Mapuche

Mapuche

Il est des livres qui vous prennent la tête (dans le bon sens du terme), qui vous prennent aux tripes, que vous ne lâchez plus le temps de la lecture, qui vous font cogiter… etc. Mapuche est de ceux-là.

« Non, la cruauté des hommes n’a pas de limites. »

mapucheMapuche
Caryl Férey
Folio policier, 2013

 

L’histoire, en quelques mots

Elle, c’est Jana, une mapuche exilée à Buenos Aires, un peu abrupte, toute en tensions, sacrifiant son intimité pour son art : la sculpture. Dénigrée pour son corps, pour sa couleur, insultée, elle se lie d’amitié avec Paula. Ou Miguel, de son vrai nom, autre répudié de la société parce qu’il se travestit, parce qu’il aime les hommes, parce qu’il est elle tout simplement.

Lui, c’est Rubén, un détective spécialisé dans la recherche des disparus de la dictature. Tout en force, tout en douleur. Tout en peine. Muré dans un silence qu’il a choisi, muré dans une solitude qu’il a choisie. Ces murs qui le protègent de la folie.

Et il y a ce crime odieux, ce crime qui va réunir Jana, Paula et Rubén.

Que de bonnes raisons de lire ce roman :

Ce n’est pas un simple thriller, c’est d’abord un roman qui fait voyager le lecteur dans le temps et l’espace : c’est une plongée à pic dans l’Argentine d’hier et d’aujourd’hui, celle de la dictature sous Videla et celle de ses conséquences actuelles. Au fil des personnages et des rebondissements de l’action, l’auteur raconte la dictature, la corruption, les enlèvements, la torture, concentrant l’histoire autour des vols d’enfants, vendus aux fidèles du pouvoir, avec précision et justesse, sans verser dans le pathos. Il donne à voir l’Argentine, sa ville et ses montagnes, les territoires mapuches. Il rend ainsi l’histoire tout autant captivante qu’instructive.

Quant aux personnages qui peuplent ce roman, principaux ou secondaires, ils s’inscrivent dans la lignée du roman noir : leur psychologie est riche, particulièrement développée, et ils témoignent de la société et de ses travers. C’est une foule de personnages qui s’entrechoquent au fil des pages et se comprennent rarement. La construction du récit en chorale permet en effet d’alterner les points de vue et donne ainsi à connaître les personnages, tout en ménageant le suspense. Qu’ils soient bons, brutes ou truands, que ce soit leurs dilemmes, leurs tourments, leur haine, leur peine, leurs espoirs, leurs rêves, tout est mis à nu. Évidemment, comment ne pas s’attacher à Jana, petite amazone bouillonnante de rage et d’amour ? Comment ne pas s’attacher à Rubén, homme brisé toujours debout ?

Jana et Rubén, les deux piliers de ce récit, font de ce roman policier un roman des renaissances : de l’âme brisée à l’âme réparée, de l’âme perdue à l’âme réunie. Mapuche, bien qu’exilée, Jana incarne les croyances ancestrales, que le monde moderne rejette, prise en étau entre deux mondes, et apporte un souffle de mysticisme au récit. La dualité qui l’habite prend chair dans ses sculptures torturées. Ce roman est donc, pour Jana, aussi celui de l’initiation ou de l’acceptation : être en accord avec soi dans un monde qui rejette ce que vous êtes, accepter l’héritage des Ancêtres…

C’est enfin un roman de la Douleur. Qui dit dictature et enlèvements, dit aussi torture et douleurs physiques : certaines scènes donnent la nausée. Mais c’est également la douleur psychologique des survivants : des âmes blessées, sortes de fantômes errants amputés de leurs proches, ou des deuils impossibles à faire. Ainsi les Grands-mères de la place de Mai deviennent des allégories de la Dignité et de l’Amour, sortes de Mère Courage, faisant front face à la surdité du Pouvoir et de l’Oubli imposé.

Au final, ce roman, c’est un peu les montagnes russes des émotions : peine, rage, horreur, colère, espoir, amour, empathie, surprise, peur… Tout y passe, pour les personnages comme pour le lecteur.

C’est une lecture aussi bouleversante que palpitante et haletante, portée par une écriture filmique, rythmée et visuelle, vive et entraînante.

Pour de plus jeunes lecteurs, sur le même sujet : les disparus de la dictature, le très beau récit épistolaire de Véronique Massenot, entre une mère et sa fille disparue, est à conseiller : Lettres à une disparue.

« La « tumba »: un ragoût d’eau grasse à l’odeur de boyaux où des morceaux de viande bouillie surnageaient du désastre, le pain qu’on y trempait avec l’appréhension de la boue, et les yeux qu’il fallait fermer pour avaler… Indigestion du monde, poésie des affamés. La poésie parlons-en – ou plutôt n’en parlons plus. Quand on a faim, l’existence n’a plus l’heure, c’est une vie figée dans la cire, le vaisseau derelict écrasé par les glaces, des visages sans regard qui dodelinent précisément, comme les ours s’arrangent de la cage, des yeux bandés qui ne trichent plus, ou si peu, les barreaux qu’on inflige et puis les gargouillis, le ventre qui se tord sous les coups du vide et tant de choses encore qu’il faut te dire, petite sœur… »

Azilis, héroïne aveugle?

Azilis, héroïne aveugle?

Depuis quelques mois, la blogosphère connaît la déferlante Azilis. Inutile de résister, cette héroïne a des charmes aveuglants… Voilà longtemps, très longtemps que je souhaitais lire cette série. A l’époque, elle était encore peu répandue et c’est chez Bladelor que je l’ai découverte. Et c’est à cette même Bladelor que je dois mon plaisir littéraire du moment! Un grand merci pour ce cadeau!

Elle n’était pas folle, non. Mais c’était peut-être pire.

Azilis
Tome 1 – L’épée de la liberté
Valérie Guinot

Ed. Rageot, 2007

L’histoire, en quelques mots
Juin 477, en Gaule, à la frontière de l’Armorique. Jeune fille intrépide et rebelle, Azilis s’épanouit dans les chevauchées à brides abattues dans la campagne et les forêts, dans l’étude des plantes et de la médecine, dans les lectures littéraires et les récits de voyage. Azilis comble son père mais fait enrager son demi-frère aîné, Marcus. A la mort du patriarche, Marcus devient le maître du domaine et entend bien y faire régner l’ordre (et la richesse). C’est ainsi qu’il promet Azilis en mariage à l’un de ses amis. Mais la jeune fille n’entend pas mener une vie d’épouse soumise. Et avec l’aide de Kian, un esclave guerrier qui lui est entièrement dévoué, elle s’enfuit. L’aventure s’offre à eux…

Trois bonnes raisons de lire le premier tome d’Azilis:
Une série jeunesse de qualité. Depuis quelques années, les séries jeunesse ont le vent en poupe, mais, si l’on y prête attention, peu sortent finalement du lot. Azilis devrait faire partie des « exceptions ». Non seulement, c’est une série bien écrite: un style fluide, un vocabulaire juste et varié (ce n’est pas si fréquent!), mais c’est aussi une série intéressante et instructive. Le lecteur est immergé dans le Passé, au cœur de l’Empire Romain, en plein déclin: il vit le quotidien d’une villa et observe son architecture tout comme son organisation, il découvre les relations maître/esclave ou familiales… Enfin, la fuite d’Azilis ouvre les perspectives: le lecteur quitte la maison pour entrevoir les conflits politiques, la misère urbaine, les abus de pouvoirs. Ainsi, vie privée et société sont illustrées dans ce roman, sans jamais ennuyer le lecteur, comme un cours d’Histoire romancé…
Des personnages très attachants. Comment ne pas en dire trop? Promis à un destin extraordinaire, l’héroïne n’en est pas moins ordinaire face aux émois du cœur. Au cours de ses aventures, elle se laisse dominer par ses passions mais apprend aussi à les écouter. En cela, Azilis plaît! Elle se démarque de nombreuses héroïnes superficielles, sans « saveur », sans relief. De même pour ses compagnons d’infortune, pris dans les filets de l’honneur, du devoir, de l’amitié, de l’amour et de tous les sentiments contradictoires qui en découlent. Gare aux palpitations!
Une histoire attrayante. Le déclin de l’Empire romain et la Bretagne, la science des plantes, une jeune fille rebelle… Les légendes celtiques, les conflits religieux (monothéisme contre polythéisme) et scientifiques guettent ce récit et s’immiscent au cœur du récit, ébranlent les certitudes de certains, enthousiasment les autres. L’auteur distille savamment ses ingrédients magiques (une épée exceptionnelle, un maître de guerre du nom d’Arturus… et un étrange barde nommé Myrrdin. Ça ne vous rappelle rien?) et parvient à capter toute l’attention (et le plaisir!) du lecteur. On se doute qu’Azilis se retrouvera à la croisée des légendes arthuriennes…
Evidemment, je suis plongée dans les tomes suivants…

Pour lire les premières pages, cliquez ici.
Pour lire un entretien avec l’auteur, rendez-vous chez Bladelor.

Pour d’autres avis sur ce premier tome: Bladelor, CachouClaireClarabel, Karine 🙂, Leiloona, Pimpi.
Ou les critiques recensées chez Babelio.

Enfin, cette lecture est ma première participation au Challenge Moyen Age (même si Azilis ne se situe qu’à l’orée du bas Moyen Age) organisé par Hérisson.
Il me reste donc deux lectures moyenâgeuse pour relever ce défi… (Les tomes 2 et 3 d’Azilis?)

La Fugue d'Anne Delaflotte Mehdevi

La Fugue d'Anne Delaflotte Mehdevi

Après une première lecture de la Rentrée Littéraire, puis une seconde… en voici une troisième, en partenariat avec BOB.
Et c’est une belle, très belle, réussite!

Fugue

Anne Delaflotte Mehdevi

Ed. Gaïa, 2010


L’histoire, en quelques mots
Quatre jours par semaine, Clothilde est seule avec ses quatre enfants. Alors que ses petits derniers empruntent le chemin de l’école pour la première fois, Clothilde se retrouve vraiment seule à la maison. Enfin, pas tout à fait, elle peut compter sur la présence de Beau, son grand chien blanc. Au cours de cette première matinée de nouvelle solitude, un appel la sort de ses songes: sa fille Madeleine a fugué, nulle trace de la fillette à l’école. Aussitôt, la mère part à sa recherche, traverse champs et bosquets, crie son nom, le hurle… et découvre sa fille au bord de la rivière. L’enfant est saine et sauve, mais Clothilde en a perdu la voix.
Dès lors, la jeune femme perçoit le monde autrement et doit apprendre à s’exprimer d’une autre façon… Elle cherche sa voix, et en la cherchant, plonge en elle-même et accepte de ré-apprivoiser son goût pour la musique… à travers le chant. Perdre la voix, la chercher, c’est en quelque sorte apprendre à être soi.

Ce que j’en pense…
Fugue, c’est avant tout un portrait de femme très beau, une personnalité très riche, aux émotions variées. Clothilde reste toujours digne, même dans la souffrance. Humble, elle se tient droite et ne se plaint jamais. Elle assure ainsi tous les rôles qu’on attend d’elle, de la mère à l’amante, mais en oublie d’être elle-même, une femme avant tout. Perdre la voix se révèle finalement être un signe: elle doit certes retrouver sa voix, mais elle doit aussi trouver sa voie. Au final, ce roman met en scène une très belle héroïne de l’ordinaire, touchante et sensible.
A l’instar de Clothilde, les personnages secondaires se montrent touchants et tous, par leurs rêves ou leurs angoisses, offrent une très belle lecture: du mari qui perd ses repères et doit apprendre la remise en question, à l’amie de toujours qui réussit sa carrière mais pas sa vie, aux enfants en devenir, en passant par l’Illuminé du village pas si fou…
Tous ces personnages portent un sujet bien dans l’air du temps, celui de l’épanouissement (personnel, familial ou professionnel) et du bien-être. Mais, si le sujet est bien commun, ici, il sonne juste et s’illustre de façon originale et sensible à travers la musique classique et le chant lyrique. A tel point que l’on a envie d’écouter Bach et son Art de la fugue, ou bien Cecilia Bartoli et son Opera Proibita, au fil de la lecture… Le quatrième art permet à Clothilde de prendre conscience de l’Essentiel: le confort de sa maison ne la comble pas, mieux vaut renouer avec ses passions. Mieux vaut être qu’avoir.
A l’image de son sujet et de son personnage, le style est « fin », composé de longues périodes qui entraînement doucement et sereinement le lecteur, loin du style haché et cru de nombreux contemporains. On a l’impression de suivre les gammes d’une partition tant l’écriture est mélodieuse.

Trois bonnes raisons de lire Fugue:
♥ Un précieux portrait de femme, digne, entouré de personnages secondaires tout aussi touchants et profonds.
♥ L’histoire d’une reconquête, d’un épanouissement, lent, parfois douloureux, parfois heureux, et toujours beau.
♥ Une écriture musicale, très douce, entraînante. Rare, aussi.

Un grand merci à BOB pour cette rencontre émouvante.
Je vous recommande la lecture du billet de Mirontaine qui évoque ce roman avec une grande justesse…

Dix ans après, le bel homme et la femme muette, assis sur leur radeau, jouissaient d’un repos paradoxal.
Vincent pensait en pressant sa compagne contre lui, les yeux lilas perdus dans le vague, que quelque chose clochait depuis quelque temps déjà. Clothilde commençait des conversations qu’elle laissait en suspens, elle voulait travailler, disait qu’elle « le devait », que plus on a le choix, moins on a droit à l’erreur. Elle se mettait elle-même dans une situation d’urgence qu’il ne comprenait pas. Il pressentait que cette fébrilité des derniers temps avait contribué à la précipiter dans le silence. Il resserra son étreinte.
Clothilde pensait, les yeux fixés à cinq centimètres de distance du pouls qui battait au cou de son compagnon, « Il est presque parfait », « parfait » tant que la vie répond à ses injonctions, comme son tableau de bord et son équipage. Elle embrassa le point où le pouls battait. (p.58)

Alyson Noël surprend ses Eternels au pays des ombres…

Alyson Noël surprend ses Eternels au pays des ombres…

Après un premier tome engageant (bien que superficiel) et un second tome au rebondissement final trépidant, la saga Eternels livre un troisième tome, plus sombre et un peu plus dense. Enfin.
Un très grand merci à Anissa des éditions Michel Lafon pour cette lecture surprise!


Eternels

Tome 3: le pays des ombres

Alyson Noël

Titre orig.: The Immortals – Shadowland
Trad. anglais (USA): Laurence Boischot, Sylvie Cohen
Ed. Michel Lafon, 2010


L’histoire, en quelques mots…
Ever et Damen, unis par un amour qui défie les siècles, se sont enfin retrouvés. Pour autant, à cause d’une puissante malédiction, tout contact physique leur est interdit: un baiser et Damen rejoint aussitôt le pays des ombres, sorte de néant absolu dans lequel corps et conscience errent à jamais. L’Enfer, autrement dit. Alors que Damen se convainc que cette malédiction sera levée s’il rachète ses fautes passées, Ever joue les apprenties sorcières. Deux chemins différents pour un même but. Deux chemins semés d’embûches et de rencontres, inattendues parfois… Deux chemins qui vont séparer les amants? Il ne faut jurer de rien…

Trois bonnes raisons de lire ce tome 3 d’Eternels:
Bien que cette saga souffre d’une superficialité certaine, que ce soit dans l’écriture ou dans la psychologie des personnages, elle parvient à susciter l’intérêt et la curiosité. La fin du second tome ne pouvait que laisser le lecteur sur sa faim: comment Ever et Damen vont-ils se sortir de ce bourbier? Ce troisième opus comble ses attentes: les personnages gagnent en profondeur, acquièrent plus de présence et se dévoilent un peu plus. Ever ne serait donc pas si gourde que ça! Bonne nouvelle… (Cela dit, elle a encore du chemin à faire!) Enfin, le couple laisse la place à d’autres personnages, qui gagnent à investir le devant de la scène: Roman, un peu moins présent, affirme son côté sadique et c’est toujours… un plaisir! Les jumelles, Rayne et Romy, permettent à E&D de révéler d’autres aspects de leur personnalité, tout en apportant une touche d’humour et de fantaisie. Enfin, après le beau brun ténébreux, après le beau blond tatoué à la Brad Pitt, manquait le surfeur solitaire aux longs dreadlocks blonds et au regard « lagon »… Voici Jude! Décidément, Ever attire les beaux mâles… trois séducteurs qui lui courent après, pour son bien ou pour son mal… mais toujours, pour le plaisir des lectrices!
L’histoire des personnages, cet amour transcendant, se complexifie: tout n’est pas aussi simple, ou plutôt: tout n’est pas aussi « pur » qu’on le croit… Et ça devient intéressant: le couple maudit s’élargit pour devenir un trio infernal… Qui a donc fauté? Rien n’est ni tout blanc, ni tout noir… Après la révélation, vient le temps de l’hésitation. Certes, ces problématiques sont bien fréquentes, bien usées en littérature, mais c’est toujours un plaisir.
Eternels est une saga qui, loin des vampires et autres garous, explore les voies de la spiritualité à travers des questions existentielles (au sens littéral), ainsi que celles du spiritisme. Point commun: la mort. Comment rester en contact avec ceux qui ont passé? Ou encore, que nous réserve l’après-mort? Dans ce dernier tome, il est surtout question de bon ou mauvais karma. Autrement dit: nos actions entraînent des réactions. Et tôt ou tard, nous payons les battements d’ailes que nous déclenchons… A chacun d’agir du mieux qu’il peut… Une « leçon » de vie qui, loin de s’imposer ou de moraliser, laisse à réfléchir…

NB: Bien qu’il pourrait être plus riche sans gâcher le plaisir, le style est fluide et offre une lecture facile.

NB2: Vous pouvez lire les premiers chapitres d’Eternels, tome 3, en cliquant ici ou en visitant la page des éditions Michel Lafon.

Après un troisième tome plus convaincant, c’est sûr, je lirai le quatrième avec plaisir!
Encore merci à Anissa de Michel Lafon!

Juke books de l'été – Spécial Jeunesse

Juke books de l'été – Spécial Jeunesse

Je lis beaucoup de littérature jeunesse, de plus en plus. Et ce n’est pas seulement pour le boulot, c’est aussi et surtout parce que j’y prends un grand plaisir. Loin de se réduire aux Martine et autres Jean-Lou, Alice ou le Club des cinq, la littérature jeunesse est foisonnante et on y trouve de tout, comme chez les Grands, du bien, du très bien et du moins bien.
Il y a quelques temps, Theoma avait blâmé tout un pan de la littérature jeunesse qui conditionne et perpétue les clichés: le rose et la dînette pour les filles, les petites voitures et le bleu pour les garçons. (Je schématise, quoique.) Comme elle, je ne saurai que trop vous recommander les livres « sponsorisés » Lab-elle, association qui a pour vocation, je cite, de « mettre en évidence les livres qui ouvrent les horizons des filles et des garçons », qui sont « attentifs aux potentiels féminins ».

Parenthèse fermée…
Passons à deux lectures jeunesse de mon été.

Idhun

Tome 1 – La Résistance

Laura Gallego García

Titre orig.: Memorias de Idhùn, La Resistencia
Trad. de l’espagnol: Marie-José Lamorlette
Ed. Bayard Jeunesse, 2010

Présentation de l’éditeur
Trois mondes parallèles où deux adolescents, des guerriers et des magiciens sont transportés de l’imaginaire à la réalité par la mystérieuse porte de Limbhad. Un guerrier et un magicien, exilés de cette planète, organisent la Résistance. Leur objectif : renverser Ashran, actuellement au pouvoir et qui a envoyé sur Terre Kirtash, mi-homme mi-serpent, en lui donnant pour mission de tuer les deux adolescents. Sauvés par la Résistance, ils découvriront qu’un lien mystérieux les unit au monde d’Idhun…

Trois bonnes raisons de lire Idhun:
Bien que l’intrigue repose sur un canevas des plus classiques, à commencer par le triangle amoureux et le monde manichéen, bien que tout soit prévisible… Idhun fait passer un bon moment, une détente assurée. L’histoire est racontée simplement, dans un style fluide, et au bout de quelques pages, on commence à se plaire dans ce monde de Magie. Actions et rebondissements font qu’on finit même par ne plus lâcher le livre
Le roman est construit autour des trois adolescents: les deux « gentils » et le « méchant ». On passe du point de vue de l’un à l’autre et ainsi de suite. Cela permet non seulement de ménager le suspense (prévisible), mais aussi d’accéder aux pensées des personnages et à leurs émotions… Et c’est là que ça devient intéressant: les amours et les dilemmes adolescents, les premiers émois… qui sont assez justement retranscrits, sans pour autant être « profonds ».
Kirtash, horriblement rebaptisé Christian en cours d’histoire, est à lui seul une raison de lire Idhun. Voilà un personnage intéressant! Déchiré entre les obligations familiales et l’Amouuuur, à la fois Noir et Blanc… Un beau Gris, en fait. J’aime bien Kirtash, même s’il n’a pas encore l’étoffe d’un Grand, il en a le potentiel. La suite nous le dira. De même, Jack, volcan en fusion, irruption imminente, promet d’être un personnage fort, très fort…
Mention spéciale à Alsan, personnage secondaire, tout autant étrange que noble.

La suite nous dira si ces promesses sont tenues… Et j’espère dévorer les autres tomes de cette trilogie tout autant que le premier!
J’en profite pour remercier les éditions Bayard Jeunesse qui m’ont fait parvenir une édition numérotée et spéciale de ce roman. Merci!
Vous trouverez d’autres avis sur ce livre par ici.

***


Treize Raisons

Jay Asher

Titre orig.: Thirteen Reasons why
Trad. anglais (américain): Nathalie Peronny
Ed. Albin Michel, Coll. Wiz, 2010


Présentation de l’éditeur
« Je sais que tu n’avais pas l’intention de me blesser. En fait, la plupart d’entre vous qui m’écoutez n’avez sans doute pas la moindre idée de ce que vous faisiez… de ce que vous me faisiez, à moi. »
Clay reçoit treize cassettes enregistrées par Hannah Baker avant qu’elle ne se suicide. Elle y parle de treize personnes impliquées dans sa vie : amies ou ennemies, chacune de ces personnes a compté dans sa décision. D’abord choqué, Clay écoute les cassettes en cheminant dans la ville. Puis, il se laisse porter par la voix d Hannah. Hannah en colère, Hannah heureuse, Hannah blessée et peut-être amoureuse de lui. C’est une jeune fille plus vivante que jamais que découvre Clay. Une fille qui lui dit à l’oreille que la vie est dans les détails. Une phrase, un sourire, une méchanceté ou un baiser et tout peut basculer…

Treize Trois bonnes raisons de lire Treize raisons:
L’intrigue même veut que l’on « accroche » à ce récit: écouter les cassettes d’une disparue, comprendre pourquoi elle a mis fin à ses jours… Voilà qui est tentant! Construction originale et propice au suspense: à chaque nouvelle face, on se demande si ce sera « le tour de » Clay… Et qu’a pu faire Clay à la pauvre Anna? Quel est son crime? A se demander si ce roman ne fait pas appel au côté « spectateur voyeur », malsain de tout un chacun.
On assiste à l’Angoisse de Clay, à ses doutes… à sa panique, à sa colère. C’est un roman du Deuil: il permet d’appréhender les différentes étapes de l’acceptation, en quelque sorte. Et les sentiments, forts, ressentis par les personnages sont décrits avec justesse, à tel point que les personnages principaux inspirent la compassion et la sympathie.
C’est aussi un roman de l’Adolescence: « sick, sad world », « Struggle for life », ou « tchô monde cruel »! Autant de périphrases qui décrivent si réellement ce monde charnière. Treize raisons, treize moments, beaux, tristes, humiliants, violents, doux… Paradis, artificiels ou naturels. Les expériences, l’apprentissage de la vie. Mais tous ces moments peuvent aussi bien être des battements d’aile, vous savez celui du papillon qui déclenche une tornade. Voilà, c’est ce qui arrive Anna. Ce roman montre comment une phrase, un petit mot, peut saccager une personne. Pour autant, ce livre changera-t-il les comportements? Non. Malgré son « slogan » de couverture (« Elle est morte. Pour treize raisons. Tu es l’une d’elle. »), je doute qu’un Adolescent se transforme en bisounours. Cela dit, ce qui est valable pour l’ado l’est aussi pour l’adulte… On ne fait pas suffisamment attention au poids des mots et à leurs représentations…

En bref, c’est une belle mais tragique histoire, qui plonge le lecteur dans les affres de l’adolescence et de la mort. Une lecture sensible, prenante.
Malgré toutes ses qualités, ce roman m’a laissée sur ma faim. Eh oui, je m’interroge: comment une fille qui a le courage de remonter ses souvenirs, de faire une bonne et dense introspection, qui a le cran d’enregistrer ça sur cassette et d’en faire un instrument de chantage, comment une telle fille peut-elle capituler aussi rapidement et lâchement se suicider?