Avez-vous une mémoire d’éléphant ?

Avez-vous une mémoire d’éléphant ?

La mémoire… en voilà un mot chargé de sens! Un mot qui interroge de plus en plus nos sociétés et plus particulièrement nos vies: entretenir une mémoire collective pour ne pas oublier les « erreurs » du passé, l’Histoire; entretenir aussi sa propre mémoire pour se souvenir des belles choses…
Souvenirs, amnésie, Alzheimer, bachotage, pense-bête… ou simplement « peur d’oublier »… tout est lié à ces petites cellules de nos cerveaux. Et comme tout, la mémoire, ça se travaille!

Une Mémoire d’éléphant?
Vrais trucs et fausses astuces
Alain Lieury

Ed. Dunod, 2011

Trois bonnes raisons de lire cet ouvrage:
L’auteur, professeur de psychologie cognitive, divise son essai en deux grandes parties. Dans la première, il raconte l’histoire de la mémoire. A quel moment s’est-on finalement intéressé à cette faculté? Comment était-elle alors considérée et « utilisée »? Alain Lieury remonte donc le temps jusqu’à l’Antiquité et retrace l’histoire de toutes ces méthodes du souvenir, avec simplicité et intérêt.
Autre atout de l’ouvrage: la seconde partie consacrée aux méthodes actuelles. Répétition, mémoires sensorielles, image, mnémotechniques, etc. tout est passé au crible, mis au banc d’essai. Bien évidemment, il n’y a pas « une » bonne méthode ou « une » mauvaise puisque toutes les mémoires ne fonctionnent pas de la même façon. Cependant, cet ouvrage a le mérite de dresser l’inventaire des possibilités qui nous sont offertes. Ainsi, en identifiant son « type » de mémoire, nous pouvons également nous orienter vers les méthodes les plus adaptées. Cela peut servir aussi bien pour soi que pour son travail (notamment en milieu scolaire!).
Enfin, parce qu’un livre sur la mémoire ne serait pas vraiment complet sans cela, l’auteur conclut son ouvrage sur un quizz: avez-vous bien lu? Il s’avère que ma mémoire mériterait un petit entraînement!

Une mémoire d’éléphant, ça ne s’invente pas et je vous conseille la lecture de ce livre. A ne pas lire d’un trait toutefois, car les informations données sont tout de même denses (mais intéressantes!) et méritent réflexion.

Un grand merci à Babelio (et à son opération Masse Critique!) et aux éditions Dunod pour la découverte de ce livre (qui me servira certainement dans mon métier!).

A propos des femmes… – Partie 7

A propos des femmes… – Partie 7

Voilà quelques semaines que j’ai délaissé la Citation du Jeudi… Pour autant, je ne l’oublie et prend plaisir à lire les sélections de mes camarades blogesques. Vous trouverez les liens vers les blogs participants dans le Terrier de Chiffonette.

Revenons à nos moutons… ou plutôt à nos femmes, puisque ma sélection porte à nouveau sur la « condition féminine ».
Après le siècle classique vient le siècle des Lumières, pas toujours lumineux… Et si je vous dis « ironie », « point de sarcasme », et « belles satires »… ou encore « conte philosophique », à qui pensez-vous? Le génial Voltaire.

"Le Verrou", Fragonard, v. 1778, huile sur toile, Musée du Louvre, Paris

L’abbé de Châteauneuf la rencontra un jour toute rouge de colère. « Qu’avez-vous donc, madame ? » lui dit-il.
— J’ai ouvert par hasard, répondit-elle, un livre qui traînait dans mon cabinet ; c’est, je crois, quelque recueil de lettres ; j’y ai vu ces paroles : Femmes, soyez soumises à vos maris ; j’ai jeté le livre.
— Comment, madame! Savez-vous bien que ce sont les Épîtres de saint Paul ?
— Il ne m’importe de qui elles sont ; l’auteur est très impoli. Jamais Monsieur le maréchal ne m’a écrit dans ce style ; je suis persuadée que votre saint Paul était un homme très difficile à vivre. Était-il marié ?
— Oui, madame.
— Il fallait que sa femme fût une bien bonne créature : si j’avais été la femme d’un pareil homme, je lui aurais fait voir du pays. Soyez soumises à vos maris ! Encore s’il s’était contenté de dire: Soyez douces, complaisantes, attentives, économes, je dirais : voilà un homme qui sait vivre ; et pourquoi soumises, s’il vous plaît ? Quand j’épousai M. de Grancey, nous nous promîmes d’être fidèles : je n’ai pas trop gardé ma parole, ni lui la sienne ; mais ni lui ni moi ne promîmes d’obéir. Sommes-nous donc des esclaves ? N’est-ce pas assez qu’un homme, après m’avoir épousée, ait le droit de me donner une maladie de neuf mois, qui quelquefois est mortelle ? N’est-ce pas assez que je mette au jour avec de très grandes douleurs un enfant qui pourra me plaider quand il sera majeur ? Ne suffit-il pas que je sois sujette tous les mois à des incommodités très désagréables pour une femme de qualité, et que, pour comble, la suppression d’une de ces douze maladies par an soit capable de me donner la mort sans qu’on vienne me dire encore : Obéissez ?
Certainement la nature ne l’a pas dit ; elle nous a fait des organes différents de ceux des hommes ; mais en nous rendant nécessaires les uns aux autres, elle n’a pas prétendu que l’union formât un esclavage. Je me souviens bien que Molière a dit :
« Du côté de la barbe est la toute-puissance.« 
Mais voilà une plaisante raison pour que j’aie un maître ! Quoi ! Parce qu’un homme a le menton couvert d’un vilain poil rude, qu’il est obligé de tondre de fort près, et que mon menton est né rasé, il faudra que je lui obéisse très humblement ? Je sais bien qu’en général les hommes ont les muscles plus forts que les nôtres, et qu’ils peuvent donner un coup de poing mieux appliqué : j’ai peur que ce ne soit là l’origine de leur supériorité.
Ils prétendent avoir aussi la tête mieux organisée, et, en conséquence, ils se vantent d’être plus capables de gouverner ; mais je leur montrerai des reines qui valent bien des rois. On me parlait ces jours passés d’une princesse allemande qui se lève à cinq heures du matin pour travailler à rendre ses sujets heureux, qui dirige toutes les affaires, répond à toutes les lettres, encourage tous les arts, et qui répand autant de bienfaits qu’elle a de lumières. Son courage égale ses connaissances ; aussi n’a-t-elle pas été élevée dans un couvent par des imbéciles qui nous apprennent ce qu’il faut ignorer, et qui nous laissent ignorer ce qu’il faut apprendre. Pour moi, si j’avais un État à gouverner, je me sens capable d’oser suivre ce modèle.
L’abbé de Châteauneuf, qui était fort poli, n’eut garde de contredire Mme la maréchale.

Voltaire, « Femmes, soyez soumises à vos maris », in Mélanges, pamphlets et œuvres polémiques, 1759-1768

« Le jeudi, c’est citation! » est initié par Chiffonnette.

A propos des femmes:
Maupassant
la Bible
l’Antiquité
le Moyen Age, 1
le Moyen Age, 2
La Renaissance
Le Siècle Classique

 

A propos des femmes… – Partie 6

A propos des femmes… – Partie 6

Au XVIIe siècle, période Classique, la femme acquiert plus d’importance. Certains parlent même de « féminocentrisme ». On assiste en effet à l’émergence des salons souvent tenus par des femmes d’esprit et de lettres. Les femmes s’intéressent également de plus en plus aux sciences.
A côté de cette figure intellectuelle, se tient la figure conservatrice: l’Eglise et la Bourgeoisie attendent de la femme qu’elle tienne son rôle d’épouse et de ménagère. Nombre d’hommes ne prennent pas « le sexe faible » au sérieux.
Evolution, évolution…


"L'Ecole des femmes" de Molière, à la Comédie Française. Jeu: Isabelle Adjani et Michel Aumont. Mise en scène de Jean-Paul Roussillon. 1973. © Agence Bernand


Pour illustrer l’image de la femme du XVIIe siècle, quoi de mieux que Molière?

Le mariage, Agnès, n’est pas un badinage:
A d’austères devoirs le rang de femme engage;
Et vous n’y montez pas, à ce que je prétends,
Pour être libertine et prendre du bon temps.
Votre sexe n’est là que pour la dépendance:
Du côté de la barbe est la toute-puissance.

Bien qu’on soit deux moitiés de la société,
Ces deux moitiés pourtant n’ont point d’égalité;
L’une est moitié suprême, et l’autre subalterne;
L’une en tout est soumise à l’autre, qui gouverne;
Et ce que le soldat, dans son devoir instruit,
Montre d’obéissance au chef qui le conduit,
Le valet à son maître, un enfant à son père,
A son supérieur le moindre petit frère,
N’approche point encor de la docilité,
Et de l’obéissance, et de l’humilité,
Et du profond respect où la femme doit être
Pour son mari, son chef, son seigneur et son maître.

L’Ecole des femmes, III, 2.


« Le jeudi, c’est citation! » est initié par Chiffonnette.

A propos des femmes:
Maupassant
la Bible
l’Antiquité
le Moyen Age, 1
le Moyen Age, 2
La Renaissance

Au temps des cathédrales…

Au temps des cathédrales…


Un Monde sans fin

Ken Follett

2008

Quatrième de couverture:

1327. Quatre enfants sont les témoins d’une poursuite meurtrière dans les bois : un chevalier tue deux soldats au service de la reine, avant d’enfouir dans le sol une lettre mystérieuse, dont le secret pourrait bien mettre en danger la couronne d Angleterre. Ce jour scellera à jamais leurs destinées…

Qui a lu Les Piliers de la Terre (du même auteur) se souvient certainement des périples de Tom Le Bâtisseur, de son beau-fils Jack, de leurs adjuvants et de leurs opposants, dans l’Angleterre du XIIe…
Le monde sans fin, c’est celui de la descendance des bâtisseurs…On entre dans le roman alors que Caris, Merthin, Gwenda et Ralph sont encore enfants; on les verra grandir, s’aimer, se haïr, s’affronter, combattre, mais aussi s’émanciper et mourir…sur fond de cathédrales, de guerre, de féodalité et de progrès social. Personnages historiques et histoire des civilisations accompagnent toujours les héros (ce qui fait du livre un excellent “témoin” du Moyen Age, tout comme les Piliers).

En dire plus rognerait le plaisir de la lecture…A l’instar des Piliers, Un Monde sans fin* se dévore…sans faim!


*Je recommande vivement la lecture de ces livres.

Si je devais les noter: 5*/5*. Les volumes sont assez gros, mais encore une fois, ça se DEVORE! Une fois plongé dans la lecture, vous n’en sortez plus. Le seul risque est de devenir asocial le temps de la lecture.



L'avantage d'être intelligent, c'est qu'on peut toujours faire l'imbécile, alors que l'inverse est totalement impossible.

L'avantage d'être intelligent, c'est qu'on peut toujours faire l'imbécile, alors que l'inverse est totalement impossible.

C’est à Woody Allen que l’on doit cette petite phrase (le titre du billet) pleine de bon sens… Elle s’accorde parfaitement au livre que je vais vous présenter.
Ou comment devenir un parfait imbécile heureux. Mode d’emploi.


Comment je suis devenu stupide

Martin Page

Ed. France Loisirs (Le Dilettante), 2001

Résumé

Antoine souffre atrocement. Il est gravement atteint d’intelligence, et dans notre monde, l’intelligence est un véritable suicide social. L’intelligence vous exclut de la société… Antoine est tellement intelligent qu’il ne parvient pas à être heureux, ni à vivre simplement: tout ce qu’il voit, sent, entend, touche, il essaie de le comprendre, de l’analyser, de le connaître (au sens propre). Pour se guérir, le jeune homme tente de noyer son intelligence dans l’alcool. Raté. Il rejoint alors un cours de suicide. Raté, à nouveau. Face à ces échecs, il décide de devenir bête… et prépare – intelligemment – son coup…

Mon avis

Les souffrances du jeune Antoine éclairent notre société d’un regard ironique, cynique, mais jamais condescendant. En bref, dans notre monde capitaliste et égoïste, où seuls le pouvoir, l’argent et les corps règnent, les gens -vraiment- intelligents n’ont pas leur place. A eux de se la créer. Mais attention, dans ce récit, l’intelligence ne consiste pas à aligner le plus de zéros sur un compte bancaire. L’intelligence présentée ici est une ouverture d’esprit, une curiosité, une compréhension et une connaissance, imprégnée d’humanité et d’altruisme. Vous comprenez donc pourquoi Antoine, cet extrêmiste de l’Intelligence, souffre…
A travers les pensées et les péripéties d’Antoine, l’auteur lâche quelques vérités, telles que « un être humain est si vaste et si riche qu’il n’y a pas plus grande vanité en cem onde que d’être trop sûr de soi face aux autres, face à l’inconnu et aux incertitudes que représente chacun », ou « c’est toujours soi que l’on corrompt le plus facilement ». De même, Martin Page reprend sa casquette d’anthropologue et repeint avec humour (et justesse!) notre environnement: l’ANPE devient « une salle climatisée aux phéromones de stress », les sportifs des salles de sport se changent en « galériens du muscle » obsédés par « la chirurgie de sueur »
En bref, les incroyables et farfelues (un brin) aventures d’Antoine en quête du bonheur sont un pur moment de plaisir et de rires. Qui goûte au sarcasme, à l’humour (parfois jaune, noir, coloré en somme) et au second degré, trouvera son compte.

Trois bonnes raisons de lire Comment je suis devenu stupide:
– Ces chroniques d’un imbécile heureux sont réjouissantes et offrent une lecture légère.
– L’humour et le rire, ça fait toujours beaucoup de bien (et en plus, ça muscle les abdos!).
– L’auto-dérision et la satire de notre société, ça ne fait pas de mal et ça remet les pendules à l’heure! Tout du moins, ça fait réfléchir…

Extrait (incipit du roman)
« IL AVAIT TOUJOURS SEMBLÉ à Antoine avoir l’âge des chiens. Quand il avait sept ans, il se sentait usé comme un homme de quarante-neuf ans ; à onze, il avait les désillusions d’un vieillard de soixante-dix-sept ans. Aujourd’hui, à vingt-cinq ans, espérant une vie un peu douce, Antoine prit la résolution de couvrir son cerveau du suaire de la stupidité. Il n’avait que trop souvent constaté que l’intelligence est le mot qui désigne des sottises bien construites et joliment prononcées, qu’elle est si dévoyée que l’on a souvent plus avantage à être bête qu’intellectuel assermenté. L’intelligence rend malheureux, solitaire, pauvre, quand le déguisement de l’intelligence offre une immortalité de papier journal et l’admiration de ceux qui croient en ce qu’ils lisent. »