhicule le culte du Beau et les canons? Les médias… Télévision, radio, cinéma… Que ce soit dans cette fiction ou dans notre monde, ils sont partout et détiennent les plein-pouvoirs. Ils manipulent, façonnent les esprits et commandent les comportements. Comment garder la bonne distance? Comment conserver une once d’esprit critique? Dans ce roman, l’auteur n’hésite pas, en filigranes, à mettre en scène la bêtise des auditeurs, véritables moutons lobotomisés: les émissions leur dictent ce qu’il faut aimer ou détester… et ils suivent. Du culte du Beau, on passe ainsi au culte de la Moyennitude.
Culte du Paraître, culte du Moyen… Horreur, c’est notre monde! Tout semble excessif… à tel point que ça devient absurde. Le ton léger prête à sourire et évite de faire de ce roman une contre-utopie effrayante. Un souffle de magie, celle qui permet de changer le cours de la vie, celle qui donne foi en l’Amour, allège ce tableau effrayant de notre société. Ouf, nous ne sommes pas encore foutus!

Merci aux éditions XO pour cette découverte originale et effrayante divertissante!
Vous pouvez lire un extrait ici.

Juke books de l'été – Spécial "Ames en peine" – n°1

Juke books de l'été – Spécial "Ames en peine" – n°1

« Alles brennt, wenn die Flamme nur heiB genug ist. Die Welt ist nichts als ein Echmelztiegel. »
Tout brûle si la flamme est assez forte. Le monde n’est qu’un creuset.

Dans ce juke books, je ne présenterai qu’un seul livre que j’avais envie de lire depuis bien longtemps… Un coup de cœur pour de nombreux blogueurs! Et une lecture commune pour Kali et moi.

Les Âmes brûlées

Andrew Davidson

Titre orig.: The Gargoyle
Trad. anglais (Canada): Nathalie Zimmermann
Ed. Plon (2009) – Poche: Pocket (2010)

 

L’histoire en quelques mots
Suite à un accident, un homme rejoint le service des grands brûlés. Blessé, décharné, amputé… d’homme, il est devenu monstre. Alors qu’il ne pense qu’à mourir pour de bon, la morphine devient son seul salut jusqu’à l’arrivée d’une visiteuse, aussi fascinante qu’étrange, qui vient lui conter son histoire. Et lui, cet homme, ancien Phoebus, nouveau Quasimodo, en fait partie. Leur histoire commence dans l’Allemagne du XIIe siècle, dans le mystérieux couvent d’Engelthal. Sans chercher à démêler la vérité des affabulations, l’homme écoute Marianne Engel, découvre le sens profond et universel de l’Amour et devient finalement plus humain qu’il ne l’a jamais été. Un long chemin s’ouvre à lui…

Qu’en dire?
Nul doute: ce roman offre une lecture prenante car c’est une véritable descente aux Enfers. On assiste à la chute d’un homme, à une chute violente et douloureuse, mais nécessaire pour que l’homme se relève. S’ensuit alors la longue voie de la rédemption, de la délivrance. Ce roman est emprunt de mysticisme: Dieu, la Foi, mais surtout l’Enfer (des hommes!) et l’Amour (des hommes aussi) occupent une place importante. Pour autant, ce n’est pas un livre de propagande, ce n’est pas un livre religieux et il ne vous convertira pas. Son histoire, son message s’inscrivent au-delà de ces considérations.
Pas de moralisme religieux donc, mais cette omniprésence religieuse se justifie par le cadre de l’histoire, lié à l’Allemagne médiévale. Et il est à noter que le roman est richement documenté à ce sujet et offre également une lecture instructive: on apprend beaucoup sur la vie des couvents, les gargouilles, les Condotta (mercenaires) et surtout sur les tensions entre cultes religieux, sur l’usage et la fabrication des livres, notamment à propos des ouvrages « sensibles », voire sulfureux comme l’Enfer de Dante, véritable bombe à l’époque.
De l’omniprésence divine découle l’élément du Feu: le feu purificateur, le feu destructeur… feu passionnel en somme. Ce dernier occupe une place tout autant physique et médicale que symbolique. « Notre » homme, dont le corps est brûlé au 3ème voire 4ème degré, décrit dans les moindres détails son état, les soins reçus, et surtout « l’après ». Et c’est douloureux! Même pour le lecteur… Mais encore une fois, c’est aussi très instructif. De l’analyse scientifique au symbole, il n’y pas plus qu’un pas: le feu permet la renaissance.
Cependant, le feu ne brûle pas que les corps, il consume également les âmes et les cœurs: c’est l’Amour, la Lumière. Certes ce roman aborde la médecine, pose un regard parfois ironique ou cynique, arpent les paradis artificiels, mais ce n’est pas un roman à la Urgences ou à la Dr House. C’est surtout le roman d’un Amour qui transgresse les lois divines ou infernales, qui traverse les siècles et les mondes (le Japon, l’Italie mais aussi l’Islande), et qui frappe des hommes et des femmes que tout semble opposer… Par sa parole, Marianne redonne vie à ces unions maudites et par ces histoires, happe littéralement le lecteur.
Au final, au travers de l’Amour, du Feu et du mysticisme, ce roman interroge le corps et l’âme. Il pose également la question du regard de l’Autre: l’apparence suffit-elle à nous rendre humain ou l’humanité se trouve-t-elle à « l’intérieur »? Faut-il que les autres nous perçoivent comme « humains » pour qu’on le soit? Etc. Quel est l’Essentiel? De même, le roman évoque la souffrance: celles du corps mais aussi celles que l’on ne voit pas, celles qu’on veut perdre dans les drogues… Ce roman doit certainement trouver un écho chez de nombreux lecteurs…

Trois bonnes raisons de lire Les Âmes brûlées:
Les récits de Marianne Engel sont de véritables petits contes, merveilleux, étranges et oniriques.
Semblable aux cercles infernaux de Dante, la guérison de l’homme brûlé est longue… douloureuse… et captivante.
Ce roman aussi étrange que riche, tantôt fiction, tantôt documentaire, ouvre la voie à de nombreuses questions existentielles et interroge notre rapport aux autres, au Corps et à son apparence, mais aussi à l’Amour ou à la Foi.

Trois petites remarques:
– La couverture est très belle! C’est aussi elle qui m’a donné envie de lire ce roman…
– Le premier chapitre est très, très accrocheur! Attachez bien vos ceintures… et ne craignez pas le feu! Récit d’un accident comme on en voit au cinéma. Mais en mots, plutôt qu’en images, c’est pire, bien pire!
– J’ai lu ce roman il y a bien deux mois et j’ai souvenir que la fin m’a un poil frustrée, laissée sur ma faim… Mais peut-on se fier à un souvenir?

Début du premier chapitre (pour donner le ton)
Les accidents, comme l’amour, frappent ceux qui s’y attendent le moins, souvent avec violence.
C’était vendredi saint, et les étoiles commençaient seulement à se dissoudre dans l’aube. Tout en conduisant, par habitude, je frottais la cicatrice sur ma poitrine. J’avais les yeux fatigués et la vue brouillée, ce qui n’était pas étonnant vu que j’avais passé la nuit penché sur un miroir, à aspirer les barreaux de poudre blanche qui emprisonnaient mon visage dans le verre. Je croyais aiguiser mes réflexes. J’avais tort.
D’un côté du virage, c’était le précipice à flanc de montagne, de l’autre une forêt obscure. J’essayais de garder les yeux rivés devant moi, mais j’étais envahi par le sentiment que quelque chose me guettait derrière les arbres et allait me tomber dessus, une troupe de mercenaires peut-être. Sûrement une petite crise de paranoïa causée par la drogue. J’ai resserré les mains sur le volant et senti mon coeur battre plus fort cependant qu’un voile de transpiration se posait sur ma nuque.
J’avais coincé une bouteille de bourbon entre mes jambes, et j’ai voulu la prendre pour boire une nouvelle rasade d’alcool. Mais la bouteille m’a échappé et m’est tombée sur les genoux, m’arrosant copieusement avant d’atteindre le plancher. Je me suis baissé pour la ramasser avant qu’elle ne se vide complètement, et c’est au moment où mon regard a quitté la route que j’ai eu la vision, la vision absurde, qui a tout déclenché. Une volée de flèches enflammées jaillissait des bois et se précipitait vers ma voiture.

Et l’avis de Kali, c’est par là!

Juke books de l'été – Spécial Jeunesse

Juke books de l'été – Spécial Jeunesse

Je lis beaucoup de littérature jeunesse, de plus en plus. Et ce n’est pas seulement pour le boulot, c’est aussi et surtout parce que j’y prends un grand plaisir. Loin de se réduire aux Martine et autres Jean-Lou, Alice ou le Club des cinq, la littérature jeunesse est foisonnante et on y trouve de tout, comme chez les Grands, du bien, du très bien et du moins bien.
Il y a quelques temps, Theoma avait blâmé tout un pan de la littérature jeunesse qui conditionne et perpétue les clichés: le rose et la dînette pour les filles, les petites voitures et le bleu pour les garçons. (Je schématise, quoique.) Comme elle, je ne saurai que trop vous recommander les livres « sponsorisés » Lab-elle, association qui a pour vocation, je cite, de « mettre en évidence les livres qui ouvrent les horizons des filles et des garçons », qui sont « attentifs aux potentiels féminins ».

Parenthèse fermée…
Passons à deux lectures jeunesse de mon été.

Idhun

Tome 1 – La Résistance

Laura Gallego García

Titre orig.: Memorias de Idhùn, La Resistencia
Trad. de l’espagnol: Marie-José Lamorlette
Ed. Bayard Jeunesse, 2010

Présentation de l’éditeur
Trois mondes parallèles où deux adolescents, des guerriers et des magiciens sont transportés de l’imaginaire à la réalité par la mystérieuse porte de Limbhad. Un guerrier et un magicien, exilés de cette planète, organisent la Résistance. Leur objectif : renverser Ashran, actuellement au pouvoir et qui a envoyé sur Terre Kirtash, mi-homme mi-serpent, en lui donnant pour mission de tuer les deux adolescents. Sauvés par la Résistance, ils découvriront qu’un lien mystérieux les unit au monde d’Idhun…

Trois bonnes raisons de lire Idhun:
Bien que l’intrigue repose sur un canevas des plus classiques, à commencer par le triangle amoureux et le monde manichéen, bien que tout soit prévisible… Idhun fait passer un bon moment, une détente assurée. L’histoire est racontée simplement, dans un style fluide, et au bout de quelques pages, on commence à se plaire dans ce monde de Magie. Actions et rebondissements font qu’on finit même par ne plus lâcher le livre
Le roman est construit autour des trois adolescents: les deux « gentils » et le « méchant ». On passe du point de vue de l’un à l’autre et ainsi de suite. Cela permet non seulement de ménager le suspense (prévisible), mais aussi d’accéder aux pensées des personnages et à leurs émotions… Et c’est là que ça devient intéressant: les amours et les dilemmes adolescents, les premiers émois… qui sont assez justement retranscrits, sans pour autant être « profonds ».
Kirtash, horriblement rebaptisé Christian en cours d’histoire, est à lui seul une raison de lire Idhun. Voilà un personnage intéressant! Déchiré entre les obligations familiales et l’Amouuuur, à la fois Noir et Blanc… Un beau Gris, en fait. J’aime bien Kirtash, même s’il n’a pas encore l’étoffe d’un Grand, il en a le potentiel. La suite nous le dira. De même, Jack, volcan en fusion, irruption imminente, promet d’être un personnage fort, très fort…
Mention spéciale à Alsan, personnage secondaire, tout autant étrange que noble.

La suite nous dira si ces promesses sont tenues… Et j’espère dévorer les autres tomes de cette trilogie tout autant que le premier!
J’en profite pour remercier les éditions Bayard Jeunesse qui m’ont fait parvenir une édition numérotée et spéciale de ce roman. Merci!
Vous trouverez d’autres avis sur ce livre par ici.

***


Treize Raisons

Jay Asher

Titre orig.: Thirteen Reasons why
Trad. anglais (américain): Nathalie Peronny
Ed. Albin Michel, Coll. Wiz, 2010


Présentation de l’éditeur
« Je sais que tu n’avais pas l’intention de me blesser. En fait, la plupart d’entre vous qui m’écoutez n’avez sans doute pas la moindre idée de ce que vous faisiez… de ce que vous me faisiez, à moi. »
Clay reçoit treize cassettes enregistrées par Hannah Baker avant qu’elle ne se suicide. Elle y parle de treize personnes impliquées dans sa vie : amies ou ennemies, chacune de ces personnes a compté dans sa décision. D’abord choqué, Clay écoute les cassettes en cheminant dans la ville. Puis, il se laisse porter par la voix d Hannah. Hannah en colère, Hannah heureuse, Hannah blessée et peut-être amoureuse de lui. C’est une jeune fille plus vivante que jamais que découvre Clay. Une fille qui lui dit à l’oreille que la vie est dans les détails. Une phrase, un sourire, une méchanceté ou un baiser et tout peut basculer…

Treize Trois bonnes raisons de lire Treize raisons:
L’intrigue même veut que l’on « accroche » à ce récit: écouter les cassettes d’une disparue, comprendre pourquoi elle a mis fin à ses jours… Voilà qui est tentant! Construction originale et propice au suspense: à chaque nouvelle face, on se demande si ce sera « le tour de » Clay… Et qu’a pu faire Clay à la pauvre Anna? Quel est son crime? A se demander si ce roman ne fait pas appel au côté « spectateur voyeur », malsain de tout un chacun.
On assiste à l’Angoisse de Clay, à ses doutes… à sa panique, à sa colère. C’est un roman du Deuil: il permet d’appréhender les différentes étapes de l’acceptation, en quelque sorte. Et les sentiments, forts, ressentis par les personnages sont décrits avec justesse, à tel point que les personnages principaux inspirent la compassion et la sympathie.
C’est aussi un roman de l’Adolescence: « sick, sad world », « Struggle for life », ou « tchô monde cruel »! Autant de périphrases qui décrivent si réellement ce monde charnière. Treize raisons, treize moments, beaux, tristes, humiliants, violents, doux… Paradis, artificiels ou naturels. Les expériences, l’apprentissage de la vie. Mais tous ces moments peuvent aussi bien être des battements d’aile, vous savez celui du papillon qui déclenche une tornade. Voilà, c’est ce qui arrive Anna. Ce roman montre comment une phrase, un petit mot, peut saccager une personne. Pour autant, ce livre changera-t-il les comportements? Non. Malgré son « slogan » de couverture (« Elle est morte. Pour treize raisons. Tu es l’une d’elle. »), je doute qu’un Adolescent se transforme en bisounours. Cela dit, ce qui est valable pour l’ado l’est aussi pour l’adulte… On ne fait pas suffisamment attention au poids des mots et à leurs représentations…

En bref, c’est une belle mais tragique histoire, qui plonge le lecteur dans les affres de l’adolescence et de la mort. Une lecture sensible, prenante.
Malgré toutes ses qualités, ce roman m’a laissée sur ma faim. Eh oui, je m’interroge: comment une fille qui a le courage de remonter ses souvenirs, de faire une bonne et dense introspection, qui a le cran d’enregistrer ça sur cassette et d’en faire un instrument de chantage, comment une telle fille peut-elle capituler aussi rapidement et lâchement se suicider?

Sous la lune bleue, les éternels brûlent leurs ailes

Sous la lune bleue, les éternels brûlent leurs ailes

Voilà quelques mois, j’ai lu le tome 1 d’Eternels, la saga à succès d’Alyson Noël. Si je n’ai pas été enthousiasmée par ce roman, je l’ai néanmoins suffisamment apprécié pour vouloir « savoir la suite »…
A l’instar du
Jessica’s Guide, j’ai proposé ce roman à « mes » jeunes. Si ce roman a bien tourné, passé de mains en mains, tous n’ont pas voulu écrire de petits mots dessus. Quoiqu’il en soit, nous remercions Anissa des éditions Michel Lafon pour sa confiance… et surtout pour sa patience! Nous aurions dû écrire ce billet en avril. Mille excuses.

Eternels

Tome 2: lune bleue

Alyson Noël

Titre orig.: The Immortals – Blue Moon
Trad. anglais (Etats-Unis): Laurence Boischot, Sylvie Cohen
Ed. Michel Lafon, 2010



L’histoire, en quelques mots
Ever a enfin retrouvé le sourire! Elle file un parfait amour avec le sombre et non moins séduisant Damen. Pourtant, du jour au lendemain, leur relation part en fumée… Le monde si fragile d’Ever s’écroule. Même ses amis, Miles et Haven, lui tournent le dos. Tout lui échappe… Que se passe-t-il? Est-ce que le nouveau, Roman, aux antipodes de Damen, blond, évidemment beau, et populaire, y est pour quelque chose? Ever mène l’enquête, cherche à accéder à l’Eté perpétuel, cet entre deux mondes afin de comprendre le passé et d’entrevoir l’avenir… Elle essaie même de réécrire l’histoire…
Intrigues et révélations sont au coeur de ce second tome.

Ce que j’en ai pensé
Mon avis est très partagé… La première moitié du roman m’a paru bien longue et à plusieurs reprises, je me suis demandé s’il y avait un quelconque intérêt à ce second tome. En effet, les roucoulades d’Ever et Damen, puis les interrogations de la première occupent toute la place: il ne reste rien pour la profondeur des sentiments ou pour l’introspection, le recul… Bref, comme dans le premier tome, c’est superficiel, très superficiel, et… répétitif. Quoi de plus dommage pour un amour censé avoir traversé les siècles! Ce dernier est bien trop lisse pour faire vibrer les cœurs.
Pourtant, j’ai eu bien fait de persévérer dans cette lecture: la seconde partie est bien plus dynamique, bien plus obscure aussi et bien plus perverse. On s’amuse enfin! Alors que tous les personnages soupçonnent la jolie blonde de devenir folle, paranoïaque, alors que tous se retournent contre elle, le grand méchant entre en scène et achève l’héroïne. Et quel pervers! Il est machiavélique à souhait et pimente le récit. Pour autant, Ever ne désespère pas et s’accroche à ce qu’elle croit juste et vrai. Elle emprunte des chemins de traverse et parvient enfin à attirer sympathie et compassion. Bien rythmée, cette seconde partie explore l’Inconnu et manque toujours de profondeur: on voudrait en savoir plus, comprendre mieux les événements et les actions…
En fin de compte, cette seconde partie ravive l’intérêt du lecteur et le retournement de situation final donne même envie de lire le troisième tome.

Une bonne lecture divertissante pour l’été!

Ce que Maïlys en a pensé (15 ans)
Je ne l’ai pas aimé car il est ennuyant. L’histoire ne m’a pas du tout intéressée, c’est décevant. Le rythme de l’histoire est lent, c’est toujours pareil. Il n’y pas assez d’action. Je ne l’ai même pas terminé.
J’ai préféré le premier tome parce qu’il m’avait touchée…

Ce que Catherine en a pensé (14 ans)
Ce tome 2 est un peu décevant. En effet, je l’ai trouvé moins bien écrit, les phrases plus « crues » que dans le premier tome. En revanche, l’histoire est plus intrigante et mieux construite. Le suspense demeure entier presque jusqu’à la fin. Il faut lire avec beaucoup d’attention la deuxième partie du livre car il n’y a pas de logique apparente, les actions s’enchaînent toutes très vite, avec peu d’explications, et il y a des risques de confusion.
Les personnages sont très attachants, émouvants, comparés à la plupart des autres héros de romans jeunesse: on les sent presque « humains ».
Note: 7/10

Encore merci à Anissa et aux éditions Michel Lafon pour leur confiance!

A noter que le tome 3, Le Pays des ombressera bientôt disponible.