Roméo sans Juliette

Roméo sans Juliette

Il est des livres qu’on garde longtemps dans un coin de nos pensées, qui nous reviennent par bribes sans crier gare. « Roméo sans Juliette » est de ceux-là. Je l’ai lu voilà déjà 4 mois et il est toujours là. Voici quelques mots articulés maladroitement autour de mes souvenirs de lecture…

« Votre histoire à vous deux n’ira pas loin. Dommage, oui vraiment dommage, Roméo et Juliette ça sonnait bien. Finalement, vous serez une fois de plus la démonstration que les mots des livres sont de l’escroquerie. »

romeo-sans-julietteRoméo sans Juliette
Jean-Paul Nozière
Ed. Thierry Magnier
Mai 2015
263 pages

De quoi ça parle ?

Roméo et Juliette sont voisins et se connaissent depuis toujours. Ils se sont, évidemment, fatalement, promis l’un à l’autre. Et comme leurs ancêtres, tout finit par basculer.
Roméo perd sa mère… et d’une certaine manière, il perd aussi son père qui s’enferme et se renferme dans la haine et le désespoir. Forcément, pour un enfant, grandir dans un tel univers relève de la survie. Forcément, Roméo va basculer à son tour. Sans Juliette, tour à tour spectatrice de la dégringolade ou ange gardien malmené par son Roméo.

Trois bonnes raisons de lire ce roman :

  • C’est un récit d’initiation tout autant qu’un récit de la rédemption, à deux voix. Tour à tour, Roméo et Juliette prennent la parole et croisent leurs regards. Le roman s’ouvre sur Roméo, jeune adulte provocant et antipathique. Au premier abord. Mais au fil des mots, au fil des pages, on réalise rapidement que derrière la carapace égratignée de ce grand gaillard bâti pour la rue se cache un cœur meurtri, qui crie à l’amour. Et l’air de rien, on s’attache à ce gamin tête à claques… On veut savoir ce qu’il choisira : détruire ou reconstruire une vie, sa vie.
  • Le suspense. Bien que le titre donne d’emblée une note douce-amère au roman (ce sera non pas l’histoire de Roméo ET Juliette, mais de Roméo SANS Juliette), l’intrigue ne se limite pas aux seuls destins des amants maudits. A l’instar de la pièce de Shakespeare, d’autres personnages peuplent ce théâtre malheureux, à commencer par la famille des amants. Ainsi, l’histoire démarre-t-elle sur la mort du père de Roméo alors que ce dernier achève sa détention. La raison de celle-ci ne sera révélée qu’à la fin du roman, mais elle est aussitôt placée comme un pilier de l’histoire, comme une cicatrice dans le cœur de Roméo et de ses proches : le père, mais aussi les voisins : Juliette et sa famille. Elle cristallise autour d’elle toute l’histoire.
  • Les thèmes évoqués. La dérive de Roméo est en fait l’histoire de n’importe quel gamin absorbé par la rue et ses voyous, l’histoire d’un gamin qui grandit dans la haine et la rancœur de son père, sans sa mère sans repère. Un gamin qui ne peut pas se trouver ou aimer. Son père illustre les déboires de l’amour et son deuil parfois impossible, la honte, la solitude… Juliette, quant à elle, incarne l’image de la fille forte et ambitieuse, partagée entre la raison et les sentiments… Au delà de Roméo et de son père, le récit offre enfin une lecture politique : ou comment l’extrême droite profite des faibles (petits ou grands), se répand dans les esprits et les petites villes telle une gangrène fulgurante. Misère sociale, misère affective. Roméo et Juliette sont dans cette histoire les pantins de la vie : tantôt la haine tire les ficelles, tantôt la peur ou la vengeance. Parfois la raison et l’ambition. Mais c’est sans compter l’amour, le pardon ou la repentance.

En bref, c’est un récit à l’écriture vive et touchante, qui nous entraîne aussi sûrement que Roméo dans sa chute (ou son envol). C’est un peu un mélange de Roméo + Juliette (de Baz Luhrmann) et d’American History X (de Tony Kaye). A conseiller aux adolescents et plus…

« Cette nuit-là, il tangua dans son coin, loin de nous. Il s’était octroyé un wagon d’un long train de marchandises, rangé sur une voie de garage. Nous découvrirons le résultat en rôdant près de la voie ferrée le lendemain. Joël avait écrit deux colonnes entières, sans la moindre faute.
« Les vieux, dehors.
Les jeunes, dehors.
Les gros, dehors.
Les maigres, dehors.
Les rouquins, dehors.
Les chauves, dehors.
Les grands, dehors.
Les petits, dehors. »
Il y avait d’autres catégories. Une accolade figurait à côté des colonnes et nous lisions une inscriptions en lettres rouges.
« Il ne restera plus que les cons et nous serons enfin entre nous. »
Joël ne revint plus jamais à l’Escale. » (page 187)

Katniss Everdeen, l’âge de raison

Katniss Everdeen, l’âge de raison

Après avoir dévoré les deux premiers tomes de Hunger Games, je n’ai pas su résister et j’ai aussitôt acheté le dernier. Je ne pouvais pas attendre qu’un élève me le prête (il aurait fallu attendre la rentrée de septembre!), ni que la bibliothèque investisse (il aurait fallu attendre… plusieurs mois? années?). Je n’ai pas su patienter et j’ai eu bien fait!

Hunger Games
Tome 3: la révolte
Suzanne Collins

Titre orig.: The Hunger Games, Mockingjay
Trad. anglais (Etats-Unis): Guillaume Fournier
Ed. Pocket Jeunesse, 2011

L’histoire en quelques mots – Attention, si vous n’avez pas lu les tomes précédents, ce synopsis risque de vous dévoiler quelques éléments de l’histoire…
En sécurité dans le district Treize, foyer de la rébellion, Katniss renoue peu à peu avec le quotidien: sa famille et son ami Gale l’y aident. Mais cette accalmie est de bien courte durée: en défiant à nouveau le Capitole, gouvernement dictatorial, la jeune fille est devenue malgré elle l’emblème d’une rébellion, dont la dirigeante, Coin, espère bien utiliser l’image. Aussi, Katniss, geai moqueur incontrôlable, découvre les rouages d’une guerre fratricide et sans merci, à laquelle elle va devoir s’adapter pour ne pas perdre les siens à nouveau. Cette guerre sera également celle du cœur puisque la belle ne parvient toujours pas à discerner ses sentiments: l’impétueux Gale ou l’innocent Peeta…

Trois bonnes raisons de lire Hunger Games 3:
Bien évidemment, ce tome résout enfin le dilemme amoureux de Katniss! Cette dernière, après bien des mésaventures, déchiffre enfin les arcanes de ses sentiments. Le chemin fut long et laborieux et au fil des tomes, le lecteur s’impatiente parfois, tant le triangle amoureux est un motif usité, voire usé… traité ici sans originalité… Toujours est-il que Katniss se décide enfin et permet de mettre un point final aux interrogations et autres soupirs du lecteur. (M’autoriserais-je à écrire que je n’approuve pas le choix de Katniss? Quelle déception!) Heureusement, cette trilogie présente d’autres intérêts et pas des moindres.
Outre l’évolution des sentiments, la trilogie met en scène un apprentissage: au cours des tomes, l’héroïne grandit et pas seulement physiquement. Elle sort de son district et découvre le monde tel qu’il est: des réalités qu’elle ne soupçonnait pas et qui la font mûrir jusqu’à atteindre un âge de raison. Hostile aux autorités, individualiste, comme le « veut » son âge et surtout ses conditions de vie, Katniss devient incontrôlable, échappe à ses mentors, se rebelle mais apprend alors, à ses dépens, dans la souffrance, que rien n’est ni tout blanc, ni tout noir. D’impulsive, elle devient réfléchie et laisse enfin sentir son humanité, ses sentiments.
Enfin, le décor contre-utopiste de cette trilogie ne manque pas d’intérêt non plus! Le précédent tome amorçait déjà une réflexion sur la Politique et ses abus de pouvoirs. Ce troisième et dernier tome poursuit sur cette lancée en opposant à la dictature en place une rébellion. Cette dernière gagne le cœur du peuple à l’aide d’un symbole fort: Katniss, la Gavroche du futur. A l’aide de belles paroles aussi et d’opérations « coups de poing ». Mais l’Idéal a-t-il sa place dans la réalité? Les désillusions s’enchaînent et si ces prétendus pourfendeurs de la Tyrannie ne valaient pas mieux en fin de compte? Et si la fin justifiait les moyens? Et si… De fil en aiguille, l’auteur tisse une révolution, sombre et violente, qui ne manquera pas d’ouvrir de nombreuses réflexions.

Une trilogie qui se lit sans faim!

A noter que le casting de l’adaptation cinématographique est enfin connu. (Gale excepté, j’ai du mal à « reconnaître » Katniss et Peeta, tant l’image que je m’en suis faite diffère. Mais les maquilleurs préparateurs ne sont pas encore passés par là.)

Comment se débarrasser d'un vampire amoureux – mode d'emploi de Beth Fantaskey

Comment se débarrasser d'un vampire amoureux – mode d'emploi de Beth Fantaskey

Depuis quelques semaines, je réfléchis à un projet (dont l’embryon est déjà vieux de quelques années!) qui marierait les jeunes et la lecture. En guise de première pierre à ce projet, j’ai contacté Anne Blondat des éditions du Masque pour un partenariat un peu particulier. Elle a bien voulu me faire confiance et je l’en remercie infiniment.

Comment se débarrasser d’un vampire amoureux

Beth Fantaskey

Titre orig.: Jessica’s Guide to dating on the Dark Side
Trad. de l’anglais (Etats-Unis): Elsa Ganem
Ed. du Masque, Coll. MSK (2009)
412 pages

En quelques mots
En Pennsylvanie, dans le plat pays, Jessica se sent bien, choyée par ses parents d’adoption, bien qu’intransigeants dans leur mode de vie (écolos et végétariens). Comme les autres lycéennes, la jeune fille se pâme au passage des joueurs de foot et n’a d’autres préoccupations que l’équitation, les Ipod et le monde fermé de sa chambre rose… sans oublier les racontars entre meilleures copines (ou ennemies!).
Aussi, l’arrivée de Lucius  Vladescu, digne héritier en cape des temps obscurs de Roumanie, perturbe-t-elle son petit univers… Convaincu que Jessica n’est autre qu’Antanasia Dragomir, dernière princesse vampire, Lucius se montre plutôt accaparant, même entreprenant, envers la jeune fille. Sa mission: la faire sienne et la ramener en Roumanie afin de régner, en maître légitime, sur la caste des buveurs de sang… De quoi inquiéter Jess.

Mon avis
Au cours des premiers chapitres, Jessica et Lucius s’apprivoisent. La jeune fille, narratrice tout au long du roman, n’a de cesse de comparer son petit ami, Jake – un charmant garçon de ferme-, au ténébreux vampire. Aussi, ces comparaisons sont-elles lassantes et inintéressantes… On s’ennuie. En revanche, on prend plaisir à lire les lettres de Lucius à son oncle roumain (qui jalonnent fort heureusement ces chapitres): comme un clin d’oeil aux Lettres Persanes, elles offrent le regard d’un étranger sur la culture américaine, la jeunesse frivole… Le regard -presque- ingénu de l’Autre tend vers une satire en filigranes du mode de vie américain. Par ailleurs, les premiers chapitres dévoilent un personnage principal pénible et superficiel, peu attachant… Fort heureusement, au fil du roman, Jessica révèle plus de caractère qu’on ne le croit.
Passé les premiers chapitres, l’histoire démarre enfin: rejeté par Jessica, Lucius fait entrer une rivale. Dès lors, un trio amoureux s’installe sur fond de « familles ennemies », comme un -autre- clin d’œil, aux tragédies classiques cette fois. Pour autant, le trio est traité ici avec humour, tant le décalage entre la réalité et les fantasmes de la lycéenne est grand.
On peut observer aussi un décalage dans le sujet: les vampires. Dans le roman, Beth Fantaskey fait de son héros un héritier digne des Princes du sang à la Polidori ou à la Stocker, sans scrupules, presque sans âme, mais encore ténébreux, fascinant… et amoureux. Eternel amoureux, amoureux en souffrances. Le vampire tourmenté, proche des mortels, qui n’est pas sans rappeler un certain Edward, est là. A l’instar des tragédies et des couples maudits, l’union des a(i)mants ne peut s’accomplir que dans la mort… Une « non-mort » dans le cas des vampires.
Malgré l’héritage littéraire assez lourd de la littérature vampirique, ce roman dénote car il introduit l’humour dans l’obscur. Ainsi, les extraits du Guide pratique des relations, de la santé et des sentiments à l’intention des jeunes vampires (offert par Lucius à Jessica) ne manquent pas décrocher un sourire au lecteur! De même, Jessica n’est-elle pas un comble à elle toute seule? Une petite vampire élevée en milieu végétarien?
Pour finir, ce roman plutôt surprenant se révèle accrocheur et entraîne facilement le lecteur grâce à un style bien écrit quoique léger et parfois répétitif…

Petite remarque personnelle: le vampire ne deviendrait-il pas l’idéal de l’Amoureux? Sa figure revient en « force » et offre l’image d’un monstre humanisé, certes mort et dangereux, mais aussi protecteur, loyal, fidèle par delà la mort, courtois, etc. Sans oublier que cet amant est jeune, beau et fort! J’ai l’impression d’assister à un retour au Grand Romantisme noir…
Trève de la parenthèse.


L’avis d’Estelle (14 ans)
Le livre m’a beaucoup plu. J’aime bien le fait que le fantastique soit intégré au cadre du lycée. Par contre, les dialogues ne sont pas souvent adaptés au langage adolescent.
Le suspense est très bien tenu. On s’attache beaucoup au personnage principal et on arrive bien à cerner ses émotions.
Note: 4/5

L’avis de Yasmine (14 ans)
Comment faire une critique sur ce livre? Il est vraiment « facile » à lire. Au premier abord, il paraît inintéressant et a un goût de « déjà vu », il est trop prévisible: nous pouvons aisément sauter neuf chapitres (ce qui n’est pas énorme compte tenu de leur petite taille, 3 ou 4 pages) et parfaitement comprendre la suite. Malgré ça, il est aussi émouvant et on est très surpris!
Note: 3/5

L’avis de Maïlys (15 ans)
J’ai aimé, adoré, ce livre car il est envoûtant, émouvant et aussi poétique… L’histoire m’a paru à la fois intéressante et originale. J’ai particulièrement préféré deux personnages, les principaux: Jessica et Lucius. J’ai plus ou moins eu un petit faible pour Lucius car c’est un personnage complexe, romantique, séduisant, dangereux, envoûtant.
L’histoire est facile à comprendre, je suis vite entrée dedans. Dans certains passages, il y a quelques mots difficiles mais ça reste compréhensible.
Ce livre m’a aussi appris des choses que je ne savais pas. Il se distingue enfin des autres ouvrages, comme Le Baiser du vampire de Melissa de la Cruz.

Bottero signe l'envol d'Ellana vers la prophétie…

Bottero signe l'envol d'Ellana vers la prophétie…

Voilà bientôt deux mois que LE forum littéraire a lancé un partenariat avec le Livre de poche autour d’Ellana, premier tome de la trilogie Le Pacte des Marchombres. Je ne connaissais pas du tout cette série, mais une chose était sûre: je voulais lire du Pierre Bottero. Depuis le décès prématuré de l’auteur, ses œuvres ont fait quelques émules sur la blogosphère… Un hommage a même été lancé et il me tardait donc de découvrir ce géant de la littérature jeunesse.

C’est chose faite… et plus que faite! J’ai dévoré le premier tome d’Ellana, j’ai aussitôt couru acheter le second et je remercie infiniment Thomas du Livre de Poche de m’avoir fait parvenir le troisième (demain en librairie!!! courez-y!).

Une fois la trilogie du Pacte des Marchombres, qui est en réalité le troisième ensemble d’une trilogie de trilogies (vous me suivez toujours?), j’ai décidé de lire la première trilogie: La Quête d’Ewilan. Je commence à mieux comprendre la trilogie d’Ellana! Les éditions Rageot ont en plus eu la bonne idée de rééditer la trilogie en un seul volume et offrent ainsi une belle intégrale reliée… (Et grâce à ces lectures, j’ajoute 3 pierres, bientôt 6, à l’édifice du Challenge Livraddict… Lectures qui n’étaient pas prévues au départ! hihihi)

Trève de bavardages…



Ellana (Tome 1)
Ellana, l’envol (Tome 2)
Ellana, la prophétie (Tome 3)
Pierre Bottero


Rageot Editeur pour Le Livre de Poche, 2010

Gros coup de cœur!


L’oeuvre en quelques mots…

Dans un autre monde, les peuples humains ou hybrides se livrent une guerre sans merci: chacun défend son territoire… C’est dans ce contexte pour le moins conflictuel et dangereux qu’un groupe de pionniers part en découverte de nouvelles terres. Parmi eux, un couple et son enfant. Qui dit pionnier, dit (més)aventure. La caravane croise pour son malheur une troupe de Raïs, des guerriers cochons aussi hideux que belliqueux. L’enfant se retrouve orpheline…
Elle sera recueillie, elle grandira, elle découvrira le monde et cherchera sa voie… sur la route des Marchombres… L’aventure ne fait que commencer!

Avis

Difficile de « parler » de chaque tome sans trop en dire… Difficile, frustrant mais il est nécessaire de se « taire » au risque de gâcher le plaisir!

Affichons la couleur: je n’ai pas lu cette trilogie. Je ne l’ai pas lue, je l’ai littéralement dévorée! Ellana fait partie de ces histoires auxquelles on pense dès le réveil (« vivement ce soir que je puisse replonger dans son monde! »), pendant le travail aussi (« que va-t-il se passer? ») ou en voiture (« je suis sûre qu’elle va rencontrer truc, etc… » -> tout en regardant la route, quand même!).

Soyons plus constructif:

Trois bonnes raisons de se jeter sur Ellana:
– L’écriture d’un autre monde… On entre avec une grande facilité dans cet ailleurs peuplé d’hommes, de bêtes et de créatures mi-humaines mi-animales. Là où l’héroïc fantasy peut faire fuir, Pierre Bottero la rend envoûtante, presque troublante: envoûtante, car ce monde laisse sa place au règne végétal et animal; troublante, parce qu’il est encore humain. Gwendalavir, la terre des hommes, semble appartenir à deux époques: les télécommunications (sous une forme plus « naturelle » et poétique, heureusement) côtoient les chevaliers… L’auteur a d’ailleurs su créer un monde entier, complet et « fonctionnel »: c’est un monde qui tourne et on voyage avec lui. Le style de l’auteur y joue un rôle majeur: sa plume, précise et fluide, emporte littéralement. Quel plaisir de dévorer une littérature jeunesse aussi bien écrite!
– Les personnages… Ellana, Jilano, Sayanel, Nillem… autant de noms, autant de personnalités. Tous ont « quelque chose », une véritable existence. Ils s’animent sous nos yeux et posent un regard profond autour d’eux, que ce regard soit bon ou mauvais. Ils n’offrent pas seulement au lecteur une simple succession d’actions ou d’aventures, non. Ils offrent aussi une aventure plus spirituelle: quête de soi et de l’autre, harmonie et chaos, respect et jalousie, envie… Loin d’être superficiels et accrochés à des objets (tares de nombreux romans jeunesse), ceux-là acquièrent une profondeur psychologique tout au long des trois tomes: ils grandissent et leurs questions, leurs tourments avec. Personnage central, Ellana illumine la série: c’est, au sens propre et au sens noble, une belle héroïne, tour à tour drôle, intransigeante, fine, habile, sage, intrépide, etc. et surtout libre. Comment résister à son charme?
– Les questions existentielles se cristallisent autour d’Ellana, l’élève Marchombre, et de Jilano, son maître: l’héroïc fantasy s’ouvre au roman d’apprentissage. Ils apportent au récit une dimension tout à la fois métaphysique, philosophique et poétique. Ils ouvrent la voie à une nouvelle appréhension du monde, un autre mode de vie aussi, dont les mots Essentiels sont: Harmonie et… Liberté. Harmonie du corps et de l’esprit, de l’homme et de la nature, des hommes entre eux aussi… Bref, cette approche (pas si éloignée de mes convictions) m’a séduite.

En bref: une histoire riche en rebondissements, actions et réflexions (réponse du savant, réponse du poète); des personnages avec une âme, denses et « vivants »; un monde étrange mais si réel… Que demander de plus?

Les « plus » de l’édition Livre de poche:
La trilogie du Pacte des Marchombres est déjà disponible en format poche chez Rageot. Cette année, elle est rééditée chez Le Livre de poche, en collection adulte, avec des bonus. Pierre Bottero livre des textes: des écrits sur les thèmes chéris de l’héroîc fantasy (l’amour, la mort, etc.), des scènes réécrites (Ellana et l’impressionnant Hurj), ou encore des réflexions sur la littérature jeunesse (peut-on écrire sur tout en jeunesse?)… Ces textes sont une véritable mine: nul doute que ceux qui travaillent avec ou côtoient des jeunes trouveront ici des tremplins vers de plus longues discussions…


Un grand merci à Livraddict, mon forum préféré sans lequel je serais passée à côté de ce coup de coeur… (Mille excuse pour le retard.)
Un autre grand merci à Thomas, du Livre de Poche, sans qui j’aurais passé des nuits blanches en attendant la sortie du tome 3… (demain!!!)

Un marchombre sait capter les ondes de la vie. Il les comprend, s’accorde à elles, glisse avec elles mais jamais […] ne les laisse interférer avec ce qu’il est vraiment. […] Cela ne fait pas du marchombre un être froid et détaché. En revanche, s’il parvient à sentir les liens invisibles qui l’unissent au monde et à les transformer en choix, il devient un être capable d’emprunter la route qu’il veut. En toutes circonstances.

Paroles de Jilano, in Ellana, l’envol

Mr Fox, le retour! He's really fantastic!

Mr Fox, le retour! He's really fantastic!

Après le roman, son adaptation cinématographique!


Fantastic Mr Fox

Wes Anderson

Etats-Unis, 2010
Avec les voix de George Clooney, Meryl Streep, Jason Schwartzman, Willem Dafoe…

Synopsis
Au cours d’un vol, Mr Fox et Mrs Fox se font piéger. C’est à ce moment-là que la renarde annonce à son mari qu’elle est enceinte… 12 années renard plus tard, on retrouve la petite famille. Mr Fox a changé de travail: fini les vols, bonjour la Presse! A présent, il veut changer d’habitat et choisit un magnifique terrier sous un grand arbre, sur une colline. Mais dans la vallée, les terribles fermiers, Boggis, Bunce et Bean, veillent sur leurs poules, canards et pommiers… Que de tentations pour le Maître des ruses! Le rouquin pourra-t-il y résister?

Avis
Voilà une adaptation qui n’a rien à envier à son original!
Le Fantastique Maître Renard de Roald Dahl a été entièrement revisité et Wes Anderson propose ici un conte plus riche et plus pertinent, aussi.
Tout d’abord, la famille de Renard est « modernisée », contemporaine: figure passive et soumise chez Roald Dahl, Mrs Fox s’impose ici et n’hésite pas à « recadrer » son mari. Certes, elle ne travaille pas, mais elle ne manque pas de caractère, de fougue, et de séduction. De même, le couple n’a pas quatre enfants. Fini les familles nombreuses! Mr Fox et Mrs Fox n’ont qu’un enfant, et c’est déjà assez! Ash est en effet en pleine crise d’adolescence: « différent » des autres, petit et gauche, il est bourré de complexes et se compare, pour sa plus grande peine, à son père (un fier renard!). Les choses empirent quand débarque Kristofferson son cousin, renard « accompli » et talentueux. Vous l’aurez compris, les enfants occupent eux aussi plus de place dans cette version.
Les autres animaux sont également étoffés, des personnages sont même créés et accompagnent Renard tout au long de ses aventures, tel que Kylie l’opposum qui, par sa gaucherie, son caractère soumis et gentil, naïf, sert de faire-valoir à Renard. Mention spéciale au Rat, ennemi de Renard… et superbement mis en valeur par la voix de Willem Dafoe. Inquiétant, sournois, vil… On plonge en plein western à chacune de ses apparitions.
Enfin, les aventures de Renard sont complexifiées et transposées à plus grande échelle: le conflit ne se limite pas au bois mais s’étend jusqu’à la ville… Ainsi, le propos « écologique » prend davantage d’ampleur. Mais le fond reste le même: à détruire la Nature, à devenir cupides et vénaux, les hommes le paieront cher (pensez à la peinture de « guerre » dans le bureau de Blaireau). Les pistes de discussions restent aussi les mêmes: qui est pris qui croyait prendre, bien mal acquis ne profite jamais (longtemps), l’union fait la force, etc. A ces pistes, ajoutons celles citées plus haut: les liens familiaux, l’adolescence, la difficulté d’être soi et de s’accepter, etc.
Que dire du choix du réalisateur? Refus de la 3D numérique, quel bon choix! Les personnages sont en fait de petites marionnettes qui évoluent des décors façon maison de poupées et tout a été tourné image par image. C’est un peu déroutant au départ mais on s’habitue vite. En outre, ce choix offre un petit côté « rétro » au film qui, loin d’être déplaisant, plonge le spectateur dans un autre univers, à la fois réaliste et enchanteur, proche de l’enfance…

♥♥♥ Trois bonnes raisons d’aller voir Fantastic Mr Fox:
– Un film d’aventures drôles et rusées qui, à l’instar de sa source, ouvre la porte de multiples réflexions sur les rapports de l’Homme et la Nature, mais aussi sur la Famille.
– Des personnages savoureux: Renard en costume haute-couture, avec la voix de George Clonney et une gestuelle vraiment classe! Un Renard dans la plus pure tradition (AOC!)…
– Un film d’animation réussi: des marionnettes « humaines »! Et un mélange des genres qui donne une dynamique au récit: comédie, aventure, western, épopée… Tout y est!

Et une quatrième raison: la bande son est géniale! Pour un peu, on danserait sur nos sièges.


La bande-annonce:

Et voilà mon défi Lunettes noires sur pages blanches accompli! Et de un!
Enfin, il est probable que d’autres romans/adaptations suivent dans le cadre de ce défi…

Je concours aussi pour le Challenge Roald Dahl de Liyah… Et il y aura probablement d’autres participations à venir!