L’été où je suis tombée en amour

L’été où je suis tombée en amour

Grâce à Bladelor (encore une fois!), j’ai lu avec beaucoup de plaisir et d’émotion L’Eté où je suis devenue jolie. J’ai patiemment attendu la sortie du tome 2, début juin. Mais une fois ce second opus refermé, je n’ai pas pu attendre la traduction française et j’ai aussitôt commandé le troisième et dernier tome. Vous l’avez déjà deviné: c’est une trilogie à lire! Un coup de coeur très fort.

We love you Conrad
Oh yes we do
We love you Conrad
And will be true!
When you’re not near us
We’re blue!
(« Normal American Boy » – Bye Bye Birdie Soundtrack)

Tome 1 – L’Eté où je suis devenue jolie (The summer I turned pretty)
Tome 2 – L’Eté où je t’ai retrouvé (It’s not summer without you)
Tome 3 – We’ll always have summer
Jenny Han

♥ Coup de coeur!

L’histoire en quelques mots
Comme chaque été, Belly, son frère et sa mère passent leurs vacances chez Susannah et ses deux fils, Conrad Jeremiah. Pourtant, cet été sera différent: Belly va fêter ses 16 ans et… Belly est devenue une belle jeune fille.
Une fille et son grand frère d’un côté, deux frères de l’autre. Deux mères amies de toujours. Une belle maison sur la plage. L’histoire est lancée.

Trois bonnes raisons de lire la trilogie
 ♥ Certes le canevas de l’histoire est usé et usité (mais on aime ça!): une fille et deux frères (l’un sombre et taciturne, l’autre affable et drôle), on devine d’avance le trio amoureux qui se jouera. Mais elle est racontée avec tant de simplicité, d’évidence. Les personnages sont si touchants, si… humains! Et, tout n’est pas si simple: l’amour a ses raisons, n’est-ce pas… Les personnages jouissent d’un charisme certain, lié sans doute au choix narratif de l’auteur: si l’on suit essentiellement l’histoire à travers le regard de Belly, certains chapitres sont narrés par les frères, si bien qu’au fil des tomes, on apprend à connaître intimement chacun des personnages. Tous inspirent de l’empathie. Difficile de blâmer l’un ou l’autre, difficile de prendre parti… mais Bérénice doit faire son choix!
 ♥ De l’adolescence à l’âge adulte, les personnages grandissent et sont confrontés à la douleur, à la mort mais découvrent aussi des joies et l’amour. Ils partagent alors simplement leurs émotions, leurs doutes, leurs choix, leurs pensées et leurs secrets. Seul bémol: la situation des personnages au troisième tome peut manquer un peu de crédibilité mais sert la fin du tome. Qui dit trio dit effectivement un choix à faire et à accepter. Récit d’apprentissage, cette trilogie se dévore avidemment.
 ♥ Si les adolescents (puis jeunes adultes) ont la part belle, les « grands » aussi ont leur histoire. D’un tome à l’autre, on découvre les mères et derrière, les femmes. Confrontées aux adolescents, elles jouent leur rôle mais cette jeunesse rappelle aussi la leur, leurs jeunes amours, les amitiés. C’est aussi une façon d’aborder le divorce, la maladie, les mariages malheureux, etc. du point de vue adulte et du point de vue adolescent. Evidemment, c’est un vivier d’émotions, du rire aux larmes.

En bref: une histoire simple mais si humaine, si forte… le genre de livre qu’on a peur de refermer parce qu’on ne veut pas qu’il se termine…

There are moments in every girl’s life that are bigger than we know at the time. When you look back, you say, That was one of those life-changing, fork-in-the-road moments and I didn’t even seen it coming. I had no idea. And then there are the moments that you know are big. That whatever you do next, there will be an impact. Your life could go in one of two directions. Do or die.
This was one of those moments. Big. They didn’t get much bigger than this.

D’autres avis chez Babelio: tome 1, tome 2, tome 3.

Azilis, héroïne aveugle?

Azilis, héroïne aveugle?

Depuis quelques mois, la blogosphère connaît la déferlante Azilis. Inutile de résister, cette héroïne a des charmes aveuglants… Voilà longtemps, très longtemps que je souhaitais lire cette série. A l’époque, elle était encore peu répandue et c’est chez Bladelor que je l’ai découverte. Et c’est à cette même Bladelor que je dois mon plaisir littéraire du moment! Un grand merci pour ce cadeau!

Elle n’était pas folle, non. Mais c’était peut-être pire.

Azilis
Tome 1 – L’épée de la liberté
Valérie Guinot

Ed. Rageot, 2007

L’histoire, en quelques mots
Juin 477, en Gaule, à la frontière de l’Armorique. Jeune fille intrépide et rebelle, Azilis s’épanouit dans les chevauchées à brides abattues dans la campagne et les forêts, dans l’étude des plantes et de la médecine, dans les lectures littéraires et les récits de voyage. Azilis comble son père mais fait enrager son demi-frère aîné, Marcus. A la mort du patriarche, Marcus devient le maître du domaine et entend bien y faire régner l’ordre (et la richesse). C’est ainsi qu’il promet Azilis en mariage à l’un de ses amis. Mais la jeune fille n’entend pas mener une vie d’épouse soumise. Et avec l’aide de Kian, un esclave guerrier qui lui est entièrement dévoué, elle s’enfuit. L’aventure s’offre à eux…

Trois bonnes raisons de lire le premier tome d’Azilis:
Une série jeunesse de qualité. Depuis quelques années, les séries jeunesse ont le vent en poupe, mais, si l’on y prête attention, peu sortent finalement du lot. Azilis devrait faire partie des « exceptions ». Non seulement, c’est une série bien écrite: un style fluide, un vocabulaire juste et varié (ce n’est pas si fréquent!), mais c’est aussi une série intéressante et instructive. Le lecteur est immergé dans le Passé, au cœur de l’Empire Romain, en plein déclin: il vit le quotidien d’une villa et observe son architecture tout comme son organisation, il découvre les relations maître/esclave ou familiales… Enfin, la fuite d’Azilis ouvre les perspectives: le lecteur quitte la maison pour entrevoir les conflits politiques, la misère urbaine, les abus de pouvoirs. Ainsi, vie privée et société sont illustrées dans ce roman, sans jamais ennuyer le lecteur, comme un cours d’Histoire romancé…
Des personnages très attachants. Comment ne pas en dire trop? Promis à un destin extraordinaire, l’héroïne n’en est pas moins ordinaire face aux émois du cœur. Au cours de ses aventures, elle se laisse dominer par ses passions mais apprend aussi à les écouter. En cela, Azilis plaît! Elle se démarque de nombreuses héroïnes superficielles, sans « saveur », sans relief. De même pour ses compagnons d’infortune, pris dans les filets de l’honneur, du devoir, de l’amitié, de l’amour et de tous les sentiments contradictoires qui en découlent. Gare aux palpitations!
Une histoire attrayante. Le déclin de l’Empire romain et la Bretagne, la science des plantes, une jeune fille rebelle… Les légendes celtiques, les conflits religieux (monothéisme contre polythéisme) et scientifiques guettent ce récit et s’immiscent au cœur du récit, ébranlent les certitudes de certains, enthousiasment les autres. L’auteur distille savamment ses ingrédients magiques (une épée exceptionnelle, un maître de guerre du nom d’Arturus… et un étrange barde nommé Myrrdin. Ça ne vous rappelle rien?) et parvient à capter toute l’attention (et le plaisir!) du lecteur. On se doute qu’Azilis se retrouvera à la croisée des légendes arthuriennes…
Evidemment, je suis plongée dans les tomes suivants…

Pour lire les premières pages, cliquez ici.
Pour lire un entretien avec l’auteur, rendez-vous chez Bladelor.

Pour d’autres avis sur ce premier tome: Bladelor, CachouClaireClarabel, Karine 🙂, Leiloona, Pimpi.
Ou les critiques recensées chez Babelio.

Enfin, cette lecture est ma première participation au Challenge Moyen Age (même si Azilis ne se situe qu’à l’orée du bas Moyen Age) organisé par Hérisson.
Il me reste donc deux lectures moyenâgeuse pour relever ce défi… (Les tomes 2 et 3 d’Azilis?)

Trois partenariats… Lus et (dés)approuvés.

Trois partenariats… Lus et (dés)approuvés.

Ces derniers mois, mon blog a connu quelques perturbations… Ainsi, je n’ai pas honoré trois partenariats pour lesquels je m’étais engagée. Pour l’un d’eux, c’est simple, j’ai « oublié » le livre. Pour les deux autres, je n’ai pas réussi à achever ma lecture. J’ai mis les livres de côté, pensant renouveler l’expérience, me disant que ce n’était peut-être pas le bon moment, etc… Mais rien n’y a fait, je n’ai pas pu.

Un Amour

Dino Buzzati

Titre orig.: Un Amore
Trad. italien: Michel Breitman
Ed. Robert Laffont, Coll. Pavillons poche (2010)

4ème de couverture
Si certains critiques ont cru pouvoir trouver dans ce roman, le dernier de Buzzati, des accents autobiographiques, il faut les corriger en observant que cette histoire de l’amour fou qu’éprouve un quinquagénaire distingué mais timide, Antonio Dorigo, pour une jeune putain milanaise, Laïde, a quelque chose d’universel. Car chaque homme mûr ne peut que se reconnaître – en réalité ou en fantasme – dans le personnage de Dorigo, dévoré par la jalousie, tourmenté par celle qui réveille en lui les sentiments les plus extrêmes. Un amour, c’est aussi la description, dans un style haletant et parfois haché, aux accents d’une terrible réalité, des derniers feux de la passion. Ce texte peut sembler particulier dans l’oeuvre de l’auteur du Désert des Tartares, mais il offre pourtant ce trait commun avec les autres livres de Buzzati : la nostalgie de l’absolu. Dès lors, tout lecteur, quels que soient son âge et son sexe, sera touché par cette oeuvre puissante, impressionnante par son extraordinaire véhémence.

J’ai abandonné la lecture de ce livre alors qu’il touche de sujets qui me sont chers, alors qu’il est né sous la plume de Buzzati (un sacré nouvelliste!)… Deux atouts qui m’ont donné envie de participer à ce partenariat. Pourtant, un soir, après avoir lu une centaine de pages, je m’endors. Et je cauchemarde. Sur ses personnages. Sur cet amour qui fait du mal. Sur d’autres choses aussi… Et le réveil est pénible. Je n’ai pas réussi à entrer de nouveau dans cette lecture. Allez savoir pourquoi… Je crois simplement que la lecture d’un tel livre n’est pas pour moi en ce moment.
Pour autant, je vous le conseillerais volontiers et si j’en crois les autres lecteurs mandatés par Blog-O-Book, c’est une lecture de choix.
Merci à BOB et aux éditions Robert Laffont pour la découverte de ce livre (même si la rencontre ne s’est pas encore faite).

La Fugue d'Anne Delaflotte Mehdevi

La Fugue d'Anne Delaflotte Mehdevi

Après une première lecture de la Rentrée Littéraire, puis une seconde… en voici une troisième, en partenariat avec BOB.
Et c’est une belle, très belle, réussite!

Fugue

Anne Delaflotte Mehdevi

Ed. Gaïa, 2010


L’histoire, en quelques mots
Quatre jours par semaine, Clothilde est seule avec ses quatre enfants. Alors que ses petits derniers empruntent le chemin de l’école pour la première fois, Clothilde se retrouve vraiment seule à la maison. Enfin, pas tout à fait, elle peut compter sur la présence de Beau, son grand chien blanc. Au cours de cette première matinée de nouvelle solitude, un appel la sort de ses songes: sa fille Madeleine a fugué, nulle trace de la fillette à l’école. Aussitôt, la mère part à sa recherche, traverse champs et bosquets, crie son nom, le hurle… et découvre sa fille au bord de la rivière. L’enfant est saine et sauve, mais Clothilde en a perdu la voix.
Dès lors, la jeune femme perçoit le monde autrement et doit apprendre à s’exprimer d’une autre façon… Elle cherche sa voix, et en la cherchant, plonge en elle-même et accepte de ré-apprivoiser son goût pour la musique… à travers le chant. Perdre la voix, la chercher, c’est en quelque sorte apprendre à être soi.

Ce que j’en pense…
Fugue, c’est avant tout un portrait de femme très beau, une personnalité très riche, aux émotions variées. Clothilde reste toujours digne, même dans la souffrance. Humble, elle se tient droite et ne se plaint jamais. Elle assure ainsi tous les rôles qu’on attend d’elle, de la mère à l’amante, mais en oublie d’être elle-même, une femme avant tout. Perdre la voix se révèle finalement être un signe: elle doit certes retrouver sa voix, mais elle doit aussi trouver sa voie. Au final, ce roman met en scène une très belle héroïne de l’ordinaire, touchante et sensible.
A l’instar de Clothilde, les personnages secondaires se montrent touchants et tous, par leurs rêves ou leurs angoisses, offrent une très belle lecture: du mari qui perd ses repères et doit apprendre la remise en question, à l’amie de toujours qui réussit sa carrière mais pas sa vie, aux enfants en devenir, en passant par l’Illuminé du village pas si fou…
Tous ces personnages portent un sujet bien dans l’air du temps, celui de l’épanouissement (personnel, familial ou professionnel) et du bien-être. Mais, si le sujet est bien commun, ici, il sonne juste et s’illustre de façon originale et sensible à travers la musique classique et le chant lyrique. A tel point que l’on a envie d’écouter Bach et son Art de la fugue, ou bien Cecilia Bartoli et son Opera Proibita, au fil de la lecture… Le quatrième art permet à Clothilde de prendre conscience de l’Essentiel: le confort de sa maison ne la comble pas, mieux vaut renouer avec ses passions. Mieux vaut être qu’avoir.
A l’image de son sujet et de son personnage, le style est « fin », composé de longues périodes qui entraînement doucement et sereinement le lecteur, loin du style haché et cru de nombreux contemporains. On a l’impression de suivre les gammes d’une partition tant l’écriture est mélodieuse.

Trois bonnes raisons de lire Fugue:
♥ Un précieux portrait de femme, digne, entouré de personnages secondaires tout aussi touchants et profonds.
♥ L’histoire d’une reconquête, d’un épanouissement, lent, parfois douloureux, parfois heureux, et toujours beau.
♥ Une écriture musicale, très douce, entraînante. Rare, aussi.

Un grand merci à BOB pour cette rencontre émouvante.
Je vous recommande la lecture du billet de Mirontaine qui évoque ce roman avec une grande justesse…

Dix ans après, le bel homme et la femme muette, assis sur leur radeau, jouissaient d’un repos paradoxal.
Vincent pensait en pressant sa compagne contre lui, les yeux lilas perdus dans le vague, que quelque chose clochait depuis quelque temps déjà. Clothilde commençait des conversations qu’elle laissait en suspens, elle voulait travailler, disait qu’elle « le devait », que plus on a le choix, moins on a droit à l’erreur. Elle se mettait elle-même dans une situation d’urgence qu’il ne comprenait pas. Il pressentait que cette fébrilité des derniers temps avait contribué à la précipiter dans le silence. Il resserra son étreinte.
Clothilde pensait, les yeux fixés à cinq centimètres de distance du pouls qui battait au cou de son compagnon, « Il est presque parfait », « parfait » tant que la vie répond à ses injonctions, comme son tableau de bord et son équipage. Elle embrassa le point où le pouls battait. (p.58)

Juke books de l'été – Spécial "Ames en peine" – n°1

Juke books de l'été – Spécial "Ames en peine" – n°1

« Alles brennt, wenn die Flamme nur heiB genug ist. Die Welt ist nichts als ein Echmelztiegel. »
Tout brûle si la flamme est assez forte. Le monde n’est qu’un creuset.

Dans ce juke books, je ne présenterai qu’un seul livre que j’avais envie de lire depuis bien longtemps… Un coup de cœur pour de nombreux blogueurs! Et une lecture commune pour Kali et moi.

Les Âmes brûlées

Andrew Davidson

Titre orig.: The Gargoyle
Trad. anglais (Canada): Nathalie Zimmermann
Ed. Plon (2009) – Poche: Pocket (2010)

 

L’histoire en quelques mots
Suite à un accident, un homme rejoint le service des grands brûlés. Blessé, décharné, amputé… d’homme, il est devenu monstre. Alors qu’il ne pense qu’à mourir pour de bon, la morphine devient son seul salut jusqu’à l’arrivée d’une visiteuse, aussi fascinante qu’étrange, qui vient lui conter son histoire. Et lui, cet homme, ancien Phoebus, nouveau Quasimodo, en fait partie. Leur histoire commence dans l’Allemagne du XIIe siècle, dans le mystérieux couvent d’Engelthal. Sans chercher à démêler la vérité des affabulations, l’homme écoute Marianne Engel, découvre le sens profond et universel de l’Amour et devient finalement plus humain qu’il ne l’a jamais été. Un long chemin s’ouvre à lui…

Qu’en dire?
Nul doute: ce roman offre une lecture prenante car c’est une véritable descente aux Enfers. On assiste à la chute d’un homme, à une chute violente et douloureuse, mais nécessaire pour que l’homme se relève. S’ensuit alors la longue voie de la rédemption, de la délivrance. Ce roman est emprunt de mysticisme: Dieu, la Foi, mais surtout l’Enfer (des hommes!) et l’Amour (des hommes aussi) occupent une place importante. Pour autant, ce n’est pas un livre de propagande, ce n’est pas un livre religieux et il ne vous convertira pas. Son histoire, son message s’inscrivent au-delà de ces considérations.
Pas de moralisme religieux donc, mais cette omniprésence religieuse se justifie par le cadre de l’histoire, lié à l’Allemagne médiévale. Et il est à noter que le roman est richement documenté à ce sujet et offre également une lecture instructive: on apprend beaucoup sur la vie des couvents, les gargouilles, les Condotta (mercenaires) et surtout sur les tensions entre cultes religieux, sur l’usage et la fabrication des livres, notamment à propos des ouvrages « sensibles », voire sulfureux comme l’Enfer de Dante, véritable bombe à l’époque.
De l’omniprésence divine découle l’élément du Feu: le feu purificateur, le feu destructeur… feu passionnel en somme. Ce dernier occupe une place tout autant physique et médicale que symbolique. « Notre » homme, dont le corps est brûlé au 3ème voire 4ème degré, décrit dans les moindres détails son état, les soins reçus, et surtout « l’après ». Et c’est douloureux! Même pour le lecteur… Mais encore une fois, c’est aussi très instructif. De l’analyse scientifique au symbole, il n’y pas plus qu’un pas: le feu permet la renaissance.
Cependant, le feu ne brûle pas que les corps, il consume également les âmes et les cœurs: c’est l’Amour, la Lumière. Certes ce roman aborde la médecine, pose un regard parfois ironique ou cynique, arpent les paradis artificiels, mais ce n’est pas un roman à la Urgences ou à la Dr House. C’est surtout le roman d’un Amour qui transgresse les lois divines ou infernales, qui traverse les siècles et les mondes (le Japon, l’Italie mais aussi l’Islande), et qui frappe des hommes et des femmes que tout semble opposer… Par sa parole, Marianne redonne vie à ces unions maudites et par ces histoires, happe littéralement le lecteur.
Au final, au travers de l’Amour, du Feu et du mysticisme, ce roman interroge le corps et l’âme. Il pose également la question du regard de l’Autre: l’apparence suffit-elle à nous rendre humain ou l’humanité se trouve-t-elle à « l’intérieur »? Faut-il que les autres nous perçoivent comme « humains » pour qu’on le soit? Etc. Quel est l’Essentiel? De même, le roman évoque la souffrance: celles du corps mais aussi celles que l’on ne voit pas, celles qu’on veut perdre dans les drogues… Ce roman doit certainement trouver un écho chez de nombreux lecteurs…

Trois bonnes raisons de lire Les Âmes brûlées:
Les récits de Marianne Engel sont de véritables petits contes, merveilleux, étranges et oniriques.
Semblable aux cercles infernaux de Dante, la guérison de l’homme brûlé est longue… douloureuse… et captivante.
Ce roman aussi étrange que riche, tantôt fiction, tantôt documentaire, ouvre la voie à de nombreuses questions existentielles et interroge notre rapport aux autres, au Corps et à son apparence, mais aussi à l’Amour ou à la Foi.

Trois petites remarques:
– La couverture est très belle! C’est aussi elle qui m’a donné envie de lire ce roman…
– Le premier chapitre est très, très accrocheur! Attachez bien vos ceintures… et ne craignez pas le feu! Récit d’un accident comme on en voit au cinéma. Mais en mots, plutôt qu’en images, c’est pire, bien pire!
– J’ai lu ce roman il y a bien deux mois et j’ai souvenir que la fin m’a un poil frustrée, laissée sur ma faim… Mais peut-on se fier à un souvenir?

Début du premier chapitre (pour donner le ton)
Les accidents, comme l’amour, frappent ceux qui s’y attendent le moins, souvent avec violence.
C’était vendredi saint, et les étoiles commençaient seulement à se dissoudre dans l’aube. Tout en conduisant, par habitude, je frottais la cicatrice sur ma poitrine. J’avais les yeux fatigués et la vue brouillée, ce qui n’était pas étonnant vu que j’avais passé la nuit penché sur un miroir, à aspirer les barreaux de poudre blanche qui emprisonnaient mon visage dans le verre. Je croyais aiguiser mes réflexes. J’avais tort.
D’un côté du virage, c’était le précipice à flanc de montagne, de l’autre une forêt obscure. J’essayais de garder les yeux rivés devant moi, mais j’étais envahi par le sentiment que quelque chose me guettait derrière les arbres et allait me tomber dessus, une troupe de mercenaires peut-être. Sûrement une petite crise de paranoïa causée par la drogue. J’ai resserré les mains sur le volant et senti mon coeur battre plus fort cependant qu’un voile de transpiration se posait sur ma nuque.
J’avais coincé une bouteille de bourbon entre mes jambes, et j’ai voulu la prendre pour boire une nouvelle rasade d’alcool. Mais la bouteille m’a échappé et m’est tombée sur les genoux, m’arrosant copieusement avant d’atteindre le plancher. Je me suis baissé pour la ramasser avant qu’elle ne se vide complètement, et c’est au moment où mon regard a quitté la route que j’ai eu la vision, la vision absurde, qui a tout déclenché. Une volée de flèches enflammées jaillissait des bois et se précipitait vers ma voiture.

Et l’avis de Kali, c’est par là!