Coraline n'a pas peur du noir!

Coraline n'a pas peur du noir!

Et je suis dans les temps! Tout juste… pour la lecture « Sexy Ecrivains » du mois de juin, lecture commune initiée par Celsmoon (qui d’autre?).
Ce mois-ci, c’est Neil Gaiman qui est à l’honneur. Comment lui résister? J’avais déjà succombé à son Nobody Owens et Coraline me faisait de l’oeil depuis quelques temps déjà.


Coraline

Neil Gaiman

Trad. anglais: Hélène Collon
Ed. Albin Michel, Coll. Wiz (2003)


L’histoire, en quelques mots
Coraline (et non pas Caroline) et ses parents emménagent dans une très vieille maison, avec cave et grenier, avec un jardin un peu à l’abandon et des arbres au moins tout aussi vieux que la maison… Mr et Mrs Jones travaillent à domicile mais n’ont que peu de temps à accorder à leur petite fille. Cette dernière, qui s’ennuie avec ses poupées, décide d’explorer son nouvel environnement. Elle découvre avec une curiosité non feinte ses étranges voisins (c’est que sa maison est si grande qu’elle abrite plusieurs propriétaires): deux vieilles femmes, anciennes vedettes de cabaret, qui lisent l’avenir dans les feuilles de thé, et un vieil homme qui apprend la musique à des souris… Le décor est planté! Ah non, il y a une porte, massive et étrange dans l’appartement de Coraline. Et derrière cette porte se cachent des illusions, des créatures bizarres… Quoi de plus attirant pour une exploratrice en herbe?

♥♥♥ Trois bonnes raisons de lire Coraline :
L’univers de Neil Gaiman est toujours aussi excitant, aussi dense! Dans une sorte de monde parallèle, aux contours flous mais identique au monde réel, on croise des chiens qui parlent, des rats espions aux yeux rouges, un chat noir à la fois sage et arrogant, et surtout… des hommes avec des boutons cousus à la place des yeux! Effet étrange, presque angoissant, garanti… Et pourtant cette réplique de notre monde est aussi curieux, intéressant car elle rassemble ce dont rêve la petite Coraline: des parents qui veulent jouer avec elle, des jouets vivants et des rats en guise d’animaux de compagnie, des repas poulet/frites quotidiens, des costumes à la place d’habits, etc. Mais ce n’est pas tout, dans cet univers, les choses se répètent, les âmes des enfants sont enfermées dans des miroirs sans tain et une sorcière, « l’autre mère » fait régner la terreur. C’est finalement  un univers sombre, inquiétant, cauchemardesque. Une fois entré, comment en sortir?
Cette bascule d’un monde à un autre, cette quête initiatrice de la petite fille n’est pas sans rappeler Alice au pays des merveilles, ou dans une autre mesure Le Voyage de Chihiro. La frontière entre réalité et illusion est bien mince… Coraline Jones (elle pourrait bien être une Indiana Jones miniature!) fait ici son apprentissage, aidée d’un chat noir: de petite fille seule, qui s’ennuie, elle devient sage, réfléchie, et sûre d’elle. Elle fait preuve de ténacité et de bravoure, ne craint pas d’affronter mille et un dangers. C’est une fille extra!
Le côté « roman d’apprentissage » se greffe au conte et au fantastique: Coraline doit délivrer les âmes cachées et enfermées, elle doit combattre un monstre, monstre d’autant plus monstrueux qu’il a l’apparence de la mère, etc. Dans ce récit, de nombreuses questions existentielles (et, en partie, propres à l’enfance) se posent: la place des parents et la manifestation de leur amour, la mort, et surtout la peur et le courage… et l’autonomie de l’enfant? Au final, loin d’être une simple aventure, Coraline mêle les genres et offre une histoire aussi divertissante que riche en questions, tout en offrant, à l’instar d’un conte, une héroïne forte et courageuse.

Inutile d’ajouter que Gaiman possède un style entraînant, fluide… Une littérature jeunesse (et adulte, aussi!) d’excellence!

« Elle vous prendra votre vie, tout ce que vous êtes, tout ce à quoi vous tenez, et en lieu et place ne vous laissera que brume et brouillard. Elle vous prendra ce qui fait votre joie. Et un beau matin, vous vous éveillerez pour constater que votre coeur et votre âme ont disparu. Une coquille vide, voilà ce que vous serez devenue – à peine une volute, si fait; guère plus qu’un rêve à l’instant de l’éveil, ou le souvenir d’une chose oubliée. » (p.85)

Comment se débarrasser d'un vampire amoureux – mode d'emploi de Beth Fantaskey

Comment se débarrasser d'un vampire amoureux – mode d'emploi de Beth Fantaskey

Depuis quelques semaines, je réfléchis à un projet (dont l’embryon est déjà vieux de quelques années!) qui marierait les jeunes et la lecture. En guise de première pierre à ce projet, j’ai contacté Anne Blondat des éditions du Masque pour un partenariat un peu particulier. Elle a bien voulu me faire confiance et je l’en remercie infiniment.

Comment se débarrasser d’un vampire amoureux

Beth Fantaskey

Titre orig.: Jessica’s Guide to dating on the Dark Side
Trad. de l’anglais (Etats-Unis): Elsa Ganem
Ed. du Masque, Coll. MSK (2009)
412 pages

En quelques mots
En Pennsylvanie, dans le plat pays, Jessica se sent bien, choyée par ses parents d’adoption, bien qu’intransigeants dans leur mode de vie (écolos et végétariens). Comme les autres lycéennes, la jeune fille se pâme au passage des joueurs de foot et n’a d’autres préoccupations que l’équitation, les Ipod et le monde fermé de sa chambre rose… sans oublier les racontars entre meilleures copines (ou ennemies!).
Aussi, l’arrivée de Lucius  Vladescu, digne héritier en cape des temps obscurs de Roumanie, perturbe-t-elle son petit univers… Convaincu que Jessica n’est autre qu’Antanasia Dragomir, dernière princesse vampire, Lucius se montre plutôt accaparant, même entreprenant, envers la jeune fille. Sa mission: la faire sienne et la ramener en Roumanie afin de régner, en maître légitime, sur la caste des buveurs de sang… De quoi inquiéter Jess.

Mon avis
Au cours des premiers chapitres, Jessica et Lucius s’apprivoisent. La jeune fille, narratrice tout au long du roman, n’a de cesse de comparer son petit ami, Jake – un charmant garçon de ferme-, au ténébreux vampire. Aussi, ces comparaisons sont-elles lassantes et inintéressantes… On s’ennuie. En revanche, on prend plaisir à lire les lettres de Lucius à son oncle roumain (qui jalonnent fort heureusement ces chapitres): comme un clin d’oeil aux Lettres Persanes, elles offrent le regard d’un étranger sur la culture américaine, la jeunesse frivole… Le regard -presque- ingénu de l’Autre tend vers une satire en filigranes du mode de vie américain. Par ailleurs, les premiers chapitres dévoilent un personnage principal pénible et superficiel, peu attachant… Fort heureusement, au fil du roman, Jessica révèle plus de caractère qu’on ne le croit.
Passé les premiers chapitres, l’histoire démarre enfin: rejeté par Jessica, Lucius fait entrer une rivale. Dès lors, un trio amoureux s’installe sur fond de « familles ennemies », comme un -autre- clin d’œil, aux tragédies classiques cette fois. Pour autant, le trio est traité ici avec humour, tant le décalage entre la réalité et les fantasmes de la lycéenne est grand.
On peut observer aussi un décalage dans le sujet: les vampires. Dans le roman, Beth Fantaskey fait de son héros un héritier digne des Princes du sang à la Polidori ou à la Stocker, sans scrupules, presque sans âme, mais encore ténébreux, fascinant… et amoureux. Eternel amoureux, amoureux en souffrances. Le vampire tourmenté, proche des mortels, qui n’est pas sans rappeler un certain Edward, est là. A l’instar des tragédies et des couples maudits, l’union des a(i)mants ne peut s’accomplir que dans la mort… Une « non-mort » dans le cas des vampires.
Malgré l’héritage littéraire assez lourd de la littérature vampirique, ce roman dénote car il introduit l’humour dans l’obscur. Ainsi, les extraits du Guide pratique des relations, de la santé et des sentiments à l’intention des jeunes vampires (offert par Lucius à Jessica) ne manquent pas décrocher un sourire au lecteur! De même, Jessica n’est-elle pas un comble à elle toute seule? Une petite vampire élevée en milieu végétarien?
Pour finir, ce roman plutôt surprenant se révèle accrocheur et entraîne facilement le lecteur grâce à un style bien écrit quoique léger et parfois répétitif…

Petite remarque personnelle: le vampire ne deviendrait-il pas l’idéal de l’Amoureux? Sa figure revient en « force » et offre l’image d’un monstre humanisé, certes mort et dangereux, mais aussi protecteur, loyal, fidèle par delà la mort, courtois, etc. Sans oublier que cet amant est jeune, beau et fort! J’ai l’impression d’assister à un retour au Grand Romantisme noir…
Trève de la parenthèse.


L’avis d’Estelle (14 ans)
Le livre m’a beaucoup plu. J’aime bien le fait que le fantastique soit intégré au cadre du lycée. Par contre, les dialogues ne sont pas souvent adaptés au langage adolescent.
Le suspense est très bien tenu. On s’attache beaucoup au personnage principal et on arrive bien à cerner ses émotions.
Note: 4/5

L’avis de Yasmine (14 ans)
Comment faire une critique sur ce livre? Il est vraiment « facile » à lire. Au premier abord, il paraît inintéressant et a un goût de « déjà vu », il est trop prévisible: nous pouvons aisément sauter neuf chapitres (ce qui n’est pas énorme compte tenu de leur petite taille, 3 ou 4 pages) et parfaitement comprendre la suite. Malgré ça, il est aussi émouvant et on est très surpris!
Note: 3/5

L’avis de Maïlys (15 ans)
J’ai aimé, adoré, ce livre car il est envoûtant, émouvant et aussi poétique… L’histoire m’a paru à la fois intéressante et originale. J’ai particulièrement préféré deux personnages, les principaux: Jessica et Lucius. J’ai plus ou moins eu un petit faible pour Lucius car c’est un personnage complexe, romantique, séduisant, dangereux, envoûtant.
L’histoire est facile à comprendre, je suis vite entrée dedans. Dans certains passages, il y a quelques mots difficiles mais ça reste compréhensible.
Ce livre m’a aussi appris des choses que je ne savais pas. Il se distingue enfin des autres ouvrages, comme Le Baiser du vampire de Melissa de la Cruz.

Bottero signe l'envol d'Ellana vers la prophétie…

Bottero signe l'envol d'Ellana vers la prophétie…

Voilà bientôt deux mois que LE forum littéraire a lancé un partenariat avec le Livre de poche autour d’Ellana, premier tome de la trilogie Le Pacte des Marchombres. Je ne connaissais pas du tout cette série, mais une chose était sûre: je voulais lire du Pierre Bottero. Depuis le décès prématuré de l’auteur, ses œuvres ont fait quelques émules sur la blogosphère… Un hommage a même été lancé et il me tardait donc de découvrir ce géant de la littérature jeunesse.

C’est chose faite… et plus que faite! J’ai dévoré le premier tome d’Ellana, j’ai aussitôt couru acheter le second et je remercie infiniment Thomas du Livre de Poche de m’avoir fait parvenir le troisième (demain en librairie!!! courez-y!).

Une fois la trilogie du Pacte des Marchombres, qui est en réalité le troisième ensemble d’une trilogie de trilogies (vous me suivez toujours?), j’ai décidé de lire la première trilogie: La Quête d’Ewilan. Je commence à mieux comprendre la trilogie d’Ellana! Les éditions Rageot ont en plus eu la bonne idée de rééditer la trilogie en un seul volume et offrent ainsi une belle intégrale reliée… (Et grâce à ces lectures, j’ajoute 3 pierres, bientôt 6, à l’édifice du Challenge Livraddict… Lectures qui n’étaient pas prévues au départ! hihihi)

Trève de bavardages…



Ellana (Tome 1)
Ellana, l’envol (Tome 2)
Ellana, la prophétie (Tome 3)
Pierre Bottero


Rageot Editeur pour Le Livre de Poche, 2010

Gros coup de cœur!


L’oeuvre en quelques mots…

Dans un autre monde, les peuples humains ou hybrides se livrent une guerre sans merci: chacun défend son territoire… C’est dans ce contexte pour le moins conflictuel et dangereux qu’un groupe de pionniers part en découverte de nouvelles terres. Parmi eux, un couple et son enfant. Qui dit pionnier, dit (més)aventure. La caravane croise pour son malheur une troupe de Raïs, des guerriers cochons aussi hideux que belliqueux. L’enfant se retrouve orpheline…
Elle sera recueillie, elle grandira, elle découvrira le monde et cherchera sa voie… sur la route des Marchombres… L’aventure ne fait que commencer!

Avis

Difficile de « parler » de chaque tome sans trop en dire… Difficile, frustrant mais il est nécessaire de se « taire » au risque de gâcher le plaisir!

Affichons la couleur: je n’ai pas lu cette trilogie. Je ne l’ai pas lue, je l’ai littéralement dévorée! Ellana fait partie de ces histoires auxquelles on pense dès le réveil (« vivement ce soir que je puisse replonger dans son monde! »), pendant le travail aussi (« que va-t-il se passer? ») ou en voiture (« je suis sûre qu’elle va rencontrer truc, etc… » -> tout en regardant la route, quand même!).

Soyons plus constructif:

Trois bonnes raisons de se jeter sur Ellana:
– L’écriture d’un autre monde… On entre avec une grande facilité dans cet ailleurs peuplé d’hommes, de bêtes et de créatures mi-humaines mi-animales. Là où l’héroïc fantasy peut faire fuir, Pierre Bottero la rend envoûtante, presque troublante: envoûtante, car ce monde laisse sa place au règne végétal et animal; troublante, parce qu’il est encore humain. Gwendalavir, la terre des hommes, semble appartenir à deux époques: les télécommunications (sous une forme plus « naturelle » et poétique, heureusement) côtoient les chevaliers… L’auteur a d’ailleurs su créer un monde entier, complet et « fonctionnel »: c’est un monde qui tourne et on voyage avec lui. Le style de l’auteur y joue un rôle majeur: sa plume, précise et fluide, emporte littéralement. Quel plaisir de dévorer une littérature jeunesse aussi bien écrite!
– Les personnages… Ellana, Jilano, Sayanel, Nillem… autant de noms, autant de personnalités. Tous ont « quelque chose », une véritable existence. Ils s’animent sous nos yeux et posent un regard profond autour d’eux, que ce regard soit bon ou mauvais. Ils n’offrent pas seulement au lecteur une simple succession d’actions ou d’aventures, non. Ils offrent aussi une aventure plus spirituelle: quête de soi et de l’autre, harmonie et chaos, respect et jalousie, envie… Loin d’être superficiels et accrochés à des objets (tares de nombreux romans jeunesse), ceux-là acquièrent une profondeur psychologique tout au long des trois tomes: ils grandissent et leurs questions, leurs tourments avec. Personnage central, Ellana illumine la série: c’est, au sens propre et au sens noble, une belle héroïne, tour à tour drôle, intransigeante, fine, habile, sage, intrépide, etc. et surtout libre. Comment résister à son charme?
– Les questions existentielles se cristallisent autour d’Ellana, l’élève Marchombre, et de Jilano, son maître: l’héroïc fantasy s’ouvre au roman d’apprentissage. Ils apportent au récit une dimension tout à la fois métaphysique, philosophique et poétique. Ils ouvrent la voie à une nouvelle appréhension du monde, un autre mode de vie aussi, dont les mots Essentiels sont: Harmonie et… Liberté. Harmonie du corps et de l’esprit, de l’homme et de la nature, des hommes entre eux aussi… Bref, cette approche (pas si éloignée de mes convictions) m’a séduite.

En bref: une histoire riche en rebondissements, actions et réflexions (réponse du savant, réponse du poète); des personnages avec une âme, denses et « vivants »; un monde étrange mais si réel… Que demander de plus?

Les « plus » de l’édition Livre de poche:
La trilogie du Pacte des Marchombres est déjà disponible en format poche chez Rageot. Cette année, elle est rééditée chez Le Livre de poche, en collection adulte, avec des bonus. Pierre Bottero livre des textes: des écrits sur les thèmes chéris de l’héroîc fantasy (l’amour, la mort, etc.), des scènes réécrites (Ellana et l’impressionnant Hurj), ou encore des réflexions sur la littérature jeunesse (peut-on écrire sur tout en jeunesse?)… Ces textes sont une véritable mine: nul doute que ceux qui travaillent avec ou côtoient des jeunes trouveront ici des tremplins vers de plus longues discussions…


Un grand merci à Livraddict, mon forum préféré sans lequel je serais passée à côté de ce coup de coeur… (Mille excuse pour le retard.)
Un autre grand merci à Thomas, du Livre de Poche, sans qui j’aurais passé des nuits blanches en attendant la sortie du tome 3… (demain!!!)

Un marchombre sait capter les ondes de la vie. Il les comprend, s’accorde à elles, glisse avec elles mais jamais […] ne les laisse interférer avec ce qu’il est vraiment. […] Cela ne fait pas du marchombre un être froid et détaché. En revanche, s’il parvient à sentir les liens invisibles qui l’unissent au monde et à les transformer en choix, il devient un être capable d’emprunter la route qu’il veut. En toutes circonstances.

Paroles de Jilano, in Ellana, l’envol

Alyson Noël place ses Eternels sur la voie de la Fascination

Alyson Noël place ses Eternels sur la voie de la Fascination

Séduite par la saga Fascination, plongée dans le fantastique, j’ai voulu découvrir d’autres romans qui font frémir, trembler les ados, comme celui-là. De fil en aiguilles, c’est ainsi qu’Eternels s’est trouvé dans mes mains…
Eternels, Fascination, ou comment une ado ordinaire quitte son cocon pour un ailleurs, proche de l’inconnu, devient extraordinaire grâce un amour extraordinaire dans un monde pas si ordinaire avec des gens non moins extraordinaires! 😉

eternels-tome-1-evermore-alyson-noel.jpgEternels

Tome 1: Evermore

Alyson Noël

Titre orig.: The Immortals
Michel Lafon, 2009

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Résumé

Ever n’est plus une adolescente comme les autres. Un accident de voiture a tué ses parents, sa soeur et son chien. Elle seule a survécu. Après plusieurs mois en convalescence, elle rejoint sa tante en Californie et reprend le lycée. Difficilement… Car en sortant du coma, Ever s’est découvert de nouvelles capacités pour le moins étranges elle est extralucide, autrement dit elle voit les auras, elle lit les pensées… Don ou malédiction? Quoiqu’il en soit c’est un fardeau. Jusqu’au jour où le beau Damen débarque au lycée… Lui seul, par sa présence, apaise le tumulte des pensées et des couleurs...

Avis

Difficile de se dire qu’on ne relit pas Fascination! Les similitudes jalonnent tout le roman… Ou bien sont-ce les nouveaux ingrédients indispensables d’un roman jeunesse à succès!
The Immortals en est déjà au 4ème tome outre-atlantique!
Bref…
Tout d’abord, on retrouve le couple « maudit »: la mortelle et l’immortel, couple qui évidemment ne peut vivre, réaliser son amour que dans une mort (enfin, un au-delà dans notre monde, c’est rassurant!). A l’instar d’Edward, Damen incarne l’homme parfait, ténébreux, mystérieux, fascinant mais « dangereux », sombre. Tout comme Edward, il a de l’allure et toutes les filles (et femmes!) sont sous son charme (et celui de sa belle voiture)… Encore une fois, il est cultivé, poli, courtois… Bref, l’homme parfait, sorti tout droit du XIXe siècle (Edward et Damen -bien moins cependant- semblent porter en eux quelques aspects du Romantisme, du Gothique, etc). A croire que de nos jours, le XIXe siècle, c’est tendance !!!
En revanche, Ever se distingue de Bella. Alors que la seconde est une ado ordinaire (souvenons-nous de son portrait: cuisses molles, voire flasques, peau pâle, cheveux fins et sans volume, etc), la première est une vraie bombe: jolie blonde toute en formes, ex- pom-pom girl, ex- coqueluche du lycée, etc. Mais, mais, mais… Ever, on l’aime bien! Parce que quand on la rencontre, elle se cache sous des pulls informes à capuche, elle ne se maquille plus et traîne presque seule au lycée… Et elle souffre, vraiment. Elle est « seule »… (Mais, comme dans Fascination, ça coince à un moment donné: pour « garder » l’homme qu’elles aiment, Bella et Ever (re)deviennent super belles! Assez discutable comme vision de la femme et des relations à l’homme… –> Autre débat.)
Autre point commun: au début de chacun des romans, on apprend que les personnages lisent (et AIMENT) Les Hauts de Hurlevent Avec une telle promotion, les descendants d’Emily Brontë n’auront plus besoin de travailler. Bref, le tempérament obscur d’Heathcliff se retrouve chez Edward, chez Damen également… L’impossible amour, les tourments, la jalousie, l’âme blessée, bla bla bla…
Et comme dans toute saga qui se respecte, des opposants viennent contrecarrer les plans amoureux des deux héros! Incarné à nouveau par une femme rousse, très belle, et machiavélique (cela va sans dire)… Grande question (déjà lue): Ever et Damen pourront-ils concrétiser leur amour? Suspense…
De même, les « troubles » de l’adolescence ont la part belle: quête de soi, expériences et interdits comme l’alcool…
Enfin, à la différence de Fascination (quoique…), Eternels me semble assez superficiel, pas toujours « bien écrit »: Ever et son ipod par-ci, Ever et son ipod par-là… Sans oublier quelques-unes de ses « réflexions »: « Ce garçon est vraiment incroyable: il a toujours un maillot de bain dans son coffre de voiture. » Hum, hum…

Après tout ça, vous devez peut-être vous interroger sur la qualité de ce roman…
Malgré cette impression de « déjà lu », malgré le côté superficiel, je l’ai lu d’une traite. C’est facile à lire et on se laisse prendre par l’histoire. Et même si on ne s’attache pas vraiment aux personnages, on a du plaisir à voir Ever se « rouvrir » au monde, découvrir les premiers émois amoureux… Damen et ses cheveux longs…
Autre intérêt: pas de vampire! La dimension fantastique est toujours là, le symbolisme aussi. Cette fois, on découvre le monde des auras, des fleurs (et leur langage) et de l’EMI (expérience de mort imminente)… Des mondes doux, oniriques et beaux, rassurants… Ever submergée de tulipes, quelle belle déclaration d’amour!  En fait, la Mort n’a plus de raison de faire peur… Espérons que les tomes suivants nous en apprennent un peu plus!
Par ailleurs, deux personnages secondaires sont « remarquables » et apportent un souffle émouvant au roman: la tante et la petite soeur. La première, aussi seule qu’Ever sinon plus, essaie de construire un semblant de bonheur, d’aider sa nièce du mieux qu’elle peut, malgré ses maladresses… La seconde, fantôme errant, triste figure d’une enfance brisée, tente elle aussi d’aider sa soeur à ne plus survivre mais à « vivre », tout simplement…

En bref
Il faut admettre que ce roman souffre de nombreuses comparaisons avec Fascination… De quoi écrire de nombreuses pages (ce billet est déjà trop long)!
Et même si ce premier tome ne laisse pas un grand souvenir (la romance des deux personnages manquent d’intensité et les personnages de charisme, le fantastique est encore « superficiel »…), il constitue une lecture facile, une « lecture plaisir »… (très bien pour les ados!)
Si j’en ai l’occasion, je lirai la suite, peut-être donnera-t-elle plus « d’épaisseur » à l’histoire.

La publication du tome 2, Lune bleue, est prévue pour le 4 mars.
Site d’Alyson Noël et de sa saga.

Thérèse Raquin a le diable au corps

Thérèse Raquin a le diable au corps

Une nouvelle fois, Nelligan ne sera pas sur la route de ce dimanche… Néanmoins, la plume poétique de Zola égaye tristement ce dimanche…
Lecture commune (et, on ne peut plus, classique) avec Neph.

therese-raquin.gifThérèse Raquin

Emile Zola

(1ère éd. 1867)
Le Livre de poche (Coll. Les classiques), 2009

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Résumé

Madame Raquin élève seule son fils Camille, enfant chétif et maladif. Très tôt, son frère lui demande de recueillir une petite fille qu’il a ramenée d’Afrique avec lui. Madame Raquin accepte et  les deux enfants grandissent ensemble, choyés, gâtés et assommés de traitements médicaux. Alors que l’un devient égoïste, veule et souffreteux, l’autre est brimé, sa fougue éteinte par les odeurs et les élans fiévreux… Tout naturellement, Camille et Thérèse se marient et emménagent à Paris, avec leur mère. Là-bas, Camille retrouve Laurent, un ami d’enfance. Laurent, un fils de paysan, brute et vigoureux. Il n’en faut pas plus pour réveiller la fougue de Thérèse…
Avis
Emile Zola n’a pas son pareil pour décrire, décrypter les comportements humains. Avec justesse et finesse, avec réalisme et poésie, il met l’âme à nu, sans rien passer sous silence. Sans artifice, les noirs désirs sont révélés, les souffrances sont peintes. Mais, mais, mais… on ne peut pas en vouloir à ces personnages, on ne peut pas les blâmer. Précisément parce qu’ils sont « humains ». Précisément, parce que, comme souvent chez Zola, on a assisté à leurs « débuts », à leurs rêves, à leurs « bons » désirs ou à leurs difficultés. Après tout, pourquoi Thérèse devrait-elle être condamnée dès sa jeunesse à ne jamais connaître la volupté? Pourquoi n’aurait-elle pas un petit morceau de ciel bleu? Bref, dans ce roman, Zola décrit sans complaisance les passions humaines, ces passions qui conduisent à la déchéance, à la misère la plus complète… à l’asservissement, à la mort.
Par ailleurs, Thérèse Raquin se rapproche d’un huis-clos psychologique: une grande partie de l’histoire se déroule dans les murs, dans le fond de commerce de Madame Raquin, triste et pathétique spectatrice du drame. Chaque sortie conduit les personnages à s’enfermer davantage et à exacerber, malgré eux, leurs peurs et leur haine, leur culpabilité. Au fil du roman, la tension croît, jusqu’à en devenir palpable et pesante, à l’instar des tragédies antiques… Les destins des quatre personnages sont d’ailleurs « dignes » d’une tragédie: passions, rapports de domination, témoin passif, et la folie, l’Etrangère qui cristallise les maux…
De même, ce roman flirte avec le fantastique: les cauchemars de Laurent et Thérèse sont si violents qu’ils imprègnent le quotidien et se confondent quasiment avec la réalité.
François, le chat de Madame Raquin, trompe également: figure de superstition, figure hautaine, témoin oculaire de l’adultère, i semble concentrer les différents maux au point d’effrayer les protagonistes.
Entre huis-clos psychologique, tragédie et fantastique, le lecteur n’a pas le temps de s’ennuyer et les pages défilent…

Trois bonnes raisons de lire Thérèse Raquin:
– L’âme humaine mise à nu, sans artifice. Ou comment les passions humaines peuvent déchirer des êtres et les conduire à la folie… et à la mort.
– Un huis-clos psychologique haletant, sombre, misérable.
– Un roman qui mêle tragédie et fantastique: funestes destins et cauchemars trop réels…

Extrait de la préface, par Zola:
« Dans Thérèse Raquin, j’ai voulu étudier des tempéraments et non des caractères. Là est le livre entier. J’ai choisi des personnages souverainement dominés par leurs nerfs et leur sang, dépourvus de libre arbitre, entraînés à chaque acte de leur vie par les fatalités de leur chair. Thérèse et Laurent sont des brutes humaines, rien de plus. »

Je crois savoir que Neph a aimé ce roman… Allons voir ce qu’elle en écrit…
Lu dans le cadre du
Défi J’aime les classiques!
Vous aurez sans doute remarqué que j’ai peu publié ces derniers temps (des empêchements, des priorités moins sympas). J’ai pris du retard dans la lecture de vos blogs, mails et commentaires. Je fais ce que je peux pour rattraper ça! En conséquence, le billet récapitulatif du défi aura aussi un peu de retard. Il ne sera publié que demain (voire mardi, au pire). J’en suis navrée…

defi_classique.jpg 2 livres lus sur 13.

Mon billet sur L’Assommoir.